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vendredi 21 février 2025

Au pays de Voltaire, la France a éteint la lumière

Le récent discours de JD Vance, vice-président des Etats-Unis, puis la disparition de la chaîne C8 ont ravivé dans les médias les polémiques autour de la liberté d'expression.


 
"Au pays de Voltaire, la France a éteint les lumières", a regretté Pascal Praud sur Cnews, dans un de ces élans lyriques dont il est coutumier.

Je me suis souvent demandé comment l'Histoire (dès Hugo !) a érigé Voltaire en parangon de vertu, en apôtre de cette fameuse liberté d'expression revendiquée par la plupart des auteurs des Lumières.

A commencer par Voltaire lui-même, reconnaissons-le, du moins à en croire ses écrits :

L'ABC

 
Dictionnaire philosophique
 

La liberté d'expression, un "droit naturel", sans doute, mais un droit que Voltaire n'a cessé de contester sa vie durant !

Passons sur les publications clandestines de ses oeuvres qui ont valu à quelques libraires parisiens d'être mis au cachot à la demande du philosophe. Mais qu'en est-il des autres, de tous les autres, de ces adversaires littéraires que l'implacable Voltaire est parvenu à réduire au silence par la calomnie, la raillerie, jusqu'à les faire jeter en prison ?

On songe à l'abbé Desfontaines, à Fréron, à Le Franc de Pompignan, ou encore à La Beaumelle, tous réduits au silence par la seule volonté du patriarche de Ferney.

Prenons l'exemple de ce dernier auquel j'ai consacré quelques articles voilà dix ans de cela. Je vous laisse découvrir le premier d'entre eux ci-dessous :

***

Le XVIIIè siècle regorge de fiers-à-bras qui ont osé s'en prendre à Voltaire. Entrer en querelle avec le prince des poètes constituait alors un titre de gloire, le meilleur moyen de se faire connaître dans le monde, dans la belle société parisienne qui raffolait de ces joutes oratoires aussi cruelles que délectables.
L'entreprise n'était évidemment pas sans risques...
Certains, comme le journaliste Fréron ou l'académicien Le Franc de Pompignan, s'y sont cassé les dents. Voltaire possédait en effet cet art, quasi unique en son temps, de ridiculiser son adversaire d'un simple trait de plume. Quand d'autres, comme Diderot par exemple, rechignaient à se jeter dans ces sordides mêlées, lui y prenait un plaisir coupable. Sa part d'ombre est là, dans ces abjections, dans ces mensonges et ces calomnies qu'il aime à déverser sur l'ennemi. L'homme de Ferney était capable de s'acharner sur l'homme à terre, de faire tomber sur lui une pluie de libelles et de pamphlets jusqu'à lui faire rendre gorge.
C'est à ce prix qu'on se mesurait à lui...
Avant de se lancer dans un tel combat, il était donc préférable d'assurer ses arrières, de trouver des appuis et des protections solides pour vous soutenir au cours de l'affrontement. Quand Fréron assistait à la première d'une tragédie de Voltaire, il savait que son ennemi avait massé ses partisans dans la salle. Le critique littéraire venait donc avec les siens. Ainsi, les sarcasmes pouvaient répondre aux éloges. Tout était jeu et comédie, sur la scène comme dans la salle.
Derrière les ennemis de Voltaire, on trouve toujours les mêmes factions : une partie de la Cour (le parti de la Reine et du Dauphin), les Jésuites, les Jansénistes...
Il en est un, pourtant, qui fait exception à cette règle.
Un jour, il s'est dressé seul contre Voltaire.
Cet homme se nomme Laurent Angliviel de La Beaumelle.
Portrait de La Beaumelle, par Liotard

Quand il arrive en Prusse au mois de novembre 1751, le jeune homme âgé de 25 ans n'est encore rien. Professeur à Copenhague, il a depuis peu entrepris de lancer une collection de classiques français. Voltaire en fait partie. Un an plus tôt, La Beaumelle avait demandé à Voltaire un exemplaire fiable (et non travesti) de La Henriade. Comme les corrections apportées par le poète lui semblaient trop légères, il le lui fit remarquer avec une certaine hauteur : "Faites-moi la grâce, Monsieur, de changer ces bagatelles." Sur le coup, occupé par son rôle de courtisan auprès du roi Frédéric, Voltaire ne releva pas l'insolence.
Mais en voyant débarquer le jeune homme à Berlin, il s'en inquiète aussitôt auprès de ses correspondants  
"J'écris à Paris pour savoir qui il est. Il me paraît homme de lettres cherchant pratique et puis c'est tout..." (à la comtesse de Mettinck, novembre 51). " Il me dit qu'il venait voir Frédéric et moi. Cette cordialité pour le roi me parut forte." (à d'Argental, décembre 52).
De toute évidence, Voltaire se méfie. Et leur première rencontre va le conforter dans ses intuitions.
(à suivre ici)



