samedi 31 décembre 2011

Vive 2012 !

A l'aube de cette année 2012, je vous souhaite le meilleur, à toutes et à tous.
Je salue tout particulièrement les habitués du blog (bientôt 20000 pages lues !), ces nombreux curieux venus d'Amérique, de Suisse et d'Allemagne (pour le trio de tête des pays étrangers), mais également les lecteurs français, et notamment quelques passionnés originaires de Lorraine, du nord et du sud-ouest (là encore, le trio de tête).
Cette année 2012 sera évidemment décisive ! Le 2nd tome est achevé, en passe d'être relu. Il pourrait être publié au cours du premier semestre. J'aurai alors définitivement tourné la page Rousseau pour laisser place aux nombreuses commémorations qui se dérouleront à Genève, à Chambéry mais également à Ermenonville. Une mention toute particulière pour William Della Rocca, qui achèvera en juin 2012 son aventure personnelle avec Rousseau (http://jeanjacquesetmoi.blogspot.com/).

Pour ne rien vous cacher, j'ai déjà abordé un nouveau projet, et ma table de chevet est encombrée de quelques milliers de pages de documentation, pas toujours passionnantes !!!, que je compte "ingérer" dans les mois à venir avant d'attaquer mon prochain roman (certainement l'été prochain).
Un autre personnage, donc, moins connu que Rousseau, mais dont le destin se révèle tout aussi romanesque ! Et surtout, il s'agit cette fois d'une femme !
Pour clore cette année 2011, j'aimerais remercier tous ces lecteurs qui m'ont apporté leur témoignage sur "la comédie des masques", témoignages toujours passionnés, souvent chaleureux et aimables, quelquefois véhéments quand mon regard sur le Genevois différait du leur... A bientôt, OM

NB : et une excellente nouvelle à vous annoncer très bientôt !

jeudi 29 décembre 2011

Les Confessions (9) : Louise d'Epinay et Rousseau

"Elle était fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main. Ce défaut seul eût suffi pour me glacer : jamais mon coeur ni mes sens n'ont su voir une femme dans quelqu'un qui n'eût pas des tétons..."
Louise d'Epinay
C'est ainsi que Rousseau décrit Louise d'Epinay, dix ans après son séjour à l'Ermitage de la Chevrette. Si le portrait n'est guère flatteur, il vient surtout battre en brèche les rumeurs qui ont couru Paris dans les années 1756/57. A cette époque, Louise a déjà mauvaise réputation : on lui prête de nombreuses aventures, et sa récente rupture avec son amant Francueil n'a rien arrangé, d'autant qu'il a bien vite été remplacé par Grimm, l'un de meilleurs amis de Jean-Jacques.
Lorsque Rousseau accepte son invitation, Louise est évidemment ravie. Là voilà, elle, l'égale des grandes salonnières parisiennes puisqu'elle accueille sous son toit, en protectrice, l'une des figures les plus en vue du moment !
"Me voilà donc enfin chez moi, dans un asile agréable et solitaire..." s'exclame d'ailleurs Rousseau au livre IX des Confessions. Hélas, dès le retour de la belle saison, Madame d'Epinay emménage à la Chevrette, et le voilà qui déchante déjà: "...je compris que je m'étais chargé d'une chaîne dont l'amitié seule m'empêchait de sentir le poids : j'avais aggravé ce poids par ma répugnance pour les sociétés nombreuses."
Ce thème de l'aliénation au "puissant" est omniprésent dans l'oeuvre de Rousseau, et il s'explique par sa conception toute personnelle de l'amitié : contrairement aux autres philosophes (Voltaire surtout, mais également Diderot et d'Alembert), le Genevois refuse toute relation de subordination, il revendique même d'être traité d'égal à égal par les personnes de premier rang. Il aura d'ailleurs la même attitude plus tard en s'installant chez le Maréchal de Luxembourg, l'un des hommes les plus éminents du royaume.
l'ermitage de la Chevrette
A l'opposé, on imagine ce qu'attend Louise de son illustre protégé : une présence, une compagnie, une conversation régulière, des apparitions dans ses réceptions à la Chevrette, et surtout le prestige qui en découle...
"Ayant ainsi pris mon parti sur un assujettissement nécessaire, je m'y livrai sans résistance, et le trouvai, du moins la première année, moins onéreux que je ne m'y serais attendu..." conclut Rousseau en évoquant la fin de l'année 1756. Tout va se gâter au printemps suivant avec l'entrée en scène de Sophie d'Houdetot, la cousine et belle-soeur de Louise.
Nous y reviendrons...

jeudi 22 décembre 2011

Rousseau, juge de Jean-Jacques

Rédigé à partir de 1772, cet étrange ouvrage se présente sous la forme de trois dialogues successifs entre Rousseau et un "Français" anonyme. Bien qu'il n'ait lu que des extraits de ses ouvrages, ce dernier est convaincu de toutes les horreurs qu'on colporte sur le Genevois Jean-Jacques. Avant de rendre leur jugement, les deux hommes conviennent alors d'un marché : le Français lira ces ouvrages pour se faire une opinion définitive sur Jean-Jacques. Rousseau, quant à lui, ira à la rencontre de ce même Jean-Jacques.
Finalement, après avoir découvert l'ensemble de l'oeuvre, le Français  reconnaît qu'il s'était trompé : il y a bien identité entre l'auteur et son message. Et il est désormais convaincu de l'existence d'un complot destiné à discréditer le Genevois. "Les dures vérités qu'il a dites, quoique générales, sont de ces traits dont la blessure ne se referme jamais dans les coeurs qui s'en sentent atteints.", observe-t-il dans le troisième dialogue. Les gens de lettres, les riches, les femmes, sont donc autant d'adversaires de Jean-Jacques, tous étant blâmés voire raillés dans ses écrits.


Avec ce dialogue entre deux interlocuteurs fictifs, Rousseau revient en fait sur une question essentielle à ses yeux : qui est véritablement Jean-Jacques ? Est-il l'homme qui transparaît derrière ses ouvrages ? Est-il au contraire l'être hypocrite et immoral qu'ont dépeint ses ennemis auprès du grand public ? Enième tentative de justification et de plaidoyer pro domo, ce Rousseau Juge de Jean-Jacques est également l'un des ouvrages les plus méconnus de son auteur.

jeudi 15 décembre 2011

Louise d'Epinay (3)

