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mercredi 27 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (3)


"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc. Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle."Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables!" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
 
Voici la conclusion de cette dissertation.

 
"Traite des nègres", gravure XVIIIè
Conclusion :
Qu’il nous soit permis de terminer cette dissertation par l’importante réflexion que fait un des plus savants théologiens de notre siècle ; il en fait part à un ami dans une de ses lettres (…) Voici seulement ce que j’ai transcrit ici avec une singulière satisfaction.
Les nègres étant nécessaires à la culture de nos colonies, c’est pécher contre l’Etat et faire un très grand mal que d’en décrier le trafic comme contraire à la charité et à l’humanité, dès que ce trafic est innocent et légitime (ndlr : La preuve est établie que charité commence par soi-même !) . S’il s’y glisse des abus, il faut corriger ce qui est abusif et laisser subsister ce qui est bon. J’en dis autant de la manière dont on les traite en Amérique. En se conformant aux Ordonnances de nos rois et en usant de toute la bonté possible à l’égard des nègres, leurs maîtres n’auront rien à se reprocher.
Je suis extrêmement touché d’une raison qui me fait regarder comme un grand mal, le décrit qu’on fait de ce commerce. Le plus grand malheur qui puisse arriver à ces pauvres Africains serait la cessation de ce trafic. Ils n’auraient alors aucune ressource pour parvenir à la connaissance de la vraie religion, dont on les instruit à l’Amérique, où plusieurs se font chrétiens ; au lieu qu’en Afrique, ils sont totalement abandonnés, car je ne sache point qu’il y ait aucun missionnaire. Eh ! plût à Dieu que l’on achetât tous ces misérables nègres et qu’on en dépeuplât l’Afrique pour en peupler l’Amérique ; n’en dût-il résulter que le salut d’un seul élu, pour lequel Dieu ne fait pas difficulté quelquefois de bouleverser des royaumes entiers. On ne va pas y faire des esclaves, on les y trouve tels : en les achetant, on les fait passer d’une servitude barbare à une servitude humaine, d’autant plus avantageuse pour eux qu’elle leur devient un moyen de salut.

1794 : les prêtres de Laval montent sur l'échafaud

samedi 16 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (2)

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc. Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle."Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables!" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
Dans ce 2nd extrait, il répond à quelques objections que lui fait un interlocuteur imaginaire. 



Mais ajoute-ton, n’est-ce pas chose qui en soi révolte les sens et répugne à la nature de vendre et de mettre à prix l’humanité ?


Ce n’est pas proprement l’humanité que l’on vend, en vendant des esclaves ; ce sont les services que ceux qui les achètent en tirent, et rien n’est plus appréciable. Ces termes « vendre » et « acheter » dont on s’offense et se choque si fort, lorsqu’il s’agit d’esclaves, sont employés dans l’Ecriture même (…)


Peut-on, sans blesser l’équité et sans se rendre coupable d’injustice envers ses semblables, leur enlever ainsi leur liberté et disposer de leur sort et de leur personne, contre leur gré et sans leur consentement ?


Nous l’avons déjà observé, en achetant des nègres en Guinée, on ne leur ôte point leur liberté, ils n’en jouissent plus, on ne les fait point esclaves, on les trouve tels. Et tout ce qui résulte de cet achat est d’améliorer leur sort ; d’où il suit que loin de leur faire injustice et de leur causer aucun tort, on les sert au contraire et on leur procure un très grand avantage, tant pour le bien-être du corps que pour le salut de l’âme, en les faisant passer à une servitude incontestablement plus douce et plus supportable que celle dont on les tire. (…)



Entre les principes de l’équité naturelle, un des premiers et le plus connu de tous n’est-il pas de ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît ?


Cette règle est incontestable (…) Mais il n’y eut jamais de cas où il y ait moins lieu d’en faire l’application. Puisque dans la vérité du fait, on n’aggrave point le joug des esclaves nègres, et on ne leur cause aucun mal en les transférant dans nos îles. Au contraire, c’est un très grand service qu’on leur rend, et un office de charité très réel que l’on exerce à leur égard. Non seulement on adoucit de beaucoup leur servitude corporelle, mais on les met à portée d’apprendre à connaître Jésus-Christ et son Evangile.


Qu’y a-t-il donc de si avantageux pour les esclaves de Guinée, à être transférés dans nos îles, où on leur donne à peine le nécessaire, où on les fait travailler comme des chevaux, où on les maltraite et les assomme de coups ? (…)


Que l’on interroge quelqu’un de sensé et d’équitable qui ait habité dans nos colonies et ait été témoin de la conduite qu’on y tient communément envers les nègres (…) Il y a des abus, on n’en disconvient pas ; mais où n’y en a-t-il point ? Il peut s’y trouver des maîtres durs et inhumains qui en usent mal avec leurs esclaves, comme il s’en trouve parmi nous qui se montrent tels avec leurs domestiques (…) On n’exige d’eux que plusieurs heures de travail par jour (…) et les paysans occupés dans nos campagnes à cultiver la terre en font le double au moins de ce qu’on exige des nègres de nos îles.


