dimanche 22 mars 2020

Marion Sigaut derrière le masque

"Nul ne peut constamment porter un masque. La feinte ne se soutient pas, et on revient promptement à son caractère" C'est ce qu'écrit Sénèque dans son ouvrage Sur la clémence.
Marion Sigaut aura pourtant fait illusion pendant près de dix ans. Jusqu'à aujourd'hui...


Comme il y a prescription, je peux rapporter les faits tels qu'ils se sont produits à l'époque : la dame en question m'a contacté via ce blog, en mars 2013, pour se plaindre d'un article la concernant, se plaignant d'un "jugement insultant" que j'avais émis sur sa personne (en l'occurrence, vous pouvez relire ici l'article qui lui était consacré).
Sans doute penaud d'avoir été désobligeant, je lui ai apporté une réponse que je croyais courtoise et qui s'achevait par ces mots : "Pour finir, je m'en voudrais d'avoir émis le moindre "jugement insultant" à votre encontre. Si vous vous êtes sentie offensée par l'un de mes propos, je vous prie de m'en excuser."
Elle m'a relancé ensuite, en privé, avant de livrer tout mon pedigree (adresse privée + mail) en pâture à ses fans afin qu'ils prennent le relais de son harcèlement. Ces gens-là ont fait le travail, croyez-moi, et malgré mes signalements, seul le temps a permis d'aplanir cette triste situation.
Inutile d'entrer dans les détails : son éditeur vient de mettre au grand jour la véritable nature de cette dame qu'il qualifie justement de "fausse" et mauvaise". C'est d'autant plus regrettable qu'elle a alimenté ce blog avec quelques très belles interventions, et que sans ces réactions quasi épidermiques, nous aurions pu échanger sur le XVIIIè entre gens de bonne compagnie.
Pour finir, cette morale de La Fontaine qui apportera, grand bien lui fasse, quelque sujet de réflexion à notre historienne :
"La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
"
On s'en tiendra là pour aujourd'hui. OM

vendredi 6 mars 2020

L'enseignement de l'histoire vu par Marion Sigaut

Les emportements de Marion Sigaut révèlent de temps à autre le délire obsessionnel ( ah, ces leitmotive que sont "le sexe" et "la perversion" !) qui affecte son jugement. 
Un enseignant d'histoire me signale cette intervention (voir ci-dessous) au cours de laquelle l'historienne dénonce ce qu'elle croit savoir des programmes d'histoire en classe de 2nde.
A toutes fins utiles, j'ai inséré un peu plus bas quelques captures d'écran qui rétabliront la vérité. O.M
 





On notera au passage que les fameuses Lumières ne constituent qu'un chapitre sur les 8 au programme de 2nde, et que (contrairement à ce qu'affirme notre historienne), ce dernier met justement l'accent sur les XVIè et XVIIè siècles...

NB du 18 mars : j'apprends avec consternation que Marion Sigaut a été lâchée par son pygmalion Alain Soral. Gageons que ce dernier donnera très rapidement vie à une autre Galatée...
Pour ma part, même si la personne en question est détestable, je regretterai les vidéos de l'historienne catholique : parfois intéressantes, souvent iconoclastes, elles auront eu le mérite de nous faire échanger sur le XVIIIè.
O.M

samedi 22 février 2020

Rousseau vu par Dominique Pagani


Autrefois enseignant de philosophie, Dominique Pagani a également été un proche collaborateur de Michel Clouscard. Il se livre ici à une improvisation brillante sur Jean-Jacques Rousseau.
 


jeudi 13 février 2020

Eric Zemmour et les Lumières (6)



Contrairement à ce qu'avance Eric Zemmour, cette "querelle fondatrice" entre Rousseau et Voltaire n'a rien d'idéologique.
A de multiples reprises, il est vrai, le Genevois a adressé des piques à ce maître qu'il admirait tant dans ses jeunes années. 
Ainsi de son Discours sur les sciences et les arts (en 1750), où il écrit : "dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés mâles et fortes à notre fausse délicatesse..."
Ou encore dans cette lettre de 1756, lorsqu'il se qualifie d'"obscur, pauvre et tourmenté d'un mal sans remède" alors que de son côté, Voltaire se trouve "rassasié de gloire" et vivant "au sein de l'abondance".
Pour autant, de Fréron à La Baumelle, combien ont-ils été à agir de la sorte, rêvant de se faire connaître (ou de s'élever aux yeux de l'opinion) en ferraillant avec le maître ? 
Durant toutes ces années, si Voltaire s'est montré quelquefois ironique avec le Genevois ("on n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes"), le ton de leurs échanges est toujours demeuré courtois.