Louise d'Epinay
Malgré ce que prétendent ses mémoires, on peut penser que Louise d'Epinay fréquentait déjà Grimm avant de rompre avec Francueil en 1752. Dans les premiers temps, elle semble subjuguée par le caractère protecteur de l'Allemand. "Ce n'est pas d'aujourd'hui que je sens qu'avec vous on peut se laisser conduire sans y regarder...", lui écrit-elle. Jusqu'alors soumise à sa mère, Louise apprend peu à peu à s'en détacher pour redevenir la femme qu'elle a oublié d'être. "Avoir une volonté à moi me paraissait un crime" dit-elle de ses année passées. Mais on ne l'y prendra plus. Pourtant paternaliste avec sa maîtresse, Grimm va néanmoins permettre à Louise de se libérer et de donner libre cours à ses ambitions refoulées. Désormais, elle s'intéresse aux questions de son temps et fréquente les milieux intellectuels de Paris. Pendant les nombreuses absences de son amant, elle prend en charge la Correspondance Littéraire, ce périodique destiné à quelques illustres correspondants étrangers. Mais depuis longtemps déjà, c'est le sujet de l'éducation qui passionne Louise. Selon elle, l'éducation traditionnelle ne prend pas assez en compte le caractère de l'enfant, ni le destin qu'on lui prépare. A quoi bon éduquer un enfant comme un militaire si on veut en faire un ecclésiastique ? Enfin, et c'est là son originalité, Louise est opposé aux précepteurs et aux collèges. Malgré son appartenance sociale, elle préfèrerait garder ses enfants près d'elle afin de les prendre en charge. Sur ce point, elle s'oppose assez nettement à Rousseau, favorable quant à lui aux précepteurs.
En 1774, la Correspondance Littéraire annonce la sortie des Conversations d'Emilie, ouvrage dans lequel Louise expose ses théories pédagogiques sous forme dialoguée. L'accueil critique sera excellent, si bien que Louise présente son ouvrage réédité au concours Montyon en 1782. Le prix d'ouvrage de l'année lui sera décerné au mois de janvier 1783.
Gloire tardive, mais gloire tout de même, dans une société qui n'accepte pas encore que la femme joue le rôle de bel esprit ! Louise s'éteindra quelques mois plus tard, au mois d'avril 1783.

vendredi 9 décembre 2011

Les "Contre-Confessions" de Louise d'Epinay (2)

Château de la Chevrette, propriété de Louise d'Epinay



Cet ouvrage autobiographique est vraisemblablement achevé en 1762, et comme nous l'indiquions précédemment, Louise d'Epinay commencera à le retoucher à partir de 1764. L'objectif semble évident : il faut "revoir" le récit de l'Ermitage (années 1756-57) et imposer auprès du public l'image d'un Rousseau menteur et hypocrite. Cette réputation de tartufferie colle à la peau du Genevois depuis son séjour en Angleterre, lorsque Hume et ses comparses encyclopédistes ont piégé le Genevois (voir les articles sur David Hume).
De toute évidence, c'est en apprenant que Rousseau rédige ses mémoires que le trio Grimm/Diderot/d'Epinay prend la décision de réécrire le passé. La peur les tenaille, une peur panique de ce que leur ancien compagnon pourrait révéler à leur propos. 
Que craignent-ils donc ? Qu'il dénonce leurs compromissions avec les gens de pouvoir ? Qu'il nuise à leur réputation en dévoilant des secrets intimes ? Qu'il raconte les événements survenus à l'Ermitage ?
l'Ermitage de Montmorency
Le retour de Rousseau à Paris, puis les 1ères lectures publiques des Confessions (hiver 70-71), vont pousser Louise d'Epinay à réagir auprès du lieutenant Sartine. Les lectures sont aussitôt interrompues puis interdites. Dès lors, Rousseau ne présente plus guère de danger à leurs yeux. Le manuscrit des Contre-Confessions peut donc continuer à dormir dans un tiroir. Il ne sera publié qu'en 1818, dans une version tronquée et fallacieuse.
Nous tenterons de confronter les récits, notamment ceux concernant le séjour de Rousseau à l'Ermitage. J'ai dans l'idée que cet exercice pourrait s'avérer passionnant...

jeudi 1 décembre 2011

dimanche 27 novembre 2011

Nous y sommes...

Bernardin de St-Pierre
Je m'étais fixé un délai d'un an. Hier soir, après onze mois de travail, j'ai achevé le 2nd tome...
 Sensation étrange, comme si on laissait derrière soi des personnes qu'on a longuement fréquentées et aimées.
En fait, on sort de là un peu vaseux et presque triste. Oserai-je l'avouer, même si je l'ai maltraité, Bernardin de Saint-Pierre va me manquer. 
Julie de Lespinasse
Pour Julie de Lespinasse, je n'ai pas eu à faire un grand effort d'imagination. Les lettres qu'elle a écrites à son amant Guibert entre 1774 et 1776 sont tout simplement inoubliables. Elles fourniraient à elles seules matière à un très beau roman d'amour...
Le mot de la fin pour Rousseau, évidemment, que j'abandonne comme on abandonne un amour de jeunesse, après (tout de même) vingt années de vie commune. Je le libère à la veille de cette année 2012, où les commémorations du tricentenaire le remettront pour quelques mois au centre de l'actualité. Si j'ai quelquefois été dur avec lui (il m'a tellement résisté...), j'espère pourtant lui avoir rendu justice. 
Et puisque nous en sommes à rendre des hommages, je ferai ce dernier aveu : son personnage restera à mes yeux ce que j'ai rencontré de plus fascinant et de plus mystérieux dans notre passé littéraire.




vendredi 25 novembre 2011

Tome 2

"Le voile déchiré"... Pourquoi pas ? Ce titre évoque un célèbre épisode biblique. Et il reprend l'idée de dissimulation de "la comédie des masques". Allez, continuons à creuser...

mardi 15 novembre 2011

Bernardin de Saint-Pierre

Bernardin de Saint-Pierre
Le voilà, le personnage central de ce second tome. Je n'ose dire "héros", étant donné le traitement que je lui ai réservé dans ce récit qui va clore ma longue aventure avec Rousseau...
C'est à son retour de l'île de France (actuelle île Maurice) que Bernardin de Saint-Pierre va être introduit auprès de Rousseau. Ce dernier vient lui aussi de regagner Paris. Il loge rue plâtrière, non loin de l'hôtel des Dupin. Il a repris son travail de copiste, à dix sous la page, ce qui lui rapporte environ mille cinq cents livres par an. Malgré le décret de prise de corps (lancé en 1762 après la parution de l'Emile), Jean-Jacques n'est plus inquiété par les autorités de la ville. Enfin... Il a bien essayé de donner quelques lectures publiques de ses Confessions, mais Sartine lui a ordonné de les interrompre. Jean-Jacques ne saura jamais l'identité de la personne qui est intervenue auprès du lieutenant de police pour lui adresser cette requête. Il obtempère. Désormais, il restera sage, à l'écart de la vie publique. D'ailleurs, si les Parisiens ont eu un premier mouvement de curiosité en apprenant son retour, très vite, ils passent à autre chose et le Genevois est oublié. Anonyme à Paris mais célèbre dans toute l'Europe... Ce n'est pas là le moindre de ses paradoxes.
Voilà les faits. En ce qui concerne la fiction, j'ai imaginé le parcours de Bernardin de Saint-Pierre dans ce Paris pré-révolutionnaire : son entrée dans la société de Mlle de Lespinasse, puis dans celle de Mme Necker, mais surtout les nombreuses révélations que lui fait Rousseau au cours de leurs entretiens...
La Comédie des Masques a laissé de nombreuses questions en suspens. Le 2nd tome apportera quelques réponses...

