dimanche 20 février 2022

Les promenades parisiennes vues par Gabriel de Saint-Aubin

 Gabriel-Jacques de Saint-Aubin (1724 -1780) est un dessinateur, graveur à l’eau-forte et peintre français. Il a saisi sur le vif de très nombreuses scènes du quotidien parisien au XVIIIè, notamment celles qui animaient les promenades et les boulevards.









 

mardi 23 novembre 2021

Louise d'Epinay mise à l'honneur


 

EXPOSITION : « LA CHEVRETTE ET LES LUMIÈRES»
Jusqu'au 18 décembre 2021

Les Lumières, c'est-à-dire les idées nouvelles concernant le gouvernement, la religion, la société, l’économie, ont bouleversé au XVIIIe siècle l’ordre de l’ancien monde du moins en Europe. Les philosophes français ont été au cœur de ces transformations. Nombre d’entre eux ont été les amis de Louise d’Épinay qui les invitait souvent à La Chevrette. On peut imaginer les conversations animées des hôtes de Louise dans les salons du château et les allées du parc.

L’exposition La Chevrette et les Lumières présente cette période où le château de La Chevrette était un des lieux où toutes ces nouveautés prenaient forme.

Dix panneaux évoquent la diffusion des Lumières, les nouvelles formes de communications, la place des femmes dans cette société, le rôle des savants, des écrivains, des artistes, sans oublier le goût pour l’étude de la nature et l’aménagement des jardins.

L’exposition présentera aussi quelques ouvrages du XVIIIe siècle et une rétrospective philatélique des grands noms de ce siècle si fécond.

Réalisation : Association pour l’Histoire et le Patrimoine de Deuil-La Barre

 

Musée Michel Bourlet
Visite libre ou commentée, le samedi de 14h30 à 17h30 (sauf vacances scolaires)

Possibilité de visite sur RDV.
Info et résa : 01 34 28 66 12

 


 

mercredi 18 août 2021

Marion Sigaut : l'imposture scientifique, depuis les Lumières jusqu'au pass sanitaire


 Dans les premières minutes de son intervention, Marion Sigaut fait une nouvelle fois allusion aux physiocrates (qu'elle nomme "les Lumières" ?), accusant ces économistes d'avoir poussé "le roi à s'endetter jusqu'à ne plus pouvoir tenir ses engagements".

De toute évidence, l'historienne doit être fâchée avec la chronologie des événements. 

En effet, si cette politique de libéralisation économique (en 1763-1764, puis en 1774) a été entreprise par Louis XV puis Louis XVI, c'était au contraire pour résorber une dette publique qui, au moment de la Révolution, représentait 80% de la richesse du royaume.

Voir à ce sujet le très bon article de l'historien américain Hilton Root

dimanche 4 juillet 2021

Antijésuitisme et Lumières

   

Intervention mesurée et très juste du père Thomas, prêtre de la compagnie de Jésus.

 

vendredi 21 mai 2021

Le siècle de la haine , par Marion Sigaut

 


 Achille avait son talon, les Lumières ont Voltaire

Maîtrisant visiblement la synecdoque, Marion Sigaut se sert de lui comme porte d'entrée pour cracher son venin sur l'ensemble des philosophes du XVIIIè.

Dans cette intervention, elle rappelle notamment comment le patriarche de Ferney a discrédité ces braves hommes qu'étaient Maupertuis, Lefranc de Pompignan et Fréron.

Bon, comme ces sujets ont déjà abondamment été traités dans ces colonnes, je me contenterai de vous rapporter les faits. Les faits, rien que les faits...

Mais sans effet de manche pour ma part !

 

Concernant Maupertuis 

Maupertuis

 

Concernant Lefranc de Pompignan 

Lefranc de Pompignan

 

Concernant Fréron et sa haine des Encyclopédistes 

Fréron

 

samedi 1 mai 2021

La police de Paris au XVIIIè siècle (2)

 (lire ce qui précède)

 

Les ouvrages récents de Robert Muchembled (Les ripoux des Lumières) et Hervé Bennezon (Un inspecteur de police parisien sur le terrain) dressent le portrait de deux inspecteurs ayant notamment officié sous la lieutenance de Nicolas-René Berryer.