Il n’est plus permis en France non plus que dans plusieurs autres royaumes chrétiens d’avoir des esclaves : les lois civiles en ont abrogé l’usage.


Je conviens que cela n’est plus d’usage dans notre continent et que les lois ne le permettent pas : mais la même autorité qui a établi, pour de bonnes raisons,  les lois qui le défendent parmi nous, peut bien le permettre ailleurs, lorsque le bien de l’Etat l’exige. Aussi les habitants de nos colonies sont-ils autorisés par une loi particulière du prince, à en acquérir le plus qu’ils peuvent, pour la culture des terres : ce qui devient une grande ressource de l’Etat (…) On peut lire là-dessus l’Edit du Roi du mois de mars 1724 appelé le Code Noir.


(à suivre ici)


vendredi 15 septembre 2017

L'Eglise et l'esclavage au XVIIIè siècle (1)

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", nous ordonne l'Evangile selon St Marc.
Informé de ce commandement, un élève m'interroge sur l'attitude de l'Eglise face à la traite négrière pratiquée par la France et d'autres pays d'Europe au XVIIIè siècle.
"
Les voies du Seigneur sont de tout évidence impénétrables !" suis-je obligé de lui répliquer, un peu honteux de ma pirouette, avant de lui proposer ce magnifique passage extrait de Dissertation sur la traite et le commerce des nègres (1764).
Ecrit par un théologien, Jean Bellon de Saint Quentin, ce petit ouvrage est un chef-d'oeuvre de cynisme chrétien. Réfutant les arguments des encyclopédistes, l'apologiste tente en effet de démontrer que l'esclavage ne contredit ni le droit naturel ni la loi Divine !
 
 



Au commencement, il est vrai, Dieu créa l’homme parfaitement libre ; c’est-à-dire pleinement maître de sa personne et de toutes ses actions, et n’étant assujetti ni comptable qu’au seul auteur de son être. En ce sens une pleine et entière liberté lui était naturelle. Mais le péché, en entrant dans le monde, a causé un étrange renversement dans son état et les choses ont bien changé de face à cet égard. Car depuis qu’abusant de sa liberté, il s’est révolté contre celui de qui il la tenait, il est honteusement déchu de cette pleine et parfaite liberté dans laquelle il avait été créé. En voulant par orgueil se soustraire à la douce et juste dépendance de son créateur et de son unique maître , il s’est précipité dans une servitude et un esclavage presque universels (….) C’est Dieu qui met des différences entre les hommes, qui diversifie leurs voies sur la terre et décide souverainement du sort de chacun d’eux, selon ses vues de justice ou de miséricorde. Ses jugements à cet égard sont pleins d’équité et toujours adorables. C’est lui qui fait le riche et le pauvre, le roi et le sujet, le libre et l’esclave (…) Or l’espèce d’esclaves dont il est question, quand on demande si le commerce des nègres que l’on tire de Guinée, est permis et légitime, sont dans ce cas. Ce sont des hommes nés esclaves, ou qui le sont devenus par une suite inévitable de guerres continuelles que leurs chefs se font entre eux. On ne les fait point esclaves en les achetant, mais on les trouve tels, retenus dans les fers, réduits à la servitude la plus cruelle et la plus intolérable, en puissance de maîtres barbares (…) Tout ce qui résulte par rapport à eux du commerce qui s’en fait, est le changement d’une servitude excessivement dure et qui les tient éloignés de tout moyen de salut, en une autre incomparablement plus douce et plus tolérable et où ils se trouvent à porté de parvenir à la connaissance de Jésus Christ et de son Evangile : d’où je conclus que l’état d’esclavage dans lequel on les retient n’est pas en soi contraire au droit naturel.(...)




Il est vrai que par notre qualité de Chrétiens nous ne formons plus qu’un seul corps en Jésus-Christ et nous devenons tous membres d’un même Chef : nous possédons la même foi, nous pratiquons le même Evangile et nous tendons au même bonheur, de quelque sexe, de quelque rang et de quelque condition que nous puissions être. Mais dans le corps, tous les membres ne tiennent pas le même range et ne sont pas destinés à la même fonction ; les pieds sont inférieurs à tous les autres, et plus près de la terre. Les frères d’une même famille n’ont pas tous les mêmes droits et les mêmes prérogatives : il y a des aînés et des cadets (…) Le but de la mission de Jésus-Christ ne fut jamais de remettre les hommes au même niveau et de les rendre tous égaux sur la terre ; il n’est point venu confondre la différence des conditions, ni détruire la juste et nécessaire subordination qu’il avait plu à la divine Providence de mettre entre elles (…) Donc le commerce que l’on fait des esclaves n’est pas en soi illégitime ni contraire aux lois du Christianisme. Il n’est pas non plus contraire à la Loi naturelle ni à la loi Divine écrite.