dimanche 13 novembre 2011

Littérales de Trouy



Quelques belles rencontres, aujourd'hui... Nous nous retrouverons début décembre à DHUIZON.
A bientôt ! OM

vendredi 11 novembre 2011

Littérales de Trouy





Je serai très heureux de vous retrouver dimanche, entre 10 heures et 18 heures, espace JM Truchot à Trouy

mercredi 2 novembre 2011

A Saint-Florent

Nous nous retrouverons au salon du livre de Trouy, le dimanche 13 novembre. A bientôt, OM

La mort de Louis XV (3)


( pour lire les précédents articles sur le même sujet, c'est ici)

Le 7 mai, les plus hauts dignitaires du royaume approchent pour la dernière fois du mourant afin d'assister à son repentir. Bien que Louis soit quasiment inconscient, le cardinal de la Roche-Aymon l'écoute marmonner quelques mots, puis il lui donne la communion, assisté des deux princes de sang qui haïssaient le plus le roi : Condé et d'Orléans.
L'agonie va encore durer deux jours. Le corps a noirci, il est couvert de croûtes, l'odeur de putréfaction se répand dans la galerie des glaces jusqu'aux appartements de la reine.
Enfin, le 10 mai, vers 15 heures, le roi rend son dernier souffle.
Louis XV
Aussitôt, Versailles sonne le branle-bas de combat. Le Dauphin et Marie-Antoinette sont évacués vers Choisy. Les filles du roi les accompagnent, la plupart des courtisans également.
Le corps de Louis est mis en bière, puis enfermé dans un cercueil de plomb rempli de son. L'odeur est tellement insupportable qu'on affrète un second cercueil.
 Craignant d'approcher le corps, le chirurgien a refusé de l'embaumer. Pour le manipuler, on a même fait appel à des vidangeurs de Versailles.
Au même moment, à Paris, des pamphlets rageurs honorent la mémoire du défunt :
Louis a rempli sa carrière
Et fini ses tristes destins ;
Tremblez, voleurs ; fuyez, putains !
Vous avez perdu votre père.

Image extraite d'En remontant les Champs-Elysées
Le 12 mai au soir, le cercueil est placé dans un carrosse, puis on prend la direction de Saint-Denis, où on lui a réservé une place dans le caveau de la basilique. 
Ainsi s'achève, dans l'indifférence la plus totale, l'un des plus longs règnes de notre histoire.

jeudi 27 octobre 2011

Rencontre avec les lecteurs


Mes remerciements à G. BOMY, libraire à St-Florent, pour cette très agréable soirée.

samedi 22 octobre 2011

vendredi 21 octobre 2011

La mort de Louis XV (2)

Les partisans de Choiseul attendent avec impatience la communion du roi. Cela annoncerait au public la fin prochaine du souverain et l'arrivée possible d'une nouvelle équipe au pouvoir. Evidemment, Choiseul espère en être...
Le vieil archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, est aussitôt convoqué à Versailles et poussé dans la chambre du mourant. Peut-être osera-t-il, lui, annoncer la vérité au roi et obtenir sa confession. Mais le duc de Richelieu veille, et il parvient in extremis à barrer au vieillard l'accès de la chambre royale.
Le corps de Louis a noirci, il s'est recouvert de croûtes, il pue. Le 4 mai, le roi commence à délirer. Cette fois, on n'a plus le choix. On ordonne des prières publiques à Paris. Mais l'indifférence est telle que les églises restent vides.
Le 5 mai, on envoie le cardinal de la Roche-Aymon, grand aumônier de France, auprès du roi. C'est à lui qu'incombe la lourde tâche de lui annoncer la vérité. Mme du Barry a compris. Elle entre à son tour dans la chambre, s'approche du lit et glisse à l'oreille du mourant :
Mme du Barry
- Sire, que dites-vous de ces dévots qui veulent que vous receviez les sacrements au moment où vous entrez en convalescence ? Je vous conseille de leur donner satisfaction. Je vous laisserai pendant ce temps-là et, dans quelques jours, je viendrai vous trouver.
La sortie de l'ancienne courtisane est digne d'une reine. Le roi n'aura même pas à la renvoyer.
- Il faut que je reçoive mes sacrements, concède Louis. Vous voyez que je suis bien mal : c'est la petit vérole.
Le même jour, Mme du Barry quitte Versailles et trouve refuge à Rueil, chez le duc d'Aiguillon.

vendredi 14 octobre 2011

La mort de Louis XV (1)

Fin avril 1774.
Louis XV
Louis est d'humeur morose. Son ancien ami de débauche, le marquis de Chauvelin, vient de mourir. Pour "secouer ses humeurs", le roi décide d'organiser une chasse dans les bois entre Versailles et Marly. Il monte quelques instants à cheval puis il renonce et remonte pesamment dans son carrosse.  Pris de froid et de nausées, il regagne aussitôt le petit Trianon où l'attend Mme du Barry. 
Le lendemain, après une mauvais nuit, on convoque Lemonnier, son médecin. Puis arrive La Martinière, le chirurgien. 
- Sire, c'est à Versailles qu'il faut être malade, lui dit-on.
Le même jour, on regagne donc le château. Le roi est atteint de fièvre. Un autre médecin accourt à son chevet. Il décide d'une saignée, et on retire à Louis trois "palettes" de sang (environ 400 grammes). Alertés, les courtisans se massent déjà dans l'antichambre. Nouvelle saignée qui n'arrange rien. On a quasiment retiré un litre de sang au roi. Et déjà, on parle d'une troisième saignée !
- Elle me mettra bien bas, dit le souverain. C'est donc une maladie? Je voudrais bien qu'on ne me fît pas une troisième saignée...
Cette fois, tout le château est alerté. On envisage l'arrivée du prêtre, le départ obligé de la favorite, Mme du Barry. 
Ce sont maintenant huit médecins qui sont réunis autour du roi. Des rougeurs apparaissent sur son front, puis des boutons. C'est la petite vérole, autrement dit la variole ! A près de 64 ans, le roi a peu de chances d'y survivre. Du moins, l'agonie ne dure-t-elle jamais plus de onze jours.
Nous sommes le dimanche 1er mai. Toute l'Europe saura bientôt ce qui se passe à Versailles. Aussitôt, les premières questions surgissent : que va devenir la du Barry ? et les trois ministres de Louis, Maupeou, d'Aiguillon, Terray, qui sera susceptible de les remplacer le moment venu ? Certains parlent déjà de l'avènement de Louis XVI et du retour du disgracié Choiseul...

dimanche 9 octobre 2011

A vous tous, qui passez par ici...