D'origine modeste, Jean Poussot est d'abord exempt de police avant de devenir inspecteur (en 1738) et de se voir confier quelques années plus tard les quatre départements de la Sûreté (donc le maintien de l'ordre), des juifs, des francs-maçons et de la Librairie. 

Entre 1748 et 1750, alors que Berryer a entrepris de rajeunir le corps des inspecteurs, Poussot impose progressivement son emprise sur les nouvelles recrues que sont Meusnier, Roulier et Chassaigne (ce dernier ayant été conseillé par lui au Lieutenant de Police). Fort de son influence, il obtient en 1754 la responsabilité de l'approvisionnement en céréales de la Halle aux grains, fonction qu'il occupera jusqu'en 1767.


Afin d'améliorer la surveillance des marchands mais également la qualité des marchandises, Poussot constitue plusieurs bandes d'informateurs (de 15 à 20 hommes à chaque fois) qui lui rapportent inlassablement tout ce qui se passe dans le quartier névralgique des Halles.

Membre éminent d'un corps gangrené par la corruption, Poussot ne s'est pas montré en reste pour assurer au mieux ses vieux jours. Ainsi, malgré la modestie de ses revenus officiels (environ un millier de livres / an), il se retrouve en fin de carrière à la tête d'une fortune de 130000 livres, sans compter le château qu'il possède dans l'Orléanais.

C'est en 1782 qu'il quitte définitivement Paris pour s'installer à Mardié en compagnie de son épouse. 

Ci-dessous la recension de l'ouvrage par Marie Houllemare (maître de conférences en Histoire Moderne), parue dans Criminocorpus.

 

Marie Houllemare

 

 

Cette monographie, issue d’un mémoire d’habilitation à diriger les recherches, porte sur un personnage méconnu, important agent de la police parisienne au XVIIIe siècle. Elle s’inscrit dans un courant historiographique dynamique, qui explore le fonctionnement concret de la police parisienne, véritable modèle depuis la mise en place de la lieutenance de police en 1667. Cette étude de cas, qui se revendique de la tradition de l’histoire « vue d’en bas » (par contraste avec des travaux dont le caractère surplombant est un peu exagéré), procède en réalité à une histoire du terrain policier, envisagé au prisme de l’expérience pratique d’un inspecteur. Fourmillant de détails concrets sur le métier, l’auteur donne à voir, en six chapitres foisonnants, un agent de l’État participer au quotidien au renforcement des pratiques de surveillance publique de tous les milieux sociaux de la capitale. Le plan adopté reflète d’ailleurs la difficulté à rendre compte de l’ampleur et de la variété des domaines d’intervention de Poussot, qui agit au contact d’une population extrêmement diverse.

Le premier chapitre replace sa carrière d’inspecteur, dans le contexte des différentes institutions policières parisiennes : la fonction, créée en 1708, est placée sous la double autorité du lieutenant de police et des commissaires de quartier. Recruté en 1738, après un passage dans la maréchaussée de Senlis, Poussot bénéficie de la réforme de mars 1740 qui élargit le corps et les attributions des inspecteurs, tout en les enrichissant, entre autres grâce à la perception de droits sur les hôteliers. Le second chapitre présente sa famille, des marchands de vin bourguignon, et ses deux frères policiers, ainsi que sa formation de terrain. L’auteur en vient ensuite au cœur du sujet, avec un développement (chap. 3) consacré aux espaces parcourus par l’inspecteur : il arpente tous les quartiers et même les campagnes (et surtout les cabarets) autour de Paris (environ 10% des déplacements). Il se charge, entre autres, de répartir les 2742 individus qu’il arrête entre 1738 et 1754 dans les différentes prisons parisiennes : la moitié vont au Grand Châtelet, un cinquième à For-L’Évêque, mais il mène les autres dans plus d’une vingtaine de prisons. Les ressorts juridictionnels parisiens sont ainsi éclairés d’un jour très concret.