mardi 18 juin 2019

Antisémite ? Voltaire essuie les crachats des Anti-Lumières

Né dans le dernier quart du XVIIIè siècle, le courant des Anti-Lumières a produit quelques penseurs honorables, dont Joseph de Maistre ou encore l'Irlandais Edmund Burke.
L'une de leurs antiennes, enracinée depuis plus de deux siècles, est la détestation de Voltaire : sa vie, son oeuvre, ses combats, rien ne trouve grâce à leurs yeux, et 250 ans après la mort du patriarche de Ferney, il s'en trouve encore pour l'agonir d'injures et cracher leur bile sur sa tombe.
Pourquoi lui et pas les autres, me direz-vous ? 
La réponse est assez évidente, elle tient dans cette exhortation adressée par Voltaire à son ami d'Alembert en 1760 : "Serait-il possible que cinq ou six hommes de mérite (entendez : les Encyclopédistes) qui s’entendront ne réussissent pas après les exemples que nous avons de douze faquins (entendez : les apôtres) qui ont réussi ?"
La mise à mal de l'Infâme, la voilà cette grande victoire qu'ils ne lui ont jamais pardonnée. D'abord ce combat mené pendant près de trente années contre, pêle-mêle, les dignitaires jésuites, les convulsionnaires jansénistes, l'Inquisition, les superstitions, les vérités soi-disant révélées et plus généralement les dogmes chrétiens. Et puis ces cris de joie poussés après chacun de ses triomphes, comme au jour de la réhabilitation de Calas : "c'est pourtant la philosophie toute seule qui a remporté cette victoire. Quand pourra-t-elle écraser toutes les têtes de l'hydre du fanatisme ?" (lettre à d'Argental en 1765).

*** 

Parmi les crachats lancés au visage du philosophe, on trouve quasi systématiquement cette accusation d'antisémitisme (ou parfois, de manière plus sensée, d'antijudaïsme), déjà esquissée sur un mode mineur par l'Abbé Guenée en 1769 (voir ci-dessous)


Sous l'Occupation, Voltaire sera même instrumentalisé par les collaborationnistes afin de légitimer la politique anti-juive initiée par l'occupant. Prenons l'exemple du dénommé Henri Labroue, ancien député de gauche, auteur de "Voltaire antijuif", vaste compilation de citations sorties de leur contexte pour servir les desseins de l'écrivailleur. Ce dernier en sera largement récompensé par les autorités en place qui lui confieront une "chaire d'histoire du judaïsme" à la Sorbonne. Notons qu'au cours de la leçon inaugurale, le 15 décembre 1942, le néo-professeur assena un tel chapelet d'inepties (les juifs constituent "une sous-race métissée par les races arménoïde et araboïde") que le cours s'acheva dans le chahut général aux cris de "bandit" ou encore "canaille".
Evidemment, la presse collaborationniste donna une tout autre version de l'événement (voir ci-dessous).





Plus récemment, l'historien du droit Xavier Martin, très apprécié des milieux chrétiens, a lui aussi cousu son patchwork de citations pour mettre en évidence les innombrables défauts de Voltaire (voir ici), réduit au rang de méchant homme, menteur, homosexuel, sataniste, et même d'inspirateur du nazisme... n'en jetons plus, la cour déborde d'immondices !
Petit florilège....





On ne saurait passer sous silence les travaux (certes plus modestes) de Marion Sigaut, proche d'Alain Soral et des catholiques traditionalistes qui l'emploient pour effectuer leurs basses oeuvres antirépublicaines.
Aux attaques des précédents, elle ajoute sa touche personnelle avec (notamment) une relecture ébouriffante des affaires Calas et Damiens (voir ici).

Toujours du côté d'Alain Soral, les éditions Kontre Kulture annoncent la parution d'un énième "Voltaire antisémite" (écrit par un certain Félix Niesche), ouvrage dont on peut craindre le pire à en croire la 4è de couverture (voir ci-dessous) qui débute par cette phrase :
"S'en était fait de l'idylle entre François-Marie Arouet et moi..."




A force de les agacer, le facétieux Voltaire leur fait perdre jusqu'à leur latin...