Je dois bien le reconnaître, je reste perplexe... Qu'il vente, qu'il pleuve, que nos rugbymen réalisent des exploits (ou pas), que nos femmes et hommes politiques entrent dans la danse (ou en sortent), quelle que soit l'actualité, vous êtes toujours là, jour après jour, fidèles au rendez-vous de ce blog.
Autant je conçois ma passion, souvent dévorante, souvent pénible pour mon entourage, autant la vôtre m'interpelle... Je vois des personnes qui reviennent, jour après jour, et dont j'ignore tout...
En somme, vous me surprenez !
Et malgré votre silence, je vous comprends mieux, vous autres, les quelques milliers de lecteurs qui avez acheté et (peut-être) apprécié "la comédie des masques".
J'achève le 2nd tome, et j'aurai plaisir à vous retrouver en 2012.
OM

vendredi 7 octobre 2011

Les salons parisiens : Mme Necker (6)

Suzanne Necker
Fille d'un pasteur des environs de Ferney, Suzanne Curchod épouse le banquier Jacques Necker en 1764, et s'installe avec lui au Marais, rue Michel-le Comte. En 1766, elle emménage rue de Cléry, à l'hôtel le Blanc où le cercle Necker va connaître ses heures de gloire.
L'ouverture du salon, comme on l'a déjà vu, a souvent pour fonction de contribuer à l'ascension sociale de l'hôte. C'est d'autant plus vrai dans le cas de ce banquier suisse et protestant...
"Figure grande et droite" à la taille "proportionnée", Suzanne Necker se distingue surtout par la raideur de son comportement. A un pasteur qui s'inquiète de la voir fréquenter des philosophes athées, la jeune femme répond :  "je me suis hâtée de leur montrer mes principes, on ne touche jamais à cet article chez moi." Même son mari disait d'elle qu'il ne lui avait jamais manqué "pour être jugée parfaitement aimable, que d'avoir quelque chose à se faire pardonner." En somme, elle avait le tort d'être irréprochable...
Marmontel, Morellet et Raynal (qu'on voyait un peu partout) forment très tôt les piliers de cette nouvelle société littéraire. Bientôt suivront Suard, Grimm, d'Alembert, d'Holbach, Diderot et bien d'autres. Ce dernier la qualifiait alors de "Genevoise sans fortune"... "à qui le banquier Necker vient de donner un très bel état".
Si les philosophes fréquentaient ce cercle, il ne devint pourtant jamais un cercle de philosophes. Inutile de songer en ces lieux à formuler des critiques à l'endroit du christianisme ou encore à exposer des systèmes de pensée trop audacieux. Le salon de Madame Necker participe avant tout à la vie littéraire et mondaine par les lectures qu'on y fait. C'est là, semble-t-il, que fut lue en premier la fameuse lettre de Hume à d'Holbach, dans laquelle l'Ecossais exposait tous ses griefs à l'égard de Rousseau.
Si Mme Necker apparaît dans le 2nd tome, c'est qu'elle accueille Bernardin de Saint-Pierre après 1771. C'est à elle, quelques années plus tard, qu'il parlera de son célèbre roman "Paul et Virginie".
Lorsque Necker entre enfin au gouvernement (en 1776), le salon tenu par son épouse devient plus politique que littéraire. Les anciens habitués s'effacent, d'autres apparaissent, elle-même laisse sa place à sa fille, future Mme de Staël.

mardi 4 octobre 2011

Cultura Bourges, le 22 octobre

Je participerai à une séance de dédicaces le samedi 22 octobre (après-midi) en compagnie de quelques autres auteurs.
Au plaisir de vous revoir... OM

samedi 24 septembre 2011

Des philosophes révolutionnaires ?

Combien de fois ai-je pu lire une telle ânerie ? Les philosophes auraient non seulement abattu l'autel, mais également le trône... La démocratie, la République seraient nées de leurs coups de boutoir répétés contre une monarchie à bout de souffle.  Sans eux, jamais le monde moderne ne serait né...
Soyons clairs. Dans les années 1750-1775, le clan des philosophes a non seulement visé l'enrichissement personnel, mais également l'accès aux postes de pouvoir.
Faut-il vraiment rappeler qu'au moment de sa mort (en 1778), Voltaire possède l'une des plus grandes fortunes de France ?
Faut-il rappeler le triste rôle joué par Diderot auprès de Catherine de Russie, l'ancien combattant de la liberté d'expression devenant même le censeur de la Librairie, tant il était satisfait de son état ?
Faut-il rappeler que Louise d'Epinay surnommait son compagnon Grimm "chaise de paille", tant il passait de temps dans les antichambres des grands d'Europe ?
Faut-il rappeler enfin que malgré ses cris d'orfraie, d'Alembert est entré dans toutes les Académies d'Europe, devenant même le secrétaire de l'Académie Française ?
Entre nous, quel intérêt auraient-ils eu, tous, à voir chuter un régime qui les comblait à ce point ?
D'ailleurs, il n'y a qu'à voir leurs réactions respectives à la mort de Louis XV, lorsque leurs amis Malesherbes et Turgot accèdent à des postes de pouvoir. Les voilà tous, Diderot le premier, à quémander une place ou une charge pour leurs proches !

Aujourd'hui, avec le recul, comme je comprends leur acharnement à perdre Rousseau !

vendredi 23 septembre 2011

 

On quitte à regret l'excellent Stanley Weber. L'épisode de la mort de Louis XV est relaté avec précision. 

mardi 6 septembre 2011

Sophie d'Houdetot, le seul "amour" de Rousseau (2)

Revenons pour quelques instants sur cet été 1757, lorsque Rousseau tombe amoureux de Sophie d'Houdetot et qu'il s'inspire d'elle et de leur relation pour imaginer la Julie de sa Nouvelle Héloïse.
Les premières semaines sont idylliques. Sophie et Jean-Jacques se retrouvent presque quotidiennement dans les collines de Montmorency, il lui lit des extraits de son roman, elle y reconnaît les mots qu'il lui adresse par ailleurs...
Les discours qu'on trouve dans la Nouvelle Héloïse sont les mêmes que lui tient Jean-Jacques depuis quelque temps : "Tes désirs vaincus seront la source de ton bonheur", "mon coeur sent trop bien combien il est coupable et ne saurait cesser de l'être", "ne sais-tu pas qu'il est un terme où nulle raison ne résiste plus?"
Jean-Jacques et Sophie

Malgré l'interdit que lui impose sa conscience, Julie devient la maîtresse de Saint-Preux.
Et bien qu'il fasse dire à ce dernier : "Malheur à qui prêche une morale qu'il ne veut pas pratiquer", Jean-Jacques se rend compte que Sophie d'Houdetot est également prête à devenir la sienne...
Mais comme on l'a déjà vu, les relations charnelles ne sont pas celles qu'il recherche. La morale chrétienne le lui interdit, et peut-être craint-il également l'embarras que pourrait causer une liaison avec une femme du grand monde. 
Dans le livre IX des Confessions, Rousseau écrit : "je jure que si, quelquefois, égaré par mes sens, j'ai tenté de la rendre infidèle, jamais je ne l'ai véritablement désiré." Souvent lucide, Henri Guillemin précise que Rousseau aurait dû ajouter un e au mot "désiré". Car chez lui, la relation est toujours fantasmée, au point que certains en ont conclu à son impuissance.
Le voilà donc embarrassé, gêné de sentir Sophie d'Houdetot prête à se donner à lui. Comment sortir de ce mauvais pas ?
Convenons-en, son comportement n'a alors rien de bien glorieux. "Je ne puis corrompre celle que j'idolâtre", déclare-t-il aussitôt, avant d'ajouter : "le crime est déjà cent fois par ma volonté ; s'il l'est dans la vôtre, je le consomme !"
Après lui avoir présenté leur possible liaison comme un "crime", il lui laisse en assumer seule la responsabilité, se disant prêt à passer à l'acte si elle lui en donne l'ordre. En fait, parvenu à ce stade de leur liaison, c'est un "non" que Rousseau attend de la part de Sophie. Et cette dernière le comprend bien, faisant brusquement machine arrière et lui réclamant toutes les lettres échangées durant l'été. 
Dès lors, Jean-Jacques parvient à échapper au principe de réalité, et il se retrouve à nouveau dans une situation romanesque : celle de l'amant malheureux, éconduit par la femme qu'il aime.
Comme le dit fort bien Guillemin, "sa plus impardonnable offense n'est pas d'avoir amené Sophie à la frontière même de la chute, c'est de s'en être tenu là."

lundi 29 août 2011

Rousseau sur les planches...

 http://www.billetreduc.com/55120/evt.htm

C'est au festival d'Avignon qu'Alain Lawrence a donné les premières représentations de son Rousseau. Le spectacle devrait très prochainement être monté en province, mais également auprès des publics scolaires. 
Un homme que j'ai trouvé aussi passionné qu'attachant...