Ses missions sont analysées plus avant dans le quatrième chapitre, construit autour des « déclarations », par lesquelles il enregistre les demandes qui lui sont faites, environ une par jour (dont la moitié pour des vols). Les patrouilles auxquelles il participe quotidiennement sont fondamentales dans le dispositif policier de surveillance de la capitale. Homme de la nuit, il parcourt Paris pour montrer le pouvoir public en action : circulant en carrosse, vêtu de son uniforme bleu, doté d’une épée et d’un bâton d’ébène dont le pommeau est gravé des armes royales, il incarne pleinement l’ordre public. La moitié de ses déplacements environ vise à des arrestations, parfois difficiles. Le cinquième chapitre dresse la comptabilité de son action, en montrant, entre autres, qu’il surveille les ambassades, poursuit les bandes organisées et rattrape des déserteurs. Enfin, le dernier chapitre aborde le tissu social dans lequel il s’inscrit directement, entre protecteurs et informateurs. Il traite aussi de sa mission de surveillance des marchés à partir de 1754, à la fois des prix et du personnel, surtout aux Halles (900 personnes environ). À partir de 1768, il reçoit une pension en tant qu’inspecteur honoraire, puis se retire dans son « Château », une belle demeure près d’Orléans, à Mardié, où il meurt en 1791.

La richesse descriptive de l’ouvrage, appuyée sur les archives professionnelles de Poussot, ne peut résoudre tous les secrets de ce personnage ambigu aux multiples facettes. Le premier mystère est celui de son enrichissement, dont l’auteur montre bien qu’il est démesuré en regard de la mince fortune de ses ascendants et des revenus modestes de sa charge (moins de 1000 livres par an net). Il possède en 1783 un patrimoine de 130000 livres, en plus du « Château » de Mardié, mais des dettes d’un montant de 36 000 livres environ. Cet enrichissement semble lié à la frontière floue entre service du public et intérêts privés : Poussot exerce-t-il, de par sa fonction et sa connaissance de nombreux secrets, une forme de chantage sur ses 63 débiteurs ? De l’accumulation d’objets sous scellés, qu’il conserve à son domicile et doit restituer en 1760 (p. 214) aux indélicatesses de son collègue, Dadvenel, Hervé Bennezon suggère à demi-mots que les fonctions d’un inspecteur de police lui offrent des opportunités d’enrichissement rapide.

Une seconde question irrésolue concerne les modalités de travail de Poussot, tout particulièrement les arrestations auxquelles il procède, car il est difficile de saisir la part d’arrestations préparées et spontanées dans son activité. Il est évident que des informateurs réguliers lui permettent d’arrêter 10 colporteurs de nouvelles à la main ou 63 auteurs de libelles interdits (p. 200-201), comme de démanteler plusieurs bandes criminelles. Mais quelle est la part des dénonciations occasionnelles ? Sur quelles indications, arrête-t-il lors d’une patrouille nocturne, le fossoyeur du cimetière des Innocents, transportant dans sa hotte un cadavre d’enfant à vendre pour dissection (p. 186) ? Repère-t-il lui-même les 146 déserteurs qu’il fait enfermer ? Ses réseaux d’information, à peine suggérés, car probablement peu apparents dans ses rapports, lui permettent néanmoins en tout cas de participer à la rédaction des gazetins de la police et de se faire l’interprète de l’opinion parisienne dans des écrits à destination du lieutenant général de police, Berryer, avec le Journal de l’inspecteur Poussot (1747-1748). Sa pratique de l’écrit reste le dernier mystère Poussot : l’inspecteur écrit, beaucoup, consignant dans ses registres (dans les Archives de la Bastille, à la bibliothèque de l’Arsenal), les procès-verbaux de patrouilles et de captures, mais aussi des plaintes, des rapports sur les rumeurs. Pour autant, une partie de ses rapports est « lacérée », nous dit l’auteur ; des feuillets manquent ; aucun relevé de son activité n’est conservé entre février 1750 et septembre 1751. Pendant cette période, l’affaire des enlèvements d’enfants agite Paris et Poussot est lui-même accusé d’être impliqué1. A-t-il fait volontairement disparaître ses notes de travail sur cette période ? ou été mis à pied ? Ces destructions volontaires d’archives (alors même que le lieutenant de police Berryer croule sous la documentation qu’il réunit à la même période), tout autant que les écrits justificatifs du lieutenant de police Lenoir, sont autant de révélateurs de l’enjeu majeur que constitue la mémoire professionnelle des policiers au XVIIIe siècle.