O.M


dimanche 28 février 2016

De l'art du plagiat

De bien étranges échos relevés dans le Diderot ou le bonheur de penser de Jacques Attali (Fayard 2012)
 
 Jacques Attali
-Parlant de la rencontre entre Diderot et Rousseau, J. Attali nous dit :
"Denis et Jean-Jacques se découvrent d'emblée des points communs: ils ont rompu avec leur milieu ; ils sont pauvres ; ils adorent lire, aller au théâtre, et tous deux sont passionnés d'échecs..." 

9 ans plus tôt, Raymond Trousson écrivait :
"Leur goût pour la musique, le théâtre et les échecs les avait bientôt rapprochés...Bien des choses les réunissent... Ils ont engagé leur destin sous le signe de l'indépendance et de la rupture..." 
 
2012
-J. Attali évoque un peu plus loin l'illumination de Vincennes :
"Au début d'octobre 1749, il fait une chaleur accablante...il marche ce jour-là en plein soleil...Cette illumination, Rousseau la racontera dans une lettre à Malesherbes, en 1762...L'écrivain Jean-François Marmontel, à qui Diderot racontera cette scène écrira dans ses Mémoires : L'un des beaux moments de Diderot... de quelles beautés il était susceptible.... Scène sans témoin qui donnera lieu plus tard, à une belle querelle, à l'époque de la brouille entre les deux amis...." 

9 ans plus tôt, Raymond Trousson écrivait :
"L'été, cette année-là, est d'une chaleur accablante. Octobre arrive et le soleil demeure torride... Douze ans après l'événement, dans une lettre à M. de Malesherbes, il se souvient de cet ébranlement de tout son être... "L'un des beaux moments de Diderot, rapporte Marmontel, c'était lorsque... de quelles beautés il était susceptible."...Cette scène n'eut pas de témoin. Dommage car elle donnera naissance à une belle querelle..."
 
2003

dimanche 4 octobre 2015

Le retour du religieux

Il y a dix ans, lorsque je posais la question du retour du religieux, mes élèves ricanaient. 
Aujourd'hui, ils acquiescent en silence. 
Bientôt, ils applaudiront à tout rompre...
Ce jour-là (que je vois proche), le penseur des Lumières sera devenu un ennemi du bien public. L'étudiera-t-on encore ? Rien n'est moins sûr.
Voltaire, peut-être ? Rappelons ce qu'il écrivait au roi Frédéric en 1767 : "Votre Majesté rendra un service éternel au genre humain en détruisant cette infâme superstition (le Christianisme), je ne dis pas chez la canaille qui n'est pas digne d'être éclairée et à laquelle tous les jougs sont propres, je dis chez les hommes qui pensent, chez ceux qui veulent penser." Et à d'Alembert : "On n'a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes."(1768)
Voltaire savait, il a toujours su, que l'homme (l'immense majorité des hommes) a besoin de transcendance, qu'il ne saurait se passer de Dieu, que cela ne serait pas souhaitable.
Voltaire savait, il a toujours su, qu'un pays bien ordonné ne saurait se passer de ses curés. D'ailleurs, Voltaire communiait, il jouait cette comédie à Ferney, et par-dessus tout, il jugeait utile (pour le bien-être de tous) que ses paroissiens craignent le courroux divin.
Voltaire et son ami le père Adam

Voltaire savait, il a toujours su, que l'autorité politique (disons : le roi et son proche entourage) et l'autorité religieuse (disons : les prélats) partageaient les mêmes intérêts, que la peur du châtiment terrestre doit se doubler de la peur du châtiment dans l'au-delà. 
C'est là le prix à payer, aujourd'hui comme autrefois, pour maintenir la paix sociale.
Voltaire savait le rôle joué par le curé de sa paroisse : ce n'est pas lui qu'il qualifiait d'Infâme; c'est l'évêque, c'est le cardinal, c'est le Jésuite confesseur, c'est le magistrat Janséniste, c'est le dévot attaché à la reine, tous ces hommes d'Eglise dont d'Holbach disait qu'ils rêvaient de "disposer des couronnes avec une autorité qui n'appartient qu'au souverain de l'univers". Plus loin, dans ce même article "théocratie", l'encyclopédiste précisait sa pensée : En général l’histoire et l’expérience nous prouvent que le sacerdoce s’est toujours efforcé d’introduire sur la terre une espèce de théocratie ; les prêtres n’ont voulu se soumettre qu’à Dieu, ce souverain invisible de la nature, ou à l’un d’entre eux, qu’ils avaient choisi pour représenter la divinité ; ils ont voulu former dans les états un état séparé indépendant de la puissance civile ; ils ont prétendu ne tenir que de la Divinité les biens dont les hommes les avaient visiblement mis en possession. C’est à la sagesse des souverains à réprimer ces prétentions ambitieuses et idéales, et à contenir tous les membres de la société dans les justes bornes que prescrivent la raison et la tranquillité des états.
Holbach
Comment lui donner tort ? J'ai suivi à la trace les grands clercs du XVIIIè siècle, je leur ai emboîté le pas, et parcouru avec eux le chemin de leurs ambitions. Hormis Belsunce peut-être, évêque de Marseille lors de la grande peste de 1720 (encore faut-il passer sous silence les exactions commises contre les jansénistes), j'ai vu sous leur masque des hommes qui rêvaient davantage de César que de Dieu
Et cela aussi, Voltaire le savait...
N'en doutons pas, s'il les a tant haïs et combattus, c'est avant tout parce qu'ils occupaient une place qu'on lui a toujours refusée...
 