Les contacts peuvent être pris à l'adresse suivante
Théâtre 94
135, rue du Faubourg du Temple
75010 PARIS

ou par mail : Theatre94@gmail.com


samedi 27 août 2011

Salons

Je serai présent les 12 et 13 novembre aux Littérales de TROUY (Cher), puis le 4 décembre au salon des auteurs et des éditeurs à DHUIZON (Loir-et-Cher).
Au plaisir de vous retrouver. OM


mercredi 24 août 2011

Les philosophes au pouvoir (3)

En 1774, la nomination de Turgot avait suscité l'enthousiasme dans le clan des encyclopédistes. 
Mais si l'on en juge au courrier qu'il envoie à son gendre et à sa fille, un homme comme Diderot a surtout songé à l'intérêt qu'il pouvait en tirer : "Il ne méconnaîtra pas ceux qu'il a connus. Voyez-le, voyez-le sans délai et nommez-vous. Je lui ai rappelé l'intérêt qu'il avait pris à vous lorsqu'il était question de vous faire un état. Il ne vous ôtera certainement pas aujourd'hui ce qu'il aurait souhaité pouvoir vous accorder hier."
D'autres, tels que Condorcet, multiplient les requêtes auprès du nouveau ministre : trouver un financement pour une expédition maritime de Bernardin de St-Pierre, distribuer des faveurs et des distinctions aux proches du clan...
Comme on le constate, cet enthousiasme des encyclopédistes est également intéressé...
Mais contrairement à ce que certains peuvent imaginer, Turgot ne se laissera jamais instrumentaliser. Avant tout désireux d'imposer ses réformes (même impopulaires) au plus vite, il ne prendra pas la précaution de ménager ses anciennes amitiés au sein de la secte encyclopédiste. Ainsi, en refusant d'accéder aux demandes pourtant pressantes de Diderot, il s'en fait très rapidement un ennemi.
Jacques Necker
Durant cette période qui aurait dû les voir plus unis que jamais, les encyclopédistes vont surtout achever de se brouiller. Alors que Julie de Lespinasse, d'Alembert, et les habitués de la rue St-Dominique restent favorables à Turgot, d'autres comme Diderot et Grimm se rangent au côté de son principal opposant, une étoile montante dans le domaine politique : le Genevois Necker tient déjà un cercle d'influence à Paris et il attend patiemment son heure en espérant la chute de Turgot.
Quand il sera nommé aux Finances, en 1776, les philosophes approuveront une nouvelle fois l'arrivée aux affaires d'un "ministre-philosophe" (l'expression est de Diderot).
Durant cette période, quels que soient les hommes en place, ils sont souvent proches des milieux fréquentés et investis par les encyclopédistes. Etrangement, ces derniers demeurent pourtant passifs et inactifs lorsqu'il s'agit d'actionner les manettes du pouvoir.  Ainsi, le grand Voltaire se contente de solliciter quelques faveurs pour le pays de Gex : "l'exemption des impôts et du logement des soldats", "que nous ayons à Ferney un poinçon affecté à nos fabriques"... D'autres comme d'Alembert ou Diderot continuent de théoriser alors qu'il faudrait agir.
L'impression qui en ressort est que, durant moment crucial de l'accession au pouvoir, plusieurs de ces hommes ont manqué de hauteur de vue, de force, ou même d'idées...


jeudi 18 août 2011

Les philosophes au pouvoir (2)

Malesherbes
Chargé de gérer la Maison du roi, Malesherbes doit également s'occuper du ministère de Paris et de la question du protestantisme dans le royaume. Dès sa prise de fonction, il fait élargir quelques prisonniers de la Bastille et de Vincennes et recommande à Louis XVI de renoncer aux lettres de cachet. Mais la mission principale que Turgot lui a confiée est de réduire le nombre de pensions et de gratifications distribuées par le gouvernement. Et quand il s'agit de trancher, Malesherbes s'en montre hélas incapable. "J'en suis incapable par le caractère" reconnait-il d'ailleurs.
Concernant les protestants, il veut leur accorder le droit à un mariage légitime. Mais il se heurte aussitôt à l'opposition déterminée de l'Eglise catholique.

Pour sa part, Turgot va tenter d'appliquer ses principes libéraux: fin de certains privilèges, de nombreux monopoles, mais également de corporations. Très vite, il se met la Ferme Générale à dos, en même temps que le clergé et bon nombre d'aristocrates. L'un de ses premiers grands actes administratifs consiste à libéraliser le commerce du grain, alors qu'il était étroitement réglementé jusqu'alors. Mais à la suite d'une mauvaise récolte, suivie d'une période de disette dans certaines régions, des émeutes éclatent un peu partout dans le royaume, puis à Paris au mois de mai 1775.
Peu à peu, les opposants à Turgot (les privilégiés de l'impôt, notamment) parviennent à se faire entendre par le roi, et leurs plaintes se font chaque jour plus nombreuses.
Conscient de ses insuffisances, c'est pourtant Malesherbes qui, le premier, propose sa démission au mois de mai 1776. Jamais avare de ses bons mots, Madame du Deffand dit de lui : "Le Malesherbes est un sot, bon homme sans talent".  Quelques jours plus tard, Turgot est démis de ses fonctions.