(à suivre ici)





mercredi 12 avril 2017

Discours sur le bonheur, Emilie du Châtelet (2)

En la soustrayant au couvent, en lui offrant une instruction digne de ce nom (la découverte des sciences ainsi que des langues anciennes), le baron de Breteuil a rendu possible l'émancipation intellectuelle de sa fille Emilie.
Dans son Discours sur le bonheur, cette dernière fait de l'assouvissement de ses passions une des conditions du bonheur.
 
 ***

Il est certain que l'amour de l'étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu'à celui des femmes. Les hommes ont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d'autres moyens d'arriver à la gloire, et il est sûr que l'ambition de rendre ses talents utiles à son pays et de servir ses concitoyens, soit par son habileté dans l'art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au dessus de [celle] qu'on peut se proposer pour l'étude; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, et quand, par hasard, il s'en trouve quelqu'une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l'étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état.

L'amour de la gloire, qui est la source de tant de plaisirs et de tant d'efforts en tout genre qui contribuent au bonheur, à l'instruction et à la perfection de la société, est entièrement fondé sur l'illusion; rien n'est si aisé que de faire disparaître le fantôme après lequel courent toutes les âmes élevées; mais qu'il y aurait à perdre pour elles et pour les autres! Je sais qu'il est quelque réalité dans l'amour de la gloire dont on peut jouir de son vivant; mais il n'y a guère de héros, en quelque genre que ce soit, qui voulût se détacher entièrement des applaudissements de la postérité, dont on attend même plus de justice que de ses contemporains. On ne savoure pas toujours le désir vague de faire parler de soi quand on ne sera plus; mais il reste toujours au fond de notre cœur. La philosophie en voudrait faire sentir la vanité; mais le sentiment prend le dessus, et ce plaisir n'est point une illusion: car il nous prouve le bien réel de jouir de notre réputation future; si le présent était notre unique bien, nos plaisirs seraient bien plus bornés qu'ils ne le sont. Nous sommes heureux dans le moment présent, non seulement par nos jouissances actuelles, mais par nos espérances, par nos réminiscences. Le présent s'enrichit du passé et de l'avenir. Qui travaillerait pour ses enfants, pour la grandeur de sa maison, si on ne jouissait pas de l'avenir? Nous avons beau faire, l'amour-propre est toujours le mobile plus ou moins caché de nos actions; c'est le vent qui enfle les voiles, sans lequel le vaisseau n'irait point.(...)

la passion d'Emilie

 

Tâchons donc de nous bien porter, de n'avoir point de préjugés, d'avoir des passions, de les faire servir à notre bonheur, de remplacer nos passions par des goûts, de conserver précieusement nos illusions, d'être vertueux, de ne jamais nous repentir, d'éloigner de nous les idées tristes, et de ne jamais permettre à notre cœur de conserver une étincelle de goût pour quelqu'un dont le goût diminue et qui cesse de nous aimer. Il faut bien quitter l'amour un jour, pour peu qu'on vieillisse, et ce jour doit être celui où il cesse de nous rendre heureux. Enfin, songeons à cultiver le goût de l'étude, ce goût qui ne fait dépendre notre bonheur que de nous-mêmes. Préservons-nous de l'ambition, et surtout sachons bien ce que nous voulons être; décidons-nous sur la route que nous voulons prendre pour passer notre vie, et tâchons de la semer de fleurs.

dimanche 9 avril 2017

Discours sur le bonheur, Emilie du Châtelet (1)

En la soustrayant au couvent, en lui offrant une instruction digne de ce nom (la découverte des sciences ainsi que des langues anciennes), le baron de Breteuil a rendu possible l'émancipation intellectuelle de sa fille Emilie.
Dans son Discours sur le bonheur, cette dernière fait de l'assouvissement de ses passions une des conditions du bonheur.
 