samedi 9 mai 2015

Vous êtes le 100000ème !

Le blog fête ses cinq ans en même temps que ses 100000 visiteurs !

Cinq années et 618 articles consacrés au XVIIIè siècle, à ses oeuvres, à ses auteurs et acteurs les plus marquants, à ceux qui l'ont commenté, à tous ceux enfin qui lui vouent une passion sans égale.
Un grand merci à tous les habitués, à ceux qui m'encouragent (rassurez-vous, le 1er tome du prochain diptyque est prêt !), aux gens de passage, à toutes les belles rencontres que j'ai faites au cours de ces cinq années. 

A très bientôt. O.M

5 ans, 5 photos
Ma toute 1ère signature en Alsace, en présence de mon institutrice de maternelle
 
Et celle-ci, à Montmorency, non loin de chez Rousseau !


A Chenonceau, avec mon éditeur, pour le lancement du Voile Déchiré
A Chenonceau toujours : l'occasion d'une très très belle rencontre
Le moment de la conférence : celui que je préfère !

 

vendredi 23 janvier 2015

Je suis Louis XVI...





Voilà de bien tristes énergumènes... On y entend notamment l'ignoble Sixte-Henri de Bourbon-Parme cracher son fiel sur les "caricaturistes honteux" de "l'infâme papier" Charlie Hebdo, puis expliquer le plus benoîtement du monde : "Moi, j'aime bien les musulmans qui se défendent quand on attaque leurs références"...
Les corps devaient encore être tièdes lorsque ces propos ont été tenus.
Quant à Marion Sigaut... Son soutien et sa présence à un tel rassemblement m'étonnent à peine. Immonde... Très petite personne...
Et dire qu'il y a huit jours à peine (voir article du 14 janvier), j'écrivais les mots suivants : "Aujourd'hui, ils se taisent, gênés sans doute par le sursaut républicain qui a fait frissonner la France durant quelques jours (...) Mais demain ? Dans  quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques mois, ils se réveilleront et reprendront leur travail de sape..."
Ces gens-là n'auront même pas eu la décence d'attendre...

le prince de Bourbon-Parme  





mercredi 14 janvier 2015

Aux intégristes de tout bord...

Cela fait plusieurs années que je le regarde croître, ce cancer qui ronge notre République, qui sape nos valeurs et gangrène nos institutions. 
Comme l'hydre, cette maladie monstrueuse possède plusieurs têtes, parfois séduisantes, souvent souriantes et affables, mais toujours dangereuses.
Au cours de ces dernières années, j'ai mis des noms sur ces visages : Alain Escada, Marion Sigaut, Christine Boutin, Farida Belghoul... D'autres encore qui, comme le Lucifer de la Vulgate, prétendent nous apporter la lumière alors que leur monde n'est qu'obscurité.

Jouant de nos peurs et de notre ignorance, ils instillent jour après jour leur venin dans des terres et des esprits laissés en friche par une République faible et malade.
L'une qualifie l'homosexualité d'"abomination", l'autre accuse les enseignants de déshabiller en plein cours les enfants de maternelle afin de les initier à la sexualité, la troisième égrène ses mensonges sur l'Ancien Régime, crachant au passage son fiel sur les grandes figures des Lumières. 
Ils ne sont pas Charlie, eux...


