samedi 25 avril 2015

L'affaire Voltaire-De Rohan (1)

Un soir qu'il soupait en compagnie du marquis de Livry, qui était l'amant de sa femme, le dramaturge et acteur Dancourt s'avisa de plaisanter le maître d'hôtel du roi. Echauffé par ses boutades, ce dernier lui répondit  sans rire :
"Je t'avertis que, si d'ici à la fin du souper, tu as plus d'esprit que moi, je te donnerai cent coups de bâton."
S'avisant de son état, le brave auteur choisit de ravaler sa fierté et de se taire... 
Voltaire aurait dû le prendre pour exemple, quelques années plus tard, quand il croisa malencontreusement le chemin du chevalier de Rohan....
Qui était donc ce Guy-Auguste de Rohan-Chabot ? Rien moins que le fils de Louis le Rohan-Chabot, 3è duc de Rohan et pair de France, soit l'enfant d'une des familles les plus illustres du Royaume.  
Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis, telle était alors la devise de cette dynastie...
Guy-Auguste de Rohan
blason des Rohan
Voltaire devait savoir cela. Hélas pour lui, il n'en avait que faire...
Qu'était-il donc en 1726 ? Selon le poète Houdar de La Motte, "le digne successeur de Racine et de Corneille". Son Oedipe, représentée en 1718, méritait-elle tant de louanges ? Sans doute pas. Toujours est-il qu'elles lui ont été prodiguées et que l'homme en a tout naturellement retiré gloire et fierté. A force de fréquenter les Richelieu, les Sully, les Villars et les Conti, le fils de notaire entra bientôt dans la familiarité des grands du Royaume. Aussi riche que certains de ses amis (il avait, rappelons-le, un sens avisé des affaires...), plus talentueux que tous ceux qu'il côtoyait, l'imprudent se laissa bientôt éblouir par cette "fiction égalitaire"(j'emprunte l'expression à l'essayiste Antoine Lilti ). Sauf qu'il était né Arouet, et si sa valeur littéraire lui donnait une réputation, il lui manquait un nom pour devenir respectable.
Gardons cette réalité en mémoire pour mieux comprendre sa querelle avec le chevalier de Rohan.
le "grand" Voltaire en 1725

A en croire le Journal de Mathieu Marais (lettre du 6 février 1726), l'affaire les opposant débute à la fin de l'année 1725 : "Le chevalier le trouve à l'Opéra et lui dit : Mons de Voltaire, Mons Arouet, comment vous appelez-vous ?". L'autre réplique un peu vivement, plaisantant sur l'adjonction des deux noms Rohan et Chabot, et pour ce soir du moins, l'affaire s'en tient là.
Quelques jours plus tard, nouvelle rencontre entre les deux hommes, cette fois dans la loge de la comédienne Adrienne Lecouvreur. Vexé des attentions que lui accorde l'actrice, le chevalier apostrophe une seconde fois Voltaire, lui demandant comment le nommer :
"Voltaire ! répond l'impertinent. Je commence mon nom et vous finissez le vôtre !" Le mot d'esprit est passé par tant de bouches qu'il a sans doute été déformé. Peu importe. On le retrouvera bien plus tard dans la Rome Sauvée, où le dramaturge fait dire par Cicéron à Catilina :
 Mon nom commence en moi : de votre honneur jaloux, 
Tremblez que votre nom finisse dans vous...
Voltaire a toujours eu l'art de ces saillies. De son vivant, elles couraient de salon en salon, et le Tout-Paris s'en amusait.
Pourtant, en ce soir de janvier, Voltaire aurait dû s'abstenir d'humilier un grand en public.  Car le grand, lui, préparait déjà sa vengeance...
(à suivre ici

3 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je cherche à illustrer Guy-Auguste de Rohan, est-ce bien lui sur le tableau?
    Connaissez-vous la source de ce tableau? Le musée qui le conserve?
    Merci d'avance pour votre aide.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Sans certitude aucune. Peut-être faudrait-il chercher du côté du château de la Motte-Tilly ?

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