 
Emilie du Châtelet
On croit communément qu'il est difficile d'être heureux, et on n'a que trop de raison de le croire; mais il serait plus aisé de le devenir, si chez les hommes les réflexions et le plan de conduite en précédaient les actions. (...)
Il faut, pour être heureux, s'être défait des préjugés, être vertueux, se bien porter, avoir des goûts et des passions, être susceptible d'illusions, car nous devons la plupart de nos plaisirs à l'illusion, et malheureux est celui qui la perd. Loin donc de chercher à la faire disparaître par le flambeau de la raison, tâchons d'épaissir le vernis qu'elle met sur la plupart des objets; il leur est encore plus nécessaire que ne le sont à nos corps les soins et la parure.
Il faut commencer par se bien dire à soi-même et par se bien convaincre que nous n'avons rien à faire dans ce monde qu'à nous y procurer des sensations et des sentiments agréables. Les moralistes qui disent aux hommes: réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur. On n'est heureux que par des goûts et des passions satisfaites; [je dis des goûts], parce qu'on n'est pas toujours assez heureux pour avoir des passions, et qu'au défaut des passions, il faut bien se contenter des goûts. Ce serait donc des passions qu'il faudrait demander à Dieu, si on osait lui demander quelque chose (...)


Mais, me dira-t-on, les passions ne font-elles pas plus de malheureux que d'heureux? Je n'ai pas la balance nécessaire pour peser en général le bien et le mal qu'elles ont faits aux hommes; mais il faut remarquer que les malheureux sont connus parce qu'ils ont besoin des autres, qu'ils aiment à raconter leurs malheurs, qu'ils y cherchent des remèdes et du soulagement. Les gens heureux ne cherchent rien, et ne vont point avertir les autres de leur bonheur; les malheureux sont intéressants, les gens heureux sont inconnus.
(...) Mais supposons pour un moment, que les passions fassent plus de malheureux que d'heureux, je dis qu'elles seraient encore à désirer, parce que c'est la condition sans laquelle on ne peut avoir de grands plaisirs; or, ce n'est la peine de vivre que pour avoir des sensations et des sentiments agréables; et plus les sentiments agréables sont vifs, plus on est heureux. Il est donc à désirer d'être susceptible de passions, à je le répète encore: n'en a pas qui veut.
C'est à nous à les faire servir à notre bonheur, et cela dépend souvent de nous. Quiconque a su si bien économiser son état et les circonstances où la fortune l'a placé, qu'il soit parvenu à mettre son esprit et son cœur dans une assiette tranquille, qu'il soit susceptible de tous les sentiments, de toutes les sensations agréables que cet état peut comporter, est assurément un excellent philosophe, et doit bien remercier la nature.
Je dis son état et les circonstances où la fortune l'a placé, parce que je crois qu'une des choses qui contribuent le plus au bonheur, c'est de se contenter de son état, et de songer plutôt à le rendre heureux qu'à en changer.
le baron de Breteuil, père d'Emilie
Mon but n'est pas d'écrire pour toutes sortes de conditions et pour toutes sortes de personnes; tous les états ne sont pas susceptibles de la même espèce de bonheur. Je n'écris que pour ce qu'on appelle les gens du monde, c'est-à-dire, pour ceux qui sont nés avec une fortune toute faite, plus ou moins brillante, plus ou moins opulente, mais enfin tels qu'ils peuvent rester dans leur état sans en rougir, et ce ne sont peut-être pas les plus aisés à rendre heureux.
Mais pour avoir des passions, pour pouvoir les satisfaire, il faut sans doute se bien porter; c'est là le premier bien : or, ce bien n'est pas si indépendant de nous qu'on le pense. Comme nous sommes tous nés sains (je dis en général) et faits pour durer un certain temps, il est sûr que si nous ne détruisions pas notre tempérament par la gourmandise, par les veilles, par les excès enfin, nous vivrions tous à peu près ce qu'on appelle âge d'homme. J'en excepte les morts violentes qu'on ne peut prévoir, et dont, par conséquent, il est inutile de s'occuper. 
(à suivre ici)

samedi 11 mars 2017

PROJET D’UNE LOI portant défense d’apprendre à lire aux Femmes. (2)

Pierre Sylvain Maréchal, né le 15 août 1750 à Paris, et mort le 18 janvier 1803 à Montrouge, est un écrivain, poète et pamphlétaire français.
En 1801, il fait paraître un petit chef-d'oeuvre d'humour antiféministe intitulé.
Voici la 1ère partie de ce texte de loi. 
 
***
 
TEXTE DE LA LOI.

                                    
EN CONSÉQUENCE

I.
La raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.
 
II.
La Raison veut :

À l’homme, — l’épée et la plume.
À la femme, — l’aiguille et le fuseau.
À l’homme, — la massue d’Hercule.
À la femme, — la quenouille d’Omphale.
À l’homme, — les productions du génie.
À la femme, — les sentimens du cœur.

III.
La Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s’y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiètent l’un sur l’autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.
 
IV.
La Raison ne veut pas plus que la langue française, qu’une femme soit auteur : ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.
 