*** 

La véritable rupture intervient en fait après la parution de la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758), véritable pavé lancé par Rousseau dans la mare genevoise, suivie de l'interdiction faite à Voltaire (par le Consistoire de cette même ville) de jouer la comédie dans son théâtre privé des Délices. C'est à compter de ce jour que son ton devient plus mordant, voire haineux, et le fameux "je ne vous aime point" adressé par Rousseau ne sera que la goutte d'eau d'un vase qui débordait depuis trop longtemps. C'est de ce jour que date l'hallali ordonné par Voltaire à ses correspondants parisiens, puis la curée lorsque Rousseau se trouve aux abois, sans protection ni abri pour le recueillir : rappelons-nous de "cet archifou" , du "chien de Diogène", du "bas scélérat", avant l'affreux Sentiment des Citoyens de 1764, dans lequel Voltaire encourage les autorités genevoises à punir "capitalement un vil séditieux".

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"La bourgeoisie est voltairienne, les gens du peuple sont rousseauistes" avance Zemmour dans son essai. Un autre poncif qui ne repose sur rien, surtout concernant le Genevois. De son vivant, que savait ce fameux "peuple" de ses idées ? Rien, ou quasiment rien. Mais qui a salué le vengeur de Calas à son retour à Paris en 1778 ? Le peuple, et surtout le peuple.
Contrairement à ce qu'avance Zemmour, au moment où l'ancien régime agonise, une part non négligeable de l'élite parisienne est même favorable aux thèses rousseauistes.
Combien sont-ils, ces aristocrates réformateurs prêts à sacrifier les intérêts de l'Eglise, ou d'une de ses factions, pour mieux protéger les leurs ? Au moment de la mise en accusation des Jésuites, combien parmi eux espèrent les voir chuter ? Ainsi de Choiseul, alors ministre principal, qui pose ce regard sur ses anciens alliés : "j'ai acquis des preuves combien cet ordre et tous ceux qui y tenaient et qui y tiennent sont dangereux à la Cour et à l'Etat"
Lucide sur l'état du régime, Choiseul a bien compris qu'il est indispensable de sacrifier quelques branches pourries pour que l'arbre survive et se régénère.
Rousseau et son ami le Maréchal de Luxembourg

D'autres, comme le marquis d'Argenson, sont même prêts à aller plus loin. Constatant l'incapacité du roi à se faire obéir par les parlements, il s'exprime en ces termes : "les réponses du roi sont toujours les mêmes... "je veux être obéi, je veux qu'on enregistre purement et simplement", sur quoi on lui désobéit, et ce commandement si souvent répété sent l'anarchie déclarée. Ce n'est pas ainsi que l'on commande". Il préconise donc une "monarchie populaire" qui s'appuierait sur l'élection de magistrats locaux mais aussi sur le rachat des droits seigneuriaux.
in "considérations sur le gouvernement..."

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Pour les besoins de sa démonstration, Zemmour voudrait résumer le conflit entre les deux philosophes à une "querelle sociale", celle du défenseur des pauvres dénonçant le héraut des riches et des puissants. Or, si Voltaire reprochait bien à Rousseau cette "philosophie de gueux", leur antagonisme trouve sa source dans d'autres méandres, plus personnels.
Nous trouverons bien l'occasion d'en parler à nouveau.
OM

lundi 20 janvier 2020

Eric Zemmour et les Lumières (5)


Accordons à Zemmour ce mérite : il a lu Rousseau. Et notamment ses ouvrages les plus austères : d'abord le Contrat social, mais également le Vicaire savoyard et la Lettre à Christophe de Beaumont.


Se trompant sur les raisons de ce qu'il nomme la "querelle fondatrice" entre Voltaire et le Genevois, il l'attribue aux articles de foi défendus par l'un et par l'autre.
Si le premier d'entre eux revenait parmi nous, il ferait l'éloge de la "mondialisation"... de l'"ouverture"... de l'"universalisme" ... du "cosmopolitisme" ... du "libre-échange" et de l'"Europe".
Quant à Rousseau, il défendrait la "nation".... le "repli" sur soi, ... la "préférence nationale", ... le "patriotisme", le "protectionnisme" et la "souveraineté nationale".
Forçant encore le trait, Zemmour hasarde même les termes de "xénophobie" et "xénophilie". 
Pour un peu, il ferait du premier le mentor de Macron et du second le maître à penser des Le Pen...
Il imagine même une inquiétante filiation, affirmant qu'au XIXè, "Maurras saura se souvenir de la leçon de Rousseau". Et d'ajouter quelques lignes plus bas : "le mot nationalisme n'existait pas encore. C'est Barrès qui en fera une doctrine politique à partir de 1890.
extrait de Destin français (Eric Zemmour)