 

(à suivre)

 


dimanche 18 avril 2021

La police de Paris au XVIIIè siècle (1)

 Responsable de la sûreté de Paris, mais également de son approvisionnement, le lieutenant général (office créé en 1667 sous Louis XIV) administre les vingt quartiers de la capitale et dispose en tant que magistrat d'un tribunal au Châtelet.
Dépendant du secrétaire d'Etat à la Maison du Roi, il est amené à se rendre chaque semaine à Versailles pour y rendre compte de ses activités.
Les 48 commissaires du Châtelet placés sous ses ordres gèrent le plus souvent leurs quartiers en binômes.


  

Parmi eux, quelques noms connus, notamment en raison des événements survenus au cours du printemps 1750, lorsque la population parisienne s'est révoltée contre les enleveurs d'enfants.

(voir ici)



On se souvient notamment du commissaire Desnoyers (quartier St Eustache), dont la maison a été prise d'assaut par les émeutiers, et de Delavergée quartier Palais-Royal), pris à partie car il avait donné refuge à l'un des enleveurs.

Conseillers du Roi, les commissaires portent la robe noire, la perruque et un bâton d'ivoire censé représenter leur autorité. Ils habitent dans leur quartier, y reçoivent les plaignants, dressent les procès verbaux et apposent les scellés après un décès.

Pour compléter le tableau, on mentionnera la compagnie des inspecteurs de police, environ une vingtaine placés sous l'autorité d'un commissaire ainsi que du lieutenant de Police, mais également en charge des départements les plus sensibles : prostitution, spectacles, juifs, francs-maçons, Librairie, sûreté, ports... 

Hommes de terrain, les inspecteurs portent l'épée, un uniforme bleu, ainsi qu'un bâton d'ébène. Ils peuvent faire appel aux archers de l'hôpital, à la compagnie du guet (cavalerie et infanterie), voire aux gardes-françaises (plus de 3000 soldats massés aux portes de la ville).

(à suivre ici)

jeudi 11 février 2021

LES AVENTURES DU JEUNE VOLTAIRE

   

"Vous allez encore parler de religion et de politique ? 11 mois à la Bastille ne vous ont pas suffi ?

Cette première contre-vérité, extraite du teaser, ne laisse rien augurer de bon.

Et que dire de l'article ci-dessous, extrait du journal 20 minutes ?

 

 

Comment devient-on Voltaire ? C’est le sujet de la mini-série en quatre épisodes Les Aventures du jeune Voltaire (…) un biopic qui s’intéresse, comme l’indique son titre, à la jeunesse de François-Marie Arouet, dit Voltaire. De quoi rebuter certains qui pourraient craindre une énième fiction historique un peu scolaire dans le cadre de la mission éducative de la chaîne publique. C’est tout le contraire. Comment Les Aventures du jeune Voltaire dépoussièrent le biopic historique sans trahir le philosophe des Lumières ?

« L’angle proposé est un angle complètement nouveau, c’est le jeune Voltaire, un homme parmi les hommes », se réjouit Anne Holmes, directrice de la fiction de France Télévisions, avec qui 20 Minutes s’est entretenue lors d’une table ronde virtuelle organisée par France 2.

Si l’on connaît le vénérable philosophe des Lumières, l’auteur de Zadig et Candide réfugié à Ferney, le défenseur de l’affaire Calas, on connaît moins la vie, les aspirations, l’énergie et la vivacité d’esprit de François-Marie Arouet. « On a tout de suite été séduit par la vie de ce Voltaire qu’on ne connaissait pas. Le format en 4 épisodes s’est imposé parce qu’il y avait des rebondissements dans sa vie, écrite comme une sorte de polar romanesque », poursuit Anne Holmes.