V.
La Raison veut que les sexes diffèrent de talents comme d’habits.
Il est aussi révoltant et scandaleux de voir un homme coudre, que de voir une femme écrire ; de voir un homme tresser des cheveux, que de voir une femme tourner des phrases…
 
VI.
La Raison maintient ce vieux Proverbe :
« Les paroles sont des femelles, les écrits sont des mâles. »
En ce qu’il semble faire les parts et assigner à chacun des deux sexes le talent qui lui convient.
N. B. Toute la sagesse des nations est dans leurs proverbes.
 
VII.
La Raison veut que l’on dispense les
femmes d’apprendre — à lire,
— à écrire,
— à imprimer,
— à graver,
— à scander,
— à solfier,
— à peindre, etc.
Quand elles savent un peu de tout cela, c’est trop ordinairement aux dépens de la science du ménage.
 
VIII.
La Raison veut donc que la plume à écrire et le pinceau, le crayon et le burin, soient interdits à la main des femmes ; l’aiguille à coudre et le fuseau, à la main des hommes. (...)
 
XI.
La Raison veut que les femmes, dans leurs loisirs, apprennent naturellement à chanter, sans livres et sans maîtres ; mais qu’elles ignorent toute leur vie combien il y a de notes dans la musique, de lettres dans l’alphabet, de syllabes dans un vers alexandrin ou pentamètre.
Les femmes sont nées pour être aimables et vertueuses, et non pour devenir des virtuoses et des savantes.
 
XII.
La Raison veut que les maris soient les seuls livres de leurs femmes ; livres vivants, où nuit et jour, elles doivent apprendre à lire leurs destinées.
« Il serait bienséant et honorable (dit un vieux livre) d’ouir une femme qui dirait à son mari : mon ami, tu es mon précepteur, mon maître de philosophie… etc. »
(Institution de l’homme, 1626. p. 441. in-8o.) (...)
 
XIII.
La Raison veut que les femmes sachent leur langue maternelle, seulement :
« C’est une vanité aux femmes (a dit quelqu’un) de parler une langue étrangère. »
(Lettre à une demoiselle, p. 149, in-12. 1737.)
 
XIV.
La Raison veut que l’on fasse grace aux femmes de l’étude aride et sèche de la grammaire ; les femmes étant destinées à des occupations plus agréables et moins stériles.
 
XV.
La Raison veut aussi que l’on dispense les femmes des éléments non moins ingrats de la géographie et de l’histoire ; leur mémoire fragile porte mal le fardeau des dates et d’une lourde nomenclature.
Quel inconvénient, d’ailleurs, à ce que les femmes fassent des anachronismes ?
 
XVI.
La Raison veut que les femmes n’apprennent point à lire aux astres : qu’elles comptent les œufs de la basse-cour, et non les étoiles du firmament !
 
XVII.
La Raison veut que l’on interdise aux femmes la botanique par principes : qu’elles se bornent à la connaissance des plantes potagères et de quelques simples !
 
XVIII.
La Raison n’approuve pas les femmes qui assistent aux leçons de la chimie : les cuisinières qui ne savent pas lire, sont celles qui font la meilleure soupe.
N. B. Le législateur des femmes espère qu’on lui pardonnera ces menus détails. L’utile avant tout.
« Rien n’est vil dans l’intérieur du domestique, pour une femme sage, » dit un poète de la Chine.
(V. Mém. Chin. T. IV. p. 179. in-4o.)
 
XIX.
La Raison souffre de voir les femmes grossir le troupeau des gens de lettres ; elles ont assez déjà des infirmités attachées à leur sexe, sans s’exposer encore à celles de cette profession.
 
XX.
La Raison veut que le médecin d’une femme de lettres lui ordonne, avant tout, de poser la plume et de renoncer aux livres, à tout jamais.
La nièce de Descartes mourut de la pierre, causée par son obstination à l’étude.
Or, le plus beau livre ne vaut pas une femme saine de corps et d’âme.
 
XXI.
La Raison veut que l’on dise toujours les trois Grâces, mais que l’on ne dise plus les neuf Muses ; mythologie injurieuse au sexe, puisqu’elle tend à faire croire que sur douze femmes, on en compte neuf de pédantes, sur trois seulement d’aimables.
« Le goût des lettres chez les femmes, (dit Thomas) a été regardé comme une sorte de pédantisme. »
(Essai sur les Femmes.)
 
XXII.
La Raison déclare qu’une mère de famille n’a pas besoin de savoir lire, pour bien élever ses filles.
 
XXIII.
La Raison et la décence veulent qu’une fille reçoive des leçons de sa mère seulement.
L’éducation du sexe n’eut d’abord (dans le temps que Rome était vertueuse) pour objet, que l’économie intérieure de la maison, et les ouvrages que les mères apprenaient elles-mêmes à leurs filles.
(Habitudes et mœurs privées des Romains, in-8o. p. 275 et 276.)
 