Aujourd'hui, ils se taisent, gênés sans doute par le sursaut républicain qui a fait frissonner la France durant quelques jours. Comme le serpent lové sur lui-même, ils attendent...
Mais demain ? Dans quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques mois, ils se réveilleront et reprendront leur travail de sape...  
Les récents événements ont contraint nos femmes et nos hommes politiques à sortir de leur apathie et de leur médiocrité pour se montrer dignes, momentanément, de ce qui a fait la France de 1789. Liberté, égalité, fraternité sont des mots inscrits au fronton de nos écoles. Fondateurs de notre loi républicaine, ils dénient de facto toute légitimité à la loi religieuse. 
A toute loi religieuse, quelle qu'elle soit... J'aimerais tant que cela dure...

A ce titre, je rappelle qu'avant la Révolution, les Parlements du Royaume étaient en droit de punir non seulement le blasphème, mais également le concubinage, l'hérésie, la luxure et l'adultère... La Barre, Lenoir, Diot, la liste est longue de ceux qui l'ont payé de leur vie. Comme aujourd'hui... 
Et il s'en trouve pour souhaiter ce retour en arrière. Et il s'en trouve pour se laisser séduire par leurs discours !
Dans une épître aux Corinthiens, Saint Paul nous l'annonçait déjà : 
   "Ces sortes de gens sont de faux apôtres, des fraudeurs, qui se déguisent en apôtres du Christ.
  Cela n’a rien d’étonnant : Satan lui-même se déguise en ange de lumière."

mercredi 24 décembre 2014

Instructions pour NOEL (1770)


 En vous souhaitant de très joyeuses fêtes, à toutes et à tous !
O.M




Instructions sur le dimanche et les fêtes en général (1770)
 (ouvrage utile à toutes les familles chrétiennes surtout aux personnes qui sont chargées de l'instruction de la jeunesse)


Sur la Fêtes de Noël, 25 Décembre.
  A. Voici enfin arrivée la grande Fête de Noël. Dites-nous quel est le Mystère que l'Eglise célèbre aujourd'hui avec tant de pompe?
B. C'est le Mystère aimable de la naissance de notre Seigneur Jésus Christ , Dieu et homme tout ensemble: Mystère dont l'accomplissement a été l'objet des vœux et des soupirs de tous les Justes pendant quatre mille ans.
C. Comment l'Eglise prépare-t-elle ses enfants à la célébration de ce Mystère?
B. Elle les y prépare par toutes les saintes pratiques de l'Avent, par le jeûne des Quatre-Temps , par les prières solennelles des O, et par le jeûne de la veille.
A. Qu'est-ce que l'Eglise attend de ses enfants après toutes ces préparations ?
B. Elle attend d'eux qu'ils se mettent en état de recevoir dignement Jésus-Christ à cette Fête , afin que ce divin Sauveur prenne aussi naissance dans leur cœur.
C. Y a-t-il quelque obligation de communier à cette Fête?
B.  Tous les Fidèles étaient obligés autrefois à communier au moins trois fois l'année , à Pâques , à la Pentecôte , et à Noël. Le Concile de Latran a réduit cette obligation à une fois l'an, pendant la quinzaine de Pâques.
 A. Pourquoi les Fidèles ne le sont-ils pas aujourd'hui comme anciennement?
B. C'est le malheur des Chrétiens de négliger un si grand bonheur. Hé ! que pouvait faire davantage le Fils de Dieu, que de venir à eux dans l'état d'un petit enfant plein de douceur et d'amour ? II cache tout exprès et majesté, afin qu'aucun ne puisse trouver d'excuse pour s'en dispenser.
C. Je me sens un grand désir de participer à ce bonheur, et je suis surpris qu'il y ait quelqu'un qui ne soit pas dans cette disposition.
B. II ne tiendra qu'à vous, car ce divin Enfant se présente à tous indistinctement ; mais travaillez pour vous mettre en état de le bien recevoir, et d'en être favorablement reçu. Ce n'est plus dans une Etable qu'on le trouve, mais dans nos Eglises. Ce n'est plus dans une Crèche, mais sur nos Autels; Ce n'est plus entre les bras de la sainte Vierge, mais entre les mains des Prêtres.
A. Nous y sommes bien déterminés Racontez-nous, s'il vous plaît, toutes les merveilles de cette naissance.
B. C'est ce que je serai avec bien du plaisir, afin d'augmenter par ce récit votre piété envers ce divin Sauveur.
Cl Que veut dire le mot de Noël?
B. II veut dire naissance. Cette Fête est encore appelée Théophanie chez les Grecs, qui veut dire manifestation, ou apparition de Dieu, parce que c'est dans cette Fête que Dieu a apparu, et s'est manifesté aux hommes.
A. Dans quelle Ville ce Dieu fait homme est-il né ?
B. II est né dans Bethléem, petite Ville de Judée.
C. Pourquoi dans Bethléem , plutôt que dans Jérusalem, qui était une Ville bien plus célèbre.