 

Voltaire, « un rocker, un insurgé »

 

Georges-Marc Benamou, Henri Helman et Alain Tasma, à l’écriture, n’ont pas abordé Voltaire comme un monument, mais comme un jeune homme rebelle en pleine construction. « On a assez vite sympathisé avec ce Voltaire. On a assez vite aimé le bonhomme. On n’était pas dans une position de surplomb », raconte Georges-Marc Benamou, le créateur de la série.

Résultat à l’écran ? On suit les tribulations rocambolesques d’un fils de notaire parisien dans les dernières années du règne de Louis XIV. François-Marie Arouet est tout à la fois, impertinent, doué, libertin, et arrogant. Ce jeune roturier veut tout : la gloire, les femmes et l’argent. « C’est un aventurier, un rocker, un insurgé, d’abord très ambitieux, mais qui, par ses maladresses, ses combats, son engagement, va avoir une vie absolument palpitante », raconte Georges-Marc Benamou. « Ce jeune homme ambitieux, égoïste, va s’ouvrir progressivement au monde avec générosité », renchérit le réalisateur Alain Tasma, à qui l’on doit la mise en scène d’Aux animaux la guerre.

 

Voltaire, un héros moderne

 

L’idée est de « redécouvrir Voltaire, dans sa jeunesse, dans ses passions, et dans ses échecs », poursuit-il. Placé chez les Jésuites du lycée Louis-le-Grand, il sympathise avec les rejetons de la noblesse. « C’est un jeune homme d’aujourd’hui, mais dans un monde d’hier, un monde où les classes sociales sont incroyablement cloisonnées, où la pesanteur religieuse est incroyablement lourde », analyse Georges-Marc Benamou.

François-Marie Arouet va se rebeller contre ce système : en plaquant avec fracas l’école de droit où son père veut le contraindre, en écrivant des pièces de théâtre et des pamphlets… Ces derniers lui vaudront un séjour de onze mois à la Bastille, alors qu’il n’a que 23 ans. « C’est un aventurier de la liberté, c’est le Coluche des Lumières », souligne Georges-Marc Benamou. Et d’insister : « L’idée de sortir de sa classe sociale, de lutter contre les fanatismes religieux, il a inventé la liberté contemporaine, et ce n’est pas sans résonance avec l’époque dans laquelle on vit. »

 

Voltaire, un « féministe incroyable »

 

« Il était un féministe incroyable », lance Alain Tasma. C’est l’un des combats les moins connus de Voltaire, il a pris la défense des femmes dans ses essais. « Voltaire a été un très grand amoureux. Il l’a écrit, il l’a dit et il s’est appuyé sur ses rencontres féminines » pour se construire, rappelle Alain Tasma. Voltaire a « une certaine modernité relationnelle, dans son rapport aux femmes, à la liberté sexuelle, il est assez étonnant pour son époque », confirme Georges-Marc Benamou.

Si la série ne couvre pas sa relation avec Emilie du Châtelet, celle qui le marque le plus, elle dépeint ses premières amours et son rapport aux femmes, dans une époque qui fait peu cas d’elles. « Elle était sa conseillère, son amie, et en même temps son amante. Ils étaient assez libres », résume Christa Theret, au sujet d’Adrienne Le Couvreur, l’une des maîtresses du jeune Voltaire.

Si les idées du jeune Voltaire nous apparaissent résolument modernes, si sa vie semble sulfureuse et rocambolesque, c’est parce que la mise en scène d’Alain Tasma et l’interprétation énergique de Thomas Solivérès lui redonnent toute sa vitalité et son audace. L’idée « était d’essayer de sortir au maximum de l’époque, de réussir à en faire un personnage d’aujourd’hui », considère Thomas Solivérès.

Alain Tasma ne raconte pas la figure historique Voltaire, il nous immerge au cœur de la vie tumultueuse d’un jeune héros fascinant. Sa caméra place le spectateur au cœur de l’action. A l’instar de ce plan audacieux et surprenant qui ouvre la série qui nous propulse dans l’intimité de l’accouchement du héros. Une réalisation résolument moderne, qui bouscule les codes tout autant que son héros.