XXIV.
La Raison n’approuve pas ces maisons d’éducation pour les jeunes demoiselles, où on leur apprend tout, excepté la seule chose qu’elles doivent connaître, la science du ménage.
La belle éducation donnée à St-Cyr aux jeunes filles nobles et pauvres, en faisait des femmes pédantes et hautaines. (...)
 
XXVIII.
La Raison veut que toute fille de bonne maison, avant d’obtenir un mari, fasse preuve de talents utiles.
 
XIX.
La Raison veut qu’une jeune vierge, instruite par sa mère aux seules vertus privées, aux seuls détails du ménage, et bien pénétrée de l’amour de ses devoirs et du travail, soit dispensée d’avoir une dot pour avoir un mari.
 
XXX.
La Raison ne conseille à personne de choisir pour épouse et compagne la fille d’une femme lettrée.

mercredi 8 mars 2017

PROJET D’UNE LOI portant défense d’apprendre à lire aux Femmes. (1)

Pierre Sylvain Maréchal, né le 15 août 1750 à Paris, et mort le 18 janvier 1803 à Montrouge, est un écrivain, poète et pamphlétaire français.
En 1801, il fait paraître un petit chef-d'oeuvre d'humour antiféministe intitulé : 
Projet d'une loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes.


***

AUX CHEFS DE MAISON,
AUX PÈRES DE FAMILLE,
ET AUX MARIS.

Qui plus que vous doit sentir la nécessité et l’urgence de la Loi dont le Projet vous est adressé, et soumis à votre prudence ? Les bons ménages deviennent rares ; et c’est vous, les premiers, qui portez la peine des préjugés et des abus qui ont envahi l’éducation des femmes.
Vous tiendrez donc la main à ce Réglement ; il vous intéresse plus peut-être encore que les femmes qui en sont l’objet principal.
Les puissances mâles et femelles du Bas-Empire de la Littérature, vont s’agiter à la promulgation de la présente Loi. On prononcera malédiction sur le Législateur indiscret et téméraire. Déjà en butte aux prêtres, comment n’a-t-il pas craint de leur donner les femmes de lettres pour auxiliaires ? La coalition des femmes de lettres et des prêtres, est une rude chose ; mais que pourra-t-elle si les bons esprits, si les têtes saines opposent leur égide, et placent cette Loi sous le bouclier de la raison ?
Les bonnes mères de famille, les excellentes femmes de ménage, les épouses sensibles, les jeunes filles naïves et toutes naturelles, vengées enfin du méprisant abandon où on les reléguait, sauront peut-être quelque gré au Rédacteur de cette Loi, et rendront justice à la pureté de ses intentions.
Nous ne sommes point dupes (s’écrieront quelques flatteurs des femmes) des ménagements qu’on prend ici pour faire entendre que les deux sexes ne doivent pas être rangés précisément sur la même ligne, dans la grande échelle des êtres, et qu’il faut placer un sexe au-dessous de l’autre.
Il faut répondre : ce n’est point là du tout la pensée du Législateur des femmes. Dans le plan qu’il s’est tracé de la nature, il n’y a pas un seul être inférieur à un autre. Toutes les productions sorties de ses mains sont autant de chef-d’œuvres ; et parmi une infinité de chef-d’œuvres, il seroit absurde d’établir ou de supposer des préférences.
Les deux sexes sont parfaitement égaux ; c’est-à-dire, aussi parfaits l’un que l’autre, dans ce qui les constitue. Rien dans la nature n’est comparable à un bel homme, qu’une belle femme.

Ajoutons pour finir : il n’y a rien de plus laid au monde qu’un homme singeant la femme, si ce n’est une femme singeant l’homme.
Ce Projet de Loi ne pouvait paraître plus à propos, qu’au moment où l’on s’occupe de l’organisation définitive des études.
Vous remarquerez que dans son rapport, si estimable, sur l’Instruction publique, Chaptal garde le plus profond silence touchant les femmes ; il ne leur suppose aucunement la nécessité d’apprendre à lire, à écrire, etc. Partagerait-il l’opinion que leur esprit naturel n’a pas besoin de culture ?



AUX FEMMES.

Si l’on vous interdit l’arbre de la science,
Conservez sans regret votre douce ignorance,
Gardienne des vertus, et mère des plaisirs ;
À des jeux innocents consacrez vos loisirs, etc.
Séparateur



PROJET


D’UNE LOI,

Portant défense d’apprendre à lire aux Femmes.

MOTIFS DE LA LOI.