Il nous reste à voir comment ce double échec sera accueilli par le clan des philosophes...

lundi 15 août 2011

Les philosophes au pouvoir (1)


Turgot
A la mort de Louis XV, le jeune Louis XVI, âgé d'une vingtaine d'années, appelle aux responsabilités deux personnalités proches du parti des philosophes.
D'un côté, Turgot qui prend en charge le ministère de la marine puis celui des finances.
De l'autre, Malesherbes qui devient secrétaire d'état de la maison du roi, équivalent de notre ministre de l'intérieur.
Malesherbes
Evidemment, les Encyclopédistes jubilent, Diderot et Voltaire en tête. N'ont-ils pas rêvé depuis des années, de voir les philosophes devenir des "conseillers du prince" ? Voltaire s'y est essayé avec Frédéric de Prusse, Diderot avec Catherine de Russie, et tous deux ont échoué.
Là, pour la première fois, ils tiennent l'occasion de voir leurs thèses s'exprimer en France. A propos de Malesherbes, Julie de Lespinasse écrit : "Oh ! pour le coup, soyez assuré que le bien se fera et qu'il se fera bien, parce que ce seront les lumières qui dirigeront la vertu et l'amour du bien public. Jamais, non jamais deux hommes plus vertueux, plus actifs, plus désintéressés, plus actifs n'ont été réunis..." De son côté, Voltaire s'exclame : "La France est-elle assez heureuse pour que M. de Malesherbes soit dans le ministère ? Voilà donc de tous côtés le règne de la raison et de la vertu."
Le gouvernement de Malesherbes durera moins d'un an. Celui de Turgot s'achèvera en 1776.
Il s'agit dans les deux cas d'une désillusion qui sonne le glas des espoirs du clan des philosophes.
Nous y reviendrons.

lundi 8 août 2011

Aux mânes de Julie de Lespinasse

D'Alembert
Après la mort de Julie, en mai 1776, d'Alembert rédige cette lettre bouleversante d'émotion. En voici les premières lignes :

" O vous qui ne pouvez plus m'entendre, vous que j'ai si tendrement aimée, vous dont j'ai cru être aimé quelques moments, vous que j'ai préférée à tout, vous qui m'auriez tenu de tout si vous l'aviez voulu ; hélas ! s'il peut vous rester encore quelques sentiments dans ce séjour de la mort après lequel vous avez tant soupiré et qui, bientôt, sera le mien, voyez mon malheur et mes larmes, la solitude de mon âme, le vide affreux que vous y avez fait et l'abandon cruel où vous me laissez ! Mais pourquoi vous parler de la solitude où je me vois depuis que vous n'êtes plus là ! Ah ! Mon injuste et cruelle amie, il n'a pas tenu à vous que cette solitude accablante n'ait commencé pour moi dans le temps où vous existiez encore. Pourquoi me répétiez-vous, dix mois avant votre mort, que j'étais toujours ce que vous chérissiez le plus, l'objet le plus nécessaire à votre bonheur, le seul qui vous attachât à la vie lorsque vous étiez à la veille de me prouver si cruellement le contraire ? Par quel motif que je ne puis comprendre ni soupçonner, ce sentiment si doux pour moi, que vous éprouviez peut-être encore dans le dernier moment où vous m'en avez assuré s'est-il tout à coup changé en éloignement et en aversion ? Qu'avais-je fait pour vous déplaire ? Que ne vous plaigniez-vous à moi, si vous aviez à vous en plaindre ? Vous auriez vu le fond de ce coeur qui n'a jamais cessé d'être à vous..."

Julie de Lespinasse
Les accents raciniens que prennent la douleur et l'incompréhension donnent de d'Alembert une image qu'on ne soupçonnait pas jusqu'alors. Dans le 2nd tome, j'aborde cet épisode méconnu de son existence. Et, je dois bien le reconnaître, ce sont des pages délicieuses à écrire...

jeudi 21 juillet 2011

A très bientôt !


Mais elles seront courtes et studieuses ! Une pile de livres, un PC, le Petit Robert, et surtout ... la solitude !

mardi 19 juillet 2011

Rousseau vu par George Sand

Datée de 1841, cette édition des Confessions est précédée d'une préface de George Sand. Comme à son habitude, la romancière a la dent dure pour les ennemis du Genevois.
Par ailleurs, faut-il le rappeler, le grand-père de George Sand se nommait Dupin de Francueil, beau-fils de Louise Dupin et amant de Louise d'Epinay. Cela explique peut-être le regard particulièrement acéré que pose George Sand sur ces hommes...

"Les penseurs, les grands hommes, de leur côté, toujours rebutés par le spectacle de cette corruption, et toujours exaltés par le rêve d'un état meilleur, arrivent aisément à l'orgueil, à l'isolement, au dédain, à l'humeur sombre et méfiante; heureux quand ils s'arrêtent à l'hypocondrie, et ne vont pas jusqu'à l'égarement du désespoir.
De là Jean-Jacques, d'une part, Jean-Jacques le penseur, l'homme de génie et de méditation, le grand homme misérable, injuste et désespéré ; de l'autre Voltaire, Diderot et les Holbachiens, les hommes du jour, les critiques pleins d'action et de succès ( applicateurs de la philosophie du dixhuitième siècle), désorganisant la société sans songer sérieusement au lendemain, pensant, dénigrant et philosophant avec la multitude; hommes puissants, hommes forts, hommes nécessaires, chers au public, portés en triomphe, écrasant et méprisant le misanthrope Rousseau, au lieu de le défendre ou de le venger des arrêts de l'intolérance religieuse, contre lesquels il semble qu'ils eussent dû, conformément à leurs principes, faire cause commune avec lui.
C'est que ces hommes si forts pour détruire ( et la destruction était l'œuvre de cette époque-là , œuvre moins sublime, mais aussi utile, aussi nécessaire que l'était l'œuvre de Jean-Jacques), c'est, dis-je, que ces hommes d'activité et de popularité ne méritaient pas, rigoureusement parlant, le titre de philosophes. On les appelait ainsi parce que c'était la mode : tout ce qui n'était pas catholique ou protestant s'appelait philosophe. Mais ils n'étaient, à vrai dire, que des critiques d'un ordre élevé. Ce qui prouve la différence entre eux et Jean-Jacques, c'est que, dès ce temps, dans le monde on appelait Jean-Jacques le philosophe, comme si on eût senti qu'il était le seul. On disait de Voltaire le philosophe de Ferney. Il était un de ces philosophes du siècle, le plus grand, le plus puissant dans cet ordre de forces. Mais Jean-Jacques était le philosophe de tous les temps, comme celui de tous les pays. Les définitions instinctives d'une époque ont parfois un sens plus profond qu'on ne pense."

mercredi 13 juillet 2011

Au travail...


Voici venues ces journées tant attendues, "qui s'étirent comme des couleuvres au soleil", où le temps se suspend, où tout s'immobilise, où le vide s'empare enfin de vous...
Vacances au XVIIIème siècle donc, autour du Faubourg Saint-Honoré, où Bernardin de Saint-Pierre rencontre un Rousseau vieilli et presque oublié du monde.
Mais ce dernier a encore tant à raconter...
Et moi à écrire...

samedi 9 juillet 2011

La folie de Rousseau (3)

"Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent..."
Dans l'incipit des Confessions, Rousseau ne se contente pas d'affirmer sa singularité. Il la revendique comme un droit lui permettant de s'établir dans l'anormalité et d'échapper ainsi au jugement des hommes. Rappelons-le, dans ce même incipit, il choisit de se tourner vers Dieu, le seul à avoir accès à sa conscience, alors que les hommes s'en tiennent aux apparences, toujours trompeuses.
Les écrits révélant la paranoïa et le délire de persécution 
(surtout les Dialogues et les Rêveries, écrits à la fin de sa vie) existent déjà en germe dans des textes de ses jeunes années. Rousseau s'est toujours senti incompris, mésestimé, calomnié comme l'attestent le récit du châtiment injuste de Bossey ou plus tard, sa querelle avec l'ambassadeur de France à Venise.
Rousseau se sent différent, autant par sa constitution que par sa personnalité. Sa maladie ("j'étais né presque mourant"), il en souffre dès sa naissance. Ces "goût(s) bizarre(s)...porté(s) jusqu'à la dépravation, jusqu'à la folie", il les explique par les expériences vécues dans son enfance : la mort de sa mère, la lecture (trop ?) précoce des romans, la fessée administrée par Mlle Lambercier, ses lectures dans la boutique de La Tribu...
Dans les premiers livres des Confessions, Rousseau entre dans les détails les plus intimes, peut-être pour convaincre les lecteurs de sa sincérité. En fait, deux accusations l'ont particulièrement marqué : dans le Sentiment des Citoyens, Voltaire le présente comme un débauché qui propage des maladies vénériennes, mais également comme un monstre ayant abandonné ses enfants et laissé mourir la mère de Thérèse. 
C'est à cette époque que naît chez Rousseau le sentiment d'être victime d'un complot universel. Conscient des forces qui s'agitent dans l'ombre pour lui nuire, mais incapable de les identifier, il en arrive bientôt à soupçonner tout le monde, même son entourage proche, même ses amis les plus fidèles. Dans les courriers des années 1765-1770, on le voit nommer tour à tour des persécuteurs différents, et de manière surprenante, il ne devinera jamais l'origine des coups. 
Comme on le constate, le clan des Encyclopédistes est finalement parvenu à ses fins, et à son retour à Paris (après 1770), le nom de Rousseau est totalement discrédité...

mardi 5 juillet 2011

Compte-rendu de lecture de la Bibliothèque JJ Rousseau

"Un livre sur Rousseau pour la bibliothèque Jean-Jacques du même nom …
Egoïste, paranoïaque, sans scrupules, allant jusqu’à abandonner plusieurs de ses enfants, Jean-Jacques Rousseau peut remercier Olivier Marchal de nous le présenter et nous le faire connaître sous un angle moins négatif, parmi ses contemporains : Voltaire, Diderot, Grimm et les Encyclopédistes. Livre au cœur du siècle des Lumières, foisonnant, où chaque chapitre commence par un extrait des
Confessions, qui se lit très facilement."

vendredi 1 juillet 2011

La folie de Rousseau (2)

Si l'on prend les Confessions au pied de la lettre, Rousseau devient effectivement un cas clinique particulièrement intéressant. 
Avec Mme Basile à Turin
A Turin, dès son adolescence, on le découvre à la fois exhibitionniste et fétichiste. Il reconnait également son goût pour l'onanisme. Sa maladie de vessie (il est rétentionniste) a vraisemblablement suscité chez lui un priapisme incontrôlé, donc une irritabilité sexuelle extrême. C'est du moins ce qu'avancent certains cliniciens.
Du côté des psychiatres et des psychanalystes, le bilan est tout aussi inquiétant : Laforgue évoque l'homosexualité latente du Genevois, d'autres font le lien entre l'hypocondrie de Rousseau et le délire de persécution dont il est atteint dans les dernières années de son existence.
Bref, le dossier médical est épais, et l'histoire a retenu la thèse de la folie de l'homme, sans se préoccuper de l'origine des pièces à conviction. Car en dehors des déclarations du patient lui-même, on ne dispose évidemment de rien de tangible.  
Bien sûr, d'autres témoignages de ses contemporains abondent dans ce même sens. " Il n'y a absolument qu'une voix aujourd'hui pour dire que c'est un fou", se réjouit d'Alembert. "On le regarde comme un fou ou comme un monstre" ne cesse de répéter Voltaire. Mais ces témoignages proviennent toujours du même camp, celui des encyclopédistes, qui après 1765, s'appliquent à discréditer Rousseau pour rendre ses écrits inoffensifs. Quand on connait les intentions de ces hommes, peut-on encore prêter foi à leurs propos ?
Bernardin de Saint-Pierre
Au cours des dernières années de son existence, Rousseau continue de recevoir des visites dans son petit appartement de la rue plâtrière. Et curieusement, les récits que font les visiteurs de ces rencontres ne correspondent en rien aux avis précédemment évoqués. On laissera de côté celui de Bernardin de St-Pierre, tant l'admiration qu'il porte au Genevois rend son portrait peu crédible. Mais les autres ? Les anonymes ? Quelles raisons auraient-ils eu de taire la vérité ? Ainsi de Ménétra, un vitrier parisien, qui rencontre Rousseau entre 1770 et 1772 : "Je vois en lui un bon protestant" affirme-t-il dans son journal. Ainsi du comte de Crillon, qui rend visite à Rousseau en 1772 : "J'ai beaucoup causé avec lui, il m'a reçu à merveille, j'y suis retourné plusieurs fois, et j'en ai toujours été fort content." Ainsi de François de Chambrier, qui en 1773, témoigne dans le même sens : "Je l'ai toujours trouvé de fort bonne humeur et se prêtant à la conversation qu'il fait tout en travaillant .Tous ces récits se recoupent, laissant l'image d'un homme quelque peu ombrageux, souvent agréable, mais certainement pas fou.  Avant d'aller plus loin, citons ces quelques vers écrits par Rousseau en 1778, alors qu'il vient d'apprendre la mort de Voltaire. 

Plus bel esprit que grand génie,
Sans loi, sans moeurs et sans vertu,
Il est mort comme il a vécu,
Couvert de gloire et d’infamie. 

Si la rime n'est pas riche, on reconnaitra au moins que le quatrain est très raisonnable...
Nous reviendrons donc une dernière fois sur la question. 



mercredi 29 juin 2011

La folie de Rousseau (1)

Le samedi 24 février 1776, soit deux ans avant sa mort, Rousseau se rend à Notre-Dame pour y déposer le manuscrit de ses "Dialogues". Il trouve les grilles fermées. A ses yeux, même le ciel se fait désormais le complice de ses ennemis : "Je sortis rapidement de l’église, résolu de n’y rentrer de mes jours, et me livrant à toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts, ne sachant ni où j’étais ni où 
j’allais ".  
Il écrit alors une espèce de billet circulaire adressé à la nation française, en fait plusieurs copies et tente de les distribuer, sur les promenades et dans les rues, aux inconnus dont la physionomie lui inspire confiance. Mais, ajoute-t-il, tous refusent son écrit. En voici les premiers paragraphes.