B. Ce n'est point à nous à vouloir entrer dans les Conseils de Dieu , ni à demander des raisons de ce que sa sagesse a jugé à propos de faire : mais en suivant ce que l'Ecriture et les Saints nous ont appris, c'est parce que Bethléem était la Ville de David , de qui Jésus-Christ tirait son origine selon la chair, et pour nous avertir de ne point rechercher ce qui est éclatant, et d'embrasser de bon cœur ce qui peut nous obscurcir aux yeux du monde.
A. De qui ce divin Entant est il né?
B. II est né de Marie, la plus pure et la plus sainte de toutes les créatures
C Pourquoi, s'il vous plaît, Jésus-Christ a-t-il voulu naître d'une Vierge?
B. C'est parce qu'il était convenable que celui qui était engendré d'un Mère vierge dans l'éternité, fût aussi engendré d'une Mère vierge dans le temps. C'est aussi pour nous marquer combien ce Dieu de pureté est amateur de cette aimable et toute angélique vertu.
A. Dans quelle saison ce saint Enfant est-il né ?
B. II est né dans une saison la moins agréable et la plus rigoureuse , qui est celle de l'hiver.
C. Pourquoi dans cette saison plutôt que dans une autre ? Y a-t-il là du mystère ?
B. C'est pour nous faire entendre que les âmes sans la charité sont aux yeux de Dieu dans un froid semblable à celui de l'hiver. C'est aussi pour nous faire comprendre qu'il ne venait chercher dans le monde que des souffrances et non des commodités.
A. Dans quel temps, et à quelle heure cet aimable Sauveur est-il né?
B. II est né au milieu de la nuit, lorsque les ténèbres sont les plus épaisses.
C. Qu'est-ce que cela nous apprend?
B. Cela nous apprend que le monde sans Jésus-Çhrist est dans les ténèbres. Cela nous apprend aussi que c'est dans le silence que Jésus Christ prend plaisir à se communiquer aux âmes.
A. Dans quel lieu ce divin Sauveur est-il né?
B. II est né dans une pauvre étable, lieu destiné à la retraite des bêtes.
C. Trouvez vous-là quelque mystère?
B. C'est pour nous faire entendre que les hommes par le péché s'étaient réduits à la condition des bêtes. C'est aussi pour nous faire connaître combien il aimait la pauvreté et l'humiliation. (…)
 A. De quelle manière Jésus-Christ est-il né?
B. II est né comme il avait été conçu ; c'est-à-dire , d'une manière toute miraculeuse.
C. Nous le savons, et nous le croyons : mais nous voudrions quelque chose de plus?
B. Je veux dire qu'il est sorti du sein de sa Mère comme un rayon de soleil passe au travers d'un beau cristal, sans l'endommager aucunement.
A. La sainte Vierge n'a donc souffert ni douleur ni affaiblissement en mettant son divin Fils au monde ?
B- Non, elle n'a souffert ni l'un ni l'autre; car comme la conception de ce saint Enfant a été toute divine, étant l'ouvrage seul du Saint-Esprit, l'enfantement de la sainte Vierge n'a pu ressembler en rien à l'enfantement des autres mères , qui est sujet à la douleur et à l'affaiblissement, parce que leurs enfants sont conçus dans le péché.
C. La sainte Vierge n'a donc point cessé d'être Vierge, même dans l'enfantement?
B Non, elle n'a point cessé d'être Vierge - et sa perpétuelle virginité a été la croyance de l'Eglise dans tous les temps et dans tous les lieux ,et l'Eglise a toujours regardé comme hérétiques ceux qui ont osé la contester. ... . .
A. Ce que vous dites là est bien glorieux pour la sainte Vierge.
B. II ne se pouvait faire que Jésus-Christ, qui est Fils et Dieu de toute éternité, endommageât tant soit peu la virginité de Marie, en devenant son Fils dans le temps ; nous devons penser bien plutôt ( ce qui est très véritable) qu'il y ajouta un nouveau lustre , et un nouvel éclat.
(…)