Considérant :
1o. Que l’amour honnête, le chaste hymen, la tendresse maternelle, la piété filiale, la reconnaissance des bienfaits… etc., sont antérieurs à l’invention de l’alphabet et de l’écriture, et à l’étude des langues ; ont subsisté, et peuvent encore subsister sans elles.

Considérant :
2o. Les inconvénients graves qui résultent pour les deux sexes, de ce que les femmes sachent lire.

Considérant :
3o. Qu’apprendre à lire aux femmes est un hors-d’œuvre, nuisible à leur éducation naturelle : c’est un luxe dont l’effet fut presque toujours l’altération et la ruine des mœurs.

Considérant :
4o. Que cette fleur d’innocence qui caractérise une vierge, commence à perdre de son velouté, de sa fraîcheur, du moment que l’art et la science y touchent, du moment qu’un maître en approche. La première leçon que reçoit une jeune fille est le premier pas qu’on l’oblige à faire pour s’éloigner de la nature.
Considérant :
5o. Que l’intention de la bonne et sage nature a été que les femmes exclusivement occupées des soins domestiques, s’honoreraient de tenir dans leurs mains, non pas un livre ou une plume, mais bien une quenouille ou un fuseau.

Considérant :
6o. Combien une femme qui ne sait pas lire est réservée dans ses propos, pudibonde dans ses manières, parcimonieuse en paroles, timide et modeste hors de chez elle, égale et indulgente… Combien, au contraire, celle qui sait lire et écrire a de penchant à la médisance, à l’amour propre, au dédain de tous ceux et de toutes celles qui en savent un peu moins… 

Considérant :
7o. Combien il est dangereux de cultiver l’esprit des femmes, d’après la Réflexion morale de la Rochefoucault qui les connaissait si bien : « L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison. »

Considérant :
8o. Que la nature elle-même, en pourvoyant les femmes d’une prodigieuse aptitude à parler, semble avoir voulu leur épargner le soin d’apprendre à lire, à écrire. (...)


Considérant :
10o. « Que chaque sexe a son rôle. Celui de l’homme étant d’instruire et de protéger, suppose une organisation forte dans toutes ses parties. Le rôle de la femme doit être bien moins prononcé. Douceur et sensibilité en sont les deux principaux caractères. Tous ses droits, tous ses devoirs, tous ses talents se bornent là, et ce lot vaut peut-être bien l’autre. »

Considérant :
11o. « Que la société civile, dans la distribution de ses rôles, n’en a donné qu’un passif aux femmes. Leur empire a pour limites le seuil de la maison paternelle ou maritale. C’est là qu’elles règnent véritablement. C’est là que, par leurs soins journaliers, elles dédommagent les hommes des travaux et des peines qu’ils endurent hors de leurs foyers. Compagnes tendres et soumises, les femmes ne doivent prendre d’autre ascendant que celui des graces et des vertus privées ; et ce plan de conduite, conforme à la nature, a constamment rendu heureuses celles qui ont eu le bon esprit de ne pas porter leurs vues plus haut. La félicité du genre humain repose, toute, sur les mœurs domestiques. »

Considérant :
12o. Que les hommages que le premier sexe s’est fait une douce habitude de rendre à l’autre, ne sont point adressés au savoir des femmes, mais seulement à leurs grâces et à leurs vertus.
Considérant :
13o. Que les femmes qui se targuent de savoir lire et de bien écrire, ne sont pas celles qui savent aimer le mieux.
L’esprit et le talent refroidissent le cœur.
S…

Considérant :
14o. Que la coquetterie d’esprit est dans les femmes un travers qui, comme l’autre coquetterie, mène au ridicule, et quelquefois au scandale. (...)

Considérant :
 24o. Combien une jeune fille qui sait lire a de peine à résister à la tentation de jeter les yeux sur les lettres d’amour d’un séducteur éloquent.

Considérant :
25o. Combien les romans et les ouvrages de dévotion font de ravage dans le tendre cerveau des femmes.

Considérant :
26o. Combien la lecture est contagieuse : sitôt qu’une femme ouvre un livre, elle se croit en état d’en faire ;
Et femme qui compose en sait plus qu’il ne faut. (...)

Considérant :
31o. Que pour l’ordinaire, une femme perd de ses grâces et même de ses mœurs, à mesure qu’elle gagne en savoir et en talents.
Pour peu qu’elle sache lire et écrire, une femme se croit émancipée, et hors de la tutelle où la nature et la société l’ont mise pour son propre intérêt.
Considérant :
32o. Que la cause supprimée, l’effet tombe de lui-même : ainsi, les femmes ne sachant plus lire, ne nous offriront plus le risible travers de ces diplomates femelles, qui du fond d’un boudoir, le Publiciste à la main, disposent des empires, font la part aux rois, aux républiques… etc.
Considérant :
33o. Que la qualité de femme qui sait lire, n’ajoute rien aux titres sublimes et touchants de bonne fille, bonne épouse et bonne mère, ni aux moyens d’en remplir les devoirs doux et sacrés.
Considérant :
34o. Que la place d’une femme n’est point sur les bancs d’une école, encore moins dans une chaire de théologie, de physique ou de droit, comme il s’est vu plus d’une fois à Bologne, en Italie.