"A TOUT FRANÇOIS AIMANT ENCORE LA JUSTICE ET LA VERITE.
François! nation jadis aimable et douce, qu'êtes-vous devenus? Que vous êtes changés pour un étranger infortuné, seul, à votre merci, sans appui, sans défenseur, mais qui n'en auroit pas besoin chez un peuple juste; pour un homme sans fard et sans fiel, ennemi de l'injustice, mais patient à l'endurer, qui jamais n'a fait, ni voulu, ni rendu le mal à personne, et qui, depuis quinze ans, plongé, traîné par vous dans la fange de l'opprobre et de la diffamation, se voit, se sent charger à l'envi d'indignités inouïes jusqu'ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause! C'est donc là votre franchise, votre douceur, votre hospitalité? Quittez ce vieux nom de Francs, il doit trop vous faire rougir. Le persécuteur de Job auroit pu beaucoup apprendre de ceux qui vous guident dans l'art de rendre un mortel malheureux. Ils vous ont persuadé , je n'en doute pas, ils vous ont prouvé même, comme cela est toujours facile en se cachant à l'accusé, que je méritois ces traitements indignes, pires cent fois que la mort. En ce cas, je dois me résigner ; car je n'attends, ni ne veux d'eux, ni de vous aucune grâce; mais ce que je veux, et qui m'est dû tout au moins, après une condamnation si cruelle et si infamante, c'est qu'on m'apprenne enfin quels sont mes crimes, et comment et par qui j'ai été jugé.
Pourquoi faut-il qu'un scandale aussi public soit pour moi seul un mystère impénétrable? A quoi bon tant de machines, de ruses, de trahisons , de mensonges, pour cacher au coupable ses crimes, qu'il doit savoir mieux que personne s'il est vrai qu'il les ait commis? "

L'Histoire retient de ses dernières années (1770-1778) qu'"à la fin de sa vie, Rousseau a sombré dans la folie". Un tel document, je le concède, présente de quoi accréditer cette thèse. Mais j'ai appris à me méfier de l'Histoire, surtout lorsqu'elle concerne Rousseau.
Il nous faudra donc y revenir.

samedi 25 juin 2011

Ce bon Voltaire (3)

Statue de Voltaire à Ferney
 Daté de 1761, ce courrier est signé du nom de Ximénès, poète et auteur dramatique du XVIIIème siècle. On sait aujourd'hui que c'est Voltaire qui l'a écrit... Il lancera peu après à ses amis philosophes le signal de la curée.
L'anecdote rapportée ici n'a vraisemblablement jamais eu lieu, mais elle participe de l'entreprise de dénigrement décidée par le patriarche de Ferney. 
Même si cette scène est imaginaire, il est pourtant vrai que Rousseau a quelque peu été chahuté par des musiciens de l'Opéra, fâchés de ses propos sur la musique française. 
Mais trêve de bavardages, je vous laisse savourer l'humour très particulier de Voltaire.

"Monsieur,  

Je frémis pour notre ami Jean-Jacques, je tremble pour ses jours. Il est vrai que le clergé, la noblesse, le parlement, et les dames même, n’ont fait que rire de ses injures et de ses systèmes; heureusement même pour lui, l’ennui que causent ses six volumes est si prodigieux que bien des gens, qui auraient remarqué ses petites témérités, ont mieux aimé laisser là le livre que de rechercher l’auteur. Mais hier il arriva du scandale.  

Jean-Jacques, passant dans la rue près de l’opéra, fut arrêté par cinq ou six virtuoses de l’orchestre, qui le traitèrent un peu rudement; il se sauva dans une maison dont la porte était ouverte, et grimpa à un de ces cinquièmes étages où il dit qu’on apprend mieux qu’ailleurs à connaître les moeurs de la ville. Les violons montèrent après lui; Jean-Jacques se réfugia dans une chambre assez dérangée, où il trouva une dame penchée négligemment sur un canapé un peu déchiré.  

C’était précisément la même dame chez laquelle il s’était consolé des tourments de l’absence, et de chez qui il avait rapporté en Suisse les principes secrets de ce qu’il appelle la petite vérole. La dame, éperdue, se jeta entre lui et les assaillants.  

Eh! mon Dieu, leur dit-elle, messieurs, pourquoi battez-vous ce magnifique seigneur, qui soupe chez moi quelquefois avec des officiers étrangers?  

Ah! coquin, dit le premier violon, nous t’apprendrons si l’ennuyeux et lamentable chant français ressemble aux cris de la colique comme tu l’écris.  

Viens çà, viens çà, dit l’autre; celui que lu appelles le bûcheron va frapper sur toi la mesure.  

Va, va, la vache qui galope t’attrapera », disait un troisième.  

Un quatrième s’écriait: « Tu ne mangeras pas de l’oie grasse. 

Pardon, messieurs, dit mon doux ami, se jetant à genoux, je n’y retournerai plus; c’est une méprise de Suisse, je suis votre serviteur à tous; je fais moi-même de la musique française, j’en ai copié toute ma vie.  

Tu en es plus coupable, » répliqua un des violons, en lui donnant un coup d’archet des plus forts sur le nez.  

La dame jetait les hauts cris. « Vous vous méprenez, messieurs, c’est un citoyen de Genève, vous dis-je. »  

Le dîner des philosophes
Les violons n’entendaient point raison, les coups d’archet pleuvaient; Jean-Jacques fuyait dans tous les coins de la chambre; il se penchait à la fenêtre pour ne recevoir les coups que sur son derrière. En se penchant, il aperçut un grand homme vêtu de noir, sec, décharné, la face allongée, le nez pointu, le corps plié en deux, monté sur deux bâtons de cire noire, qu’on appelait ses jambes, une main dans la poche, et l’autre en l’air battant la mesure.  

A cette figure, Jean-Jacques reconnut Rameau. « A mon secours! s’écria-t-il, mon bon monsieur Rameau, à mon secours! L’orchestre me tue, il a toujours fait mon supplice: à l’aide! au guet! au meurtre! faut-il avoir eu toute ma vie les oreilles écorchées par les filles de l’opéra, pour expirer aujourd’hui sous les violons?  

Rameau monta paisiblement en fredonnant un air, et vint voir sur quel ton étaient les choses. Il trouva les archets brisés, une grosse dame en jupon sale, tout éplorée, et le nez du doux ami tout sanglant.  

Rameau, en maître souverain de l’orchestre, fit ralentir la mesure; et, après avoir écouté patiemment, pour la première fois de sa vie, les violons de l’Opéra: « Ne vous fâchez pas, leur dit-il, messieurs; c’est un pauvre fou qui n’est pas si méchant qu’on le croit; sa folie consiste dans les inconséquences, et dans une vanité dont aucun barbier n’approcha jamais. Il a fait une mauvaise comédie, et il a écrit contre la comédie; il a publié que le théâtre de Paris corrompait les moeurs, et il vient de donner au public un roman d’Héloïse ou d’Aloïse, dont plusieurs endroits feraient rougir madame que voilà, si elle savait lire. Il est allé à Genève abjurer la religion catholique pour vivre en France. Le pauvre homme a fait lui-même de la musique française, que j’ai eu la bonté de corriger. Il a imprimé, dans le Dictionnaire encyclopédique, quelques âneries sur l’harmonie, qu’il m’a fallu encore relever; et pour récompense il écrit contre moi. Il ne lui manque plus que d’être peintre, et d’écrire contre Vanloo et contre Drouais; il faut pardonner à un pauvre homme qui a le cerveau blessé. Il s’est mis dans un tonneau, qu’il a cru être celui de Diogène, et pense de là être en droit de faire le cynique; il crie de son tonneau aux passants: Admirez mes haillons. La seule manière de le punir est de ne regarder ni sa personne ni son tonneau; il vaut mieux l’ignorer que de le battre.  
Ce discours sensé apaisa l’orchestre; mais il ne corrigea pas Jean-Jacques. "