Relevons ici une nouvelle erreur, puisque dès 1798, dans une violente diatribe visant Rousseau, l'abbé Barruel écrivait déjà : "Le nationalisme prit la place de l'amour général ( ... ) Alors, il fut permis de mépriser les étrangers, de les tromper, de les offenser. Cette vertu fut appelée patriotisme. Et dès lors, pourquoi ne pas donner à cette vertu des limites plus étroites? Ainsi vit-on du patriotisme naître le localisme, l'esprit de famille et enfin l'égoïsme."

 ***
Pour autant, ce que Zemmour rapporte est le plus souvent exact. Aux yeux de Rousseau, l'amour de la patrie est effectivement incompatible avec l'ouverture cosmopolite vantée par la plupart des Encyclopédistes. Le citoyen, s'il agit comme tel, se dévoue à sa communauté et renonce à son intérêt personnel. Le rôle des institutions doit être de développer ce sentiment d'appartenance à la cité. Pour que la patrie subsiste, il lui faut évidemment des lois et un gouvernement, mais également des moeurs et des coutumes qui lui soient consubstantielles, et que les institutions doivent promouvoir. 
Dénonçant au contraire les valeurs du philosophe rationaliste, Rousseau regrette que "la famille, la patrie deviennent pour lui des mots vides de sens : il n'est ni parent, ni citoyen, ni homme ; il est philosophe" (in préface de Narcisse).


 ***
La tentation est effectivement grande de voir en Rousseau l'inspirateur (le responsable ?) de tous les excès du nationalisme moderne. C'est l'erreur commise par Barruel et par tant d'autres après lui. Car dans cet amour de la terre natale défendu par Rousseau, on ne trouve nulle idée d'impérialisme, d'expansionnisme, et encore moins de bellicisme. 
C'est au moment de la Révolution que ce patriotisme exclusivement républicain et défensif a pris un caractère nouveau, à la fois agressif et conquérant. Jamais le Genevois n'aurait encouragé une guerre au nom de la fraternité entre les peuples, de la paix en Europe, ou d'un quelconque droit de l'homme. Et ce, pour une raison fort simple : aucun peuple, quel qu'il soit, n'a jamais rêvé de conquête ou d'expansion !  Ces désirs sont toujours ceux de gouvernements, donc de quelques hommes prêts à tous les mensonges (surtout les plus nobles !) pour les assouvir. 

(à suivre ici)
 

vendredi 17 janvier 2020

Eric Zemmour et les Lumières (4)




(pour lire ce qui précède)

Achille avait son talon, les Lumières ont Voltaire...
C'est donc lui, invariablement, que visent tous les actes d'accusation dressés par les anti-Lumières.
On avait déjà recensé au mois de juin 2016 (voir ici) le Voltaire méconnu de Xavier Martin, dans lequel l'universitaire rend Voltaire coupable de toutes les turpitudes possibles et imaginables. Conscient que sur le sujet tout avait déjà été dit et qu'il venait trop tard pour le faire, l'historien n'hésitait pourtant pas à apporter sa pierre à cet édifice d'opprobre, allant jusqu'à imputer à Voltaire des pratiques homosexuelles et satanistes...