Considérant :
36o. Que les femmes ayant reçu une organisation physique plus frêle et un caractère moral moins décidé que les hommes ; l’étude des lettres n’est pas un puissant moyen de donner de la force et de l’énergie. De l’aveu des philosophes eux-mêmes, les lettres énervent quand elles ne corrompent point.
Fénélon a dit :
« Les femmes ont, d’ordinaire, l’esprit encore plus faible que les hommes. »
Voyez son traité de l’éducation des filles.
Considérant :
37o. Que les femmes les mieux instruites, les plus savantes n’ont jamais enrichi les sciences et les arts d’aucune découverte. « Il n’y a jamais eu de femmes inventrices » dit Voltaire dans ses Questions Encyclop. L’invention de la gaze n’est pas même due à une femme.
Considérant :
38o. Que, quoiqu’on en ait dit, l’esprit et le cœur ont un sexe comme le corps dans la dépendance duquel ils sont tous deux, le moral et le physique étant unis d’une intimité si étroite qu’ils ne font qu’un.

Considérant :
39o. La mort précoce de plusieurs jeunes filles que leurs mères avaient condamnées à l’étude des langues et à d’autres sciences toutes aussi peu compatibles aux forces et aux goûts naturels d’une jeune personne. 

Considérant :
40o. Que presque toujours quand les femmes tiennent la plume, c’est un homme qui la taille. Le mathématicien Clairaut rendit ce service à madame Duchatelet.
Colletet faisait les vers de sa servante, devenue sa femme.
Considérant :
41o. Que, les femmes n’étant assujetties à aucune charge publique, à aucune fonction administrative, n’ayant pas même droit aux fauteuils de l’Institut, elles n’ont nul besoin de savoir lire, écrire…
Considérant :
42o. Que les femmes ont trop d’occupations dans leur ménage, pour trouver du temps de reste et à perdre en lectures, écritures…
Considérant :
43o. Que les douces fonctions de la vie privée sont assez multipliées pour occuper toute entière une femme de mérite ; et que celle qui embrasse la profession d’écrire, n’est pas moins ridicule que ces soldats qui pendant les loisirs de la caserne, prennent l’aiguille de la marchande de modes, ou le tambour de la brodeuse. »
(Galerie Univ. des Hommes illustres, in-4o. Art. Voltaire. Notes.)
Considérant :
44o. Qu’il y a scandale et discorde dans un ménage, quand une femme en sait autant ou plus que le mari.
Considérant :
45o. Combien doit être difficile le ménage d’une femme qui fait des livres, unie à un homme qui n’en sait pas faire.
Considérant :
46o. Combien la première éducation des enfans, nécessairement confiée à leur mère, souffre quand la mère est distraite de ses devoirs par la manie du bel esprit.
« La couvée est mal tenue, quand la poule veut chanter aussi haut que le coq, » dit un vieux proverbe.
Considérant :
47o. Que l’art de plaire et la science du ménage ne s’apprennent pas dans les livres.
L’art d’aimer d’Ovide n’a rien appris aux femmes.
Considérant :
48o. Combien il est ridicule et révoltant de voir une fille à marier, une femme en ménage ou une mère de famille enfiler des rimes, coudre des mots, et pâlir sur une brochure, tandis que la mal-propreté, le désordre ou le manque de tout se fait sentir dans l’intérieur de la maison.
 
Considérant :
52o. Combien les femmes deviennent négligentes, paresseuses, hautaines, exigeantes, acariâtres, peu soumises, pour peu qu’elles sachent lire et écrire ; combien est insoutenable celle qui vise à l’esprit ou au savoir, celle qui parle comme un livre.


Considérant :
53o. Que depuis qu’on rencontre dans toutes les professions, des femmes qui savent lire, la nourrice fait jeûner son nourrisson ; la marchande néglige son comptoir, et la cuisinière son service ; l’ouvrière commence plus tard et finit plus tôt sa journée ; la coëffeuse distraite brûle la blonde chevelure de sa dame ; la garde-malade et l’épicière-droguiste tuent leurs malades par des qui-pro-quo ; et la jeune fille devenue raisonneuse, dit que sa maman radote, et traite son papa de bon-homme.

(à suivre ici)