     A. Pourquoi, s'il vous plaît, dit-on trois Messes à cette Fête?
 B. Cela était ordinaire anciennement à toutes les grandes solennités, et cela n'est resté qu'à la Fête de Noël.
C. Et pourquoi à cette Fête plutôt qu'aux autres?
B. C'est pour honorer les trois Naissances de notre Seigneur, sa Naissance éternelle du sein de son Père, sa Naissance temporelle du sein de sa mère, et sa Naissance spirituelle dans le cœur des Justes.
A. Dites-nous quelle naissance on honore à chacune des trois Messes , afin que nous ne nous y méprenions pas?
B. A la Messe de minuit on honore la Naissance temporelle de Jésus-Christ, à celle du point du jour sa Naissance spirituelle , et à la dernière Messe qui se dit dans le grand jour , sa Naissance éternelle. Donnez-vous la peine de lire ces trois Messes, et surtout leur Evangile, et vous y trouverez ces trois Naissances bien marquées.
C. Que doivent faire les Fidèles pour honorer ces trois Naissances?
B- Quoiqu'on ne soit obligé, en s'en tenant au précepte de l'Eglise , que d'entendre une Messe ce jour-là , il est bon néanmoins et très utile d'en entendre trois, pour honorer ces trois Naissances, et avoir sein d'entrer à chacune dans l'esprit et dans l'intention de l'Eglise.
A. C'est ce que nous ferons exactement.  
B.  Je vous le conseille, si vous voulez participer abondamment aux grâces de cette Fête.  

mercredi 17 décembre 2014

A propos d'Eric Zemmour...

En moins de 24 heures, Eric Zemmour sera passé du rang d'icône des médias à celle de boutefeu fasciste, raciste, et antirépublicain...
En cause cette interview donnée il y a quelques mois à un journal italien, et dans laquelle il déclarait :

"Les musulmans ont leur code civil, c'est le Coran (...) Je pense que nous nous dirigeons vers le chaos. Cette situation d’un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile. Des millions de personnes ne vivent, en France, et ne veulent vivre, à la française."


Initiée par l'inénarrable Jean-Luc Mélenchon, la cabale lancée aujourd'hui contre Zemmour confortera ceux qui, depuis quelques mois, accusent le chroniqueur de RTL et iTélé de puiser sa réflexion chez les Soral, Sigaut et autre Belghoul...
(voir ici cet article extrait du Monde dans lequel on reprochait au journaliste ses délires sur la fameuse théorie du genre prétendument enseignée à l'école). De fait, il s'agirait d'une nouvelle preuve que Zemmour est devenu "l'idiot utile d'une extrême droite contre-révolutionnaire". 
Ite missa est, le voilà définitivement condamné à l'opprobre et au bûcher...
Paradoxalement, et en dépit de toutes ses approximations, je soulignerais plutôt dans cette analyse l'étroite frontière qui sépare le républicain Zemmour du trio précédemment nommé. Ils ont certes pour point commun de dénoncer la présence sur le sol français d'un "peuple dans le peuple", mais au moment d'identifier l'origine de ce mal, leur avis diverge. 
Pour Zemmour, c'est l'Islam...
Avant de se soumettre aux lois républicaines, au "code civil", le musulman voudrait obéir au Coran. Essentialiste et suprémaciste, il aimerait que la loi religieuse (ou charia) se substitue aux lois civiles du pays qu'il habite. Et sans un pouvoir politique qui impose avec fermeté ses coutumes, ses valeurs et ses lois (républicaines, rappelons-le), la perspective du chaos menacerait à court terme notre pays...
Plutôt que de gloser sur ce raisonnement, je préfère le mettre en perspective en rapportant ci-dessous un extrait de l'article Théocratie, écrit (pour l'Encyclopédie) par le baron d'Holbach en 1751 :

"THÉOCRATIE, s. f. (Hist. anc. et politiq.) c’est ainsi que l’on nomme un gouvernement dans lequel une nation est soumise immédiatement à Dieu, qui exerce sa souveraineté sur elle, et lui fait connaître ses volontés par l’organe des prophètes et des ministres à qui il lui plaît de se manifester (...) En général l’histoire et l’expérience nous prouvent que le sacerdoce s’est toujours efforcé d’introduire sur la terre une espèce de théocratie ; les prêtres n’ont voulu se soumettre qu’à Dieu, ce souverain invisible de la nature, ou à l’un d’entre eux, qu’ils avaient choisi pour représenter la divinité ; ils ont voulu former dans les états un état séparé indépendant de la puissance civile ; ils ont prétendu ne tenir que de la Divinité les biens dont les hommes les avoient visiblement mis en possession. C’est à la sagesse des souverains à réprimer ces prétentions ambitieuses et idéales, et à contenir tous les membres de la société dans les justes bornes que prescrivent la raison et la tranquillité des états.... "
 
Paul Thiry d'Holbach
Surprenant, non ? 
250 ans ont passé, mais ceux qu'on pointe du doigt demeurent les mêmes : autrefois, les prélats catholiques qui imposaient en sous-main leur volonté politique à Versailles ; aujourd'hui, les imams musulmans qu'on imagine terrés dans de sordides caves de banlieues, et exhortant les fidèles à la guerre sainte.
Autre temps, autres moeurs, et pourtant d'Holbach et Zemmour ont cela de commun : tous deux désignent l'ennemi à la vindicte populaire. Le combat du baron d'Holbach trouva son épilogue pendant la période révolutionnaire de 1789. Espérons que celui de Zemmour ne s'achèvera pas dans le même bain de sang... 