 

In 20 minutes

mardi 20 octobre 2020

Faut-il punir les blasphémateurs ?

Loi civile, loi morale, loi religieuse... 

Les événements que nous venons de vivre posent une fois encore la question du droit, sujet déjà central à l'époque des Lumières, notamment dans le combat mené par Voltaire contre l'institution judiciaire de son temps.

Car le droit que s'arrogent aujourd'hui certains hommes de "châtier" leurs prochains, notre justice d'Ancien Régime l'appliquait de manière tout aussi implacable.

 

Diot et Lenoir, brûlés en place publique pour "crime de sodomie"


Rappelons pour commencer que la procédure pénale était alors largement réglementée par l'ordonnance royale datant d'août 1670 et dont vous trouverez le texte ici.  Comme l'explique fort bien D. Jousse dans son Traité de justice criminelle (1771), on peut à cette époque différencier trois types de "crimes", selon l'"objet" auquel ils portent atteinte : les crimes de lèse-majesté (divine ou humaine) et ceux qui s'en prennent aux particuliers : la première catégorie comprend les blasphèmes, les impiétés, l'athéisme (...) ; la seconde comprend les attentats contre la personne du roi et son gouvernement ; la dernière catégorie est celle qui fait offense aux personnes (à leur corps, leur honneur, leurs biens...).
Ce préalable posé, expliquons quel fut  le véritable objectif des Lumières (de Voltaire en particulier), à savoir laïciser la justice et la dépouiller de fondements théologiques qui confondent crime et péché.
Cette revendication imposait en parallèle une réflexion sur la proportionnalité des délits et des peines

 Plus tôt dans le siècle (dans l'Esprit des lois, en 1748), Montesquieu avançait déjà de telles propositions, à savoir que le blasphème et l'impiété ne devaient pas relever des hommes, mais uniquement de Dieu. Pour lui comme pour Voltaire, aucun principe religieux n'avait à interférer dans la pratique judiciaire. Le patriarche de Ferney dira avec la malice qui le caractérise : "il est absurde qu'un insecte croie venger l'être suprême. Ni un juge de village, ni un juge de ville, ne sont des Moïse et des Josué" (Commentaire sur le livre Des délits et des peines, 1766). Précisons d’ailleurs avec Benoît Garnot (il enseigne à l'université de Bourgogne) que ledit Voltaire ne s'est véritablement intéressé à la question judiciaire (l'affaire Calas, notamment) que dans le cadre de son combat anticlérical.

 

Condamné pour blasphème et impiété

 

Il n’appartient à personne de condamner le fonctionnement de la justice pénale du XVIIIè siècle. Pour donner sens au combat mené par les intellectuels des Lumières, je me contenterai donc de rappeler quelques cas de condamnation (j'ai volontairement souligné la nature du crime commis) :

- Arrêt du 4 décembre 1719 par lequel le nommé Claude Detence de Ville-aux-bois, pour blasphèmes, a été condamné à faire amende honorable in figuris, à avoir la langue percée, et aux galères à perpétuité.
- Autre arrêt de la Cour du 29 juillet 1748... par lequel Nicolas Dufour, pour avoir proféré plusieurs horribles et exécrables blasphèmes contre le Saint nom de Dieu, la Sainte Eucharistie et la Sainte Vierge, a été condamné à faire amende honorable nu en chemise et la corde au col, ayant écriteaux devant et derrière, portant ces mots, blasphémateur du Saint Nom de Dieu..., et ensuite à avoir la langue coupée et à être pendu, et son corps brûlé et réduit en cendres.
- Autre arrêt du 13 mars 1724... par lequel Charles Lherbé, nourricier de bestiaux, pour blasphèmes et impiétés exécrables a été condamné... à avoir la langue coupée et à être brûlé vif.
Vous trouverez ces cas mentionnés dans le Traité de justice criminelle (1771) (à partir de la page 266, ici)

mardi 22 septembre 2020

Les Etats Généraux vus par Jean-Christian Petitfils (3)

 Les extraits qui suivent proviennent d'une contribution de l'écrivain Jean-Christian Petitfils au Livre Noir de la Révolution Française (2008). 