Eric Zemmour a lu Xavier Martin. 
C'est d'ailleurs à lui qu'il emprunte les arguments de son réquisitoire. Sans s'encombrer de nuances, il lui reproche pêle-mêle son "insensibilité sociale", son "mépris" (du peuple, des Français, de l'humanité...) ainsi que son "sentiment de supériorité".
Il rappelle qu'au moment de la guerre de 7 ans (perdue par la France), Voltaire se réjouit de "l'humiliation patriotique" et du "déclassement géostratégique" de son pays, dès lors que sont préservés ses propres intérêts financiers aux Antilles. Concernant les exactions commises par la Russie en Pologne, il les défend et "invente à cette occasion la guerre humanitaire, la guerre pour la paix, la guerre pour la liberté des peuples qu'on occupe". Pour un peu, il dresserait de manière plus explicite encore  le parallèle entre Voltaire hier et Bernard-Henri Lévy aujourd'hui...
Voltaire est donc un "usurpateur de la philosophie", "libéral mais pas démocrate" et partisan du "despotisme éclairé". "Aïeul des libéraux-libertaires", il appartient  à la "bourgeoisie mondialisée". Puis, par un mouvement métonymique effectué par d'autres avant lui, Zemmour étend brusquement cette critique à l'ensemble des auteurs de Lumières : il dénonce "l'alliance entre la philosophie et l'argent, entre les intellectuels de la liberté et les capitalistes libéraux".... "devenus une espèce de démagogues, ils serviront de chaînon pour unir, au service d'une même entreprise, l'opulence et la misère, le faste odieux des uns et la turbulence affamée des autres... l'alliance des gens d'argent et des gens de lettres explique la furie universelle avec laquelle on a attaqué l'ensemble du patrimoine foncier de l'Eglise et des communautés religieuses tout en protégeant avec un soin extrême, contrairement aux principes mêmes qui sont invoqués, des intérêts d'argent qui tirent leur origine de la seule autorité de la Couronne"..."Cette alliance a déjà vaincu avant la Révolution."
Dans ces quelques chapitres consacrés à Voltaire, Zemmour agit donc en procureur qui accumule les pièces à conviction contre le prévenu et tait systématiquement tous les éléments à décharge. 
Si tout ce qu'il dit sur Voltaire est vrai (Xavier Martin, lui, osait même l'analogie Voltaire/Hitler !), son propos demeure néanmoins partial et partiel.
Rien, pas une ligne, pour redorer le blason du patriarche de Ferney qui ressort souillé de cette énième bordée de crachats...
(depuis le journaliste Fréron, au XVIIIè siècle, combien ont-ils été à entasser les mêmes ordures aux pieds du panthéonisé ?)


***

Au moment d'aborder ce Destin français, j'avais donc imaginé ce réquisitoire dressé par Zemmour contre Voltaire, mais destiné en réalité à discréditer l'ensemble du clan (lui parle de "meute"...) des Lumières.
En revanche, j'ai été très surpris des chapitres suivants, consacrés à Rousseau. Celui que les contempteurs des Lumières feignent toujours d'ignorer, celui dont ils évitent soigneusement de croiser le chemin, celui dont ils prononcent à peine le nom 
(sinon pour s'en prendre à l'homme, coupable d'avoir abandonné ses enfants), Zemmour ose quant à lui l'aborder de face.
Pour le salir à son tour ? 
Vite, tournons la page et découvrons cela...

(à suivre ici)

samedi 11 janvier 2020

Eric Zemmour et les Lumières (3)

Dans un article de Nonfiction, paru en septembre 2019 (à découvrir ici), le doctorant Guillaume Lancereau reprochait à Eric Zemmour "sa lecture du XVIIIè siècle", prétendant qu'elle "se fourvoie dans les méandres de la mauvaise foi intellectuelle et de l’imposture méthodologique".
Dans une autre recension (rédigée peu après) du Destin français, lue sur le site Critique, critique de la critique, l'auteur s'en prenait conjointement à Zemmour et à Onfray  : " Le premier au service de la grande bourgeoisie, le second au service de son nombril volcanique. Les deux crachent sur Rousseau. En bonne dialectique, je leur retourne, publiquement, leur glaviot."


Fin octobre (de mémoire), j'ai assisté sur Cnews à un échange (voir ici) particulièrement virulent entre le penseur Bernard-Henri Lévy, inlassable défenseur des Kurdes, et Eric Zemmour, qui le renvoie brutalement dans les cordes avec cette admirable citation de Rousseau (14è minute), extraite de l'Emile

"Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins."
 C'est ce délicieux moment de télé qui m'a décidé à lire les quelques chapitres qu'Eric Zemmour consacre au XVIIIè siècle et à ce qu'on nomme communément les Lumières.
En particulier les quelques chapitres consacrés à Voltaire ("la flatterie des grandeurs", "le grand importateur des idées anglaises", "Voltaire est encore plus grand mort que vivant", "une nouvelle race d'écrivains", "le premier témoin du déclin de la France", "un climat de guerre civile froide") puis à Rousseau ("Le nez dans le ruisseau", "la liberté et l'égalité", "république européenne", "égoisme national").
Ci-dessous les premières pages de cette partie :





Nous aurons bien évidemment à les commenter...

(à suivre ici)