NB : ce soir, vendredi 19/12, la bien-pensance a réagi : Zemmour est viré d'I Télé...

 

vendredi 17 octobre 2014

SOS Lumières

Paru ce jour, 17 octobre 2014, cet article de l'hebdomadaire Marianne s'interroge sur la campagne de dénigrement dont sont victimes les Lumières, et plus généralement sur le climat antirépublicain qui règne depuis quelques années en France.
Qu'est- ce que les Lumières ? se demandait Kant en 1784. "Ce qui fait sortir l'homme de la minorité qu'il doit s'imputer à lui-même. La minorité consiste dans l'incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s'imputer à lui-même cette minorité, quand elle n'a pas pour cause le manque d'intelligence, mais l'absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. Sapere aude ! aie le courage de te servir de ta propre intelligence. Voilà donc la devise des Lumières."
Emmanuel Kant
De ce refus de l'autorité d'"autrui" (et notamment celle de l'Eglise), particulièrement sensible chez les penseurs français du XVIIIème siècle, découle une première révolution qu'on peut qualifier d'anthropologique : le passage du théocentrisme à l'anthropocentrisme. "Dieu n'est plus le centre, le centre c'est l'homme !"... "Sans révolution anthropologique, pas de Révolution Française... Ainsi les Lumières sont-elles l'entrée dans un mouvement de libération et d'émancipation dont les conséquences se sont ensuite déployées en cascade : développement des sciences, laïcité, souveraineté populaire, suffrage universel, démocratisation de l'éducation, émancipation des femmes, droits humains, égalité des droits."
François Furet
Et il en faut du "courage", et il en faut de la "résolution", sans autre guide que sa raison, pour appréhender le monde en s'affranchissant de ses anciens tuteurs. Dans sa Révolution Française, François Furet nous rappelle qu'en 1789, "ce qui naît, c'est la société moderne des individus, dans sa conception la plus radicale, puisque tout ce qui peut exister d'intermédiaire entre la sphère publique et chaque acteur de la vie sociale est non seulement supprimé, mais frappé de condamnation... la haine de la société aristocratique a porté les hommes de la Révolution Française à bannir les associations au nom d'un individualisme radical."
Sans Eglise, sans corporations, sans mentors, l'homme, livré à lui-même, est condamné à être libre...

Il peut être tenté, bien sûr, par paresse ou par découragement face à la complexité du réel, de renoncer à cette liberté que lui offre Kant pour se soumettre à une nouvelle tutelle idéologique. Et ils sont nombreux, aujourd'hui, à réinterpréter notre Histoire à l'aide d'un schéma binaire aussi séduisant que caricatural ! Entendez ce qu'ils nous disent : l'Ancien Régime serait un âge d'or / la Révolution de 1789 aurait plongé la France dans un nouvel âge de fer...
Ce manichéisme, véritable prêt-à-penser qui réduit notre palette de couleurs au blanc et au noir, ne s'embarrasse évidemment d'aucune nuance de gris...
Pour en juger, voyez les sites de l'Action Française (ici), du Cercle des Volontaires (ici), ou encore les interventions de la polémiste et historienne Marion Sigaut (ici). 
Marion Sigaut
Le titre de Marianne (SOS Lumières) nous dispensera de donner les chiffres d'audience de ces trublions et autres officines, véritables auxiliaires du courant antirépublicain qui mine notre société. 
Quand l'homme renonce à comprendre le monde, quand il renonce à entendre les élites chargées de le lui expliquer (car on les soupçonne de diffuser une doxa républicaine, donc de mentir), il se tourne inévitablement vers les histrions, les bonimenteurs et autres charlatans...
"Pourquoi un retour des Lumières ?", demande Marianne."Pour résister : assurer le salut de ce qui est menacé comme jamais - la laïcité, l'école, la solidarité nationale, ce qui reste de gratuité- pour empêcher la destruction de ce qui s'est bâti au nom des Lumières."
L'enjeu est de taille, comme on le constate. Et il faudra bien du "courage", bien de la "résolution", pour remporter ce combat...