Il propose ici une relecture très personnelle de la convocation des Etats Généraux.

 

(pour lire ce qui précède)

L'élément déclenchant fut, comme l'a montré l'historien Timothy Tackett, le refus des députés de la noblesse de vérifier leurs pouvoirs en présence de ceux du tiers. En réaction, ceux-ci se constituèrent en assemblée autonome le 12 juin. Il fallait « couper le câble», comme disait l'abbé Sieyès. Le 17, cette assemblée à laquelle s'étaient joints quelques membres du clergé, dont l'abbé Grégoire, se proclama «Assemblée nationale ». «Ce décret, dira avec pertinence Mme de Staël, était la Révolution même. » Le 19, les délégués du clergé décidèrent de rejoindre le tiers. Le 20, redoutant la dissolution des états généraux, les membres de la nouvelle assemblée prononcèrent le fameux serment du Jeu de Paume, jurant de ne pas se séparer tant qu'une constitution du royaume n'aurait pas été rédigée.

Au regard de l'ancien droit et des institutions monarchiques, c'était un coup d'État sans précédent, un gigantesque déplacement de pouvoir mettant à bas tout l'édifice séculaire du mystère capétien, auréolé du sacre de Reims. L'assemblée s'était emparée du pouvoir constituant au nom de la souveraineté nationale, telle que l'avait définie Sieyès dans sa fameuse brochure, et elle entendait l'exercer en plénitude, dépouillant le roi de sa propre souveraineté.

Le moment était capital, décisif, même si les députés mirent un certain temps à en tirer toutes les conséquences. On passait d'une représentation de la nation à l'ancienne, assise sur la juxtaposition des intérêts sociaux, à celle d'une nation moderne, fondée sur un corps politique unifié, englobant l'ensemble des citoyens, dans laquelle en définitive le roi n'avait plus sa place, sinon comme un simple fonctionnaire. À l'absolutisme monarchique, qui dans la réalité n'était qu'une fiction, compte tenu de la multitude des corps intermédiaires de l'Ancien Régime, se substituait l'absolutisme populaire, pouvoir fort, redoutable, détenteur de toute autorité, exécutive, législative et judiciaire, enclin par son origine comme par sa nature à la toute-puissance. Le rejet du bicaméralisme en septembre ne fit qu'aggraver le mouvement. Ce concept d'une souveraineté unique, appartenant à la nation et s'incarnant dans une assemblée omnipotente, allait peser lourd sur la suite de la tragédie révolutionnaire. Bientôt, on verra l'assemblée réduire les pouvoirs du roi telle une peau de chagrin, voulant légiférer jusque dans le domaine religieux, au point de se prendre parfois pour un concile œcuménique! «Nous sommes une convention nationale, dira le député Camus le 3 mai 1790. Nous avons assurément le pouvoir de changer la religion, mais nous ne le ferons pas» ! Cette appropriation sans partage de la souveraineté par une assemblée élue rendait impraticable toute monarchie constitutionnelle, malgré la bonne volonté de Louis XVI, prêt pourtant, pour le bonheur de son peuple, à tenter l'expérience. Roi réformateur, ayant accepté la fin de la société d'ordres, les droits de l'homme et à peu près toutes les transformations de la société civile, il aurait pu être le meilleur roi possible pour la Révolution naissante, mais c'est elle finalement qui, par son intransigeance dogmatique, n'a pas voulu de lui.

Il est permis de penser que tous les maux ultérieurs de la Révolution, l'emballement des événements, les désordres, le déchirement des factions, le déchaînement des violences, la Terreur elle-même,trouvent leur origine dans cet acte fondateur. Une si brutale et si violente révolution juridique permet aussi de comprendre pourquoi la démocratie française sera fort différente des démocraties britannique ou américaine, sagement hérissées de contre-pouvoirs, respectueuses du droit des minorités et qui, elles, n'ont pas eu l'audace prométhéenne de placer au centre de leur réflexion politique la question quasi métaphysique de la souveraineté originelle.

La rupture radicale est souvent l'ennemie du bien commun