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dimanche 20 février 2022

Les promenades parisiennes vues par Gabriel de Saint-Aubin

 Gabriel-Jacques de Saint-Aubin (1724 -1780) est un dessinateur, graveur à l’eau-forte et peintre français. Il a saisi sur le vif de très nombreuses scènes du quotidien parisien au XVIIIè, notamment celles qui animaient les promenades et les boulevards.









 

vendredi 4 mars 2011

Se promener à Paris au XVIIIème siècle (5)

C'est à Catherine de Médicis qu'on doit les premières plantations (en 1564) de ce qui deviendra le jardin des Tuileries. Le jardin primitif forme un trapèze de 500 mètres sur 300, composé de pièces de gazons, de parterres fleuris et de deux fontaines ornées de statues. Les différents parallélogrammes sont séparés par six allées qui se croisent pour former une espèce de damier.
La pratique croissante de la promenade va amener le jardinier Mollet à repenser les dimensions des allées : ainsi, pour une allée de 80 mètres de long, il estime qu'il faut respecter une largeur de 7 mètres ; pour une allée de 500 mètres, la largeur sera de 10 mètres. Le plan des travaux est arrêté par Le Nôtre en 1664. Dès l'année suivante, le jardin est relié au palais par une esplanade et quelques marches. Deux terrasses sont aménagées, l'une au nord et l'autre au sud, le long de la Seine. Deux portes permettent d'accéder au jardin, surveillées par des portiers. Ceux-ci sont chargés de refouler les personnes de basse condition. Une ordonnance de 1696 rappelle d'ailleurs que "sa Majesté a de nouveau très expressément défendu...a tous les laquais et autres gens de livrée d'entrer dans lesdits jardins".
La Grande Allée centrale sera la réalisation la plus importante de Le Nôtre : une avenue de 300 mètres de long, plantée d'arbres, allant du bassin octogonal jusqu'au bassin ouest du palais. Les contre-allées sont moins larges, ce qui concentre les promeneurs dans l'allée axiale, qui offre un point de vue sur le palais et la campagne. A la fin du siècle, la baronne d'Oberkirch constate que les Parisiens "ont adopté" cette allée et "ne mettent pas les pieds dans les autres. On y étouffe, on s'y battrait presque." On estime qu'environ un millier de personnes pouvait s'y réunir.
Espace clos réservé à la haute société, la promenade est également pourvue de plus de 150 bancs, destinés à se reposer mais également à regarder passer les piétons...
Dans les Caractères, La Bruyère raille d'ailleurs le rituel qui voit la belle société se rassembler à heure fixe : "L'on se donne à Paris, sans se parler, comme un rendez-vous public, mais fort exact, tous les soirs, au Cours ou aux Tuileries, pour se regarder au visage et se désapprouver les uns les autres."

jeudi 3 mars 2011

Se promener à Paris au XVIIIème siècle (4)

Désignées autrefois comme les "advenues des Tuileries", les allées qui prolongent le jardin des Tuileries ne deviennent les "Champs-Elysées" qu'en 1709. Contrairement au Cours-la-Reine tout proche, fermé de deux grilles, les Champs-Elysées apparaissent avant tout comme une voie de circulation permettant de relier Paris à Versailles. Dès le XVIIème siècle, à l'initiative de Le Nôtre, on décide de planter d'arbres la partie à l'ouest des Tuileries, et ce jusqu'aux collines de Chaillot.
Ce nouveau lieu de promenade présente un triple avantage : il est ouvert sur la ville (contrairement au Cours-la-Reine), il est utilisé comme voie de communication, il est ouvert à tous (contrairement aux Tuileries). Dès 1719, un arrêt qualifie les Champs-Elysées de "promenade". Les plantations sont constituées de longues allées avec, çà et là, des carrés engazonnés qui permettent aux promeneurs de profiter du soleil tout en s'exposant aux regards.
En 1771, le transfert de la foire St Ovide de la place Vendôme à la place Louis XV va renforcer l'intérêt des Parisiens pour cette promenade toute proche. A tel point que dans son Tableau de Paris, Mercier se résigne à ce constat : "le magnifique jardin des Tuileries est abandonné aujourd'hui pour les allées des Champs-Elysées".
A partir de 1760, un garde suisse nommé Bernard Borde obtient la charge de la location des chaises sur la promenade.
Comme se font entendre de nombreuses plaintes contre la poussière élevée par le passage des voitures, le comte d'Affry (colonel des gardes suisses) propose que la compagnie qui arrose les boulevards prenne également en charge la promenade des Champs-Elysées. Désormais, pendant la période estivale, on arrosera donc toute la zone comprise entre la place Louis XV et le rond point.
Après 1775, l'espace planté entre les allées est définitivement réservé aux piétons (comme sur le boulevards), alors que les voitures doivent emprunter l'allée centrale. Dans le dernier quart du siècle, l'administration royale devra mener un difficile combat contre les spéculateurs et les propriétaires, tous décidés à s'installer à proximité des Champs-Elysées ou du moins à ouvrir l'arrière de leur propriété sur la promenade.
Au moment de la Révolution, le comte d'Angiviller ( en charge de cette promenade) n'est pas peu fier d'avoir résisté aux diverses opérations de spéculation. Il constate même que cette promenade est "fréquentée par tous les ordres" et plus particulièrement par "la moyenne bourgeoisie, parce qu'elle y trouve pour ses enfants dans les jours de fête, l'espace le plus vaste, le plus aéré, le plus sain... à la faveur des cantons interdits aux voitures"
Un honnête homme, sans nul doute...

dimanche 27 février 2011

Se promener à Paris au XVIIIème siècle (3)

Situé à l'ouest de Paris, le Cours de la Reine (ou Cours-la-Reine) permet de mieux comprendre comment on conçoit la promenade de civilité au XVIIème siècle. En 1778, le Dictionnaire de l'Académie définit le Cours comme un "lieu agréable, destiné ou choisi ordinairement auprès des grandes villes, pour s'y promener en carrosse."
D'emblée, le mode de déplacement (le carrosse) met en évidence le caractère discriminatoire du lieu. D'autant qu'à l'est comme à l'ouest s'élèvent des grilles placées sous la surveillance de portiers. N'entre donc pas qui veut !
La position excentrée du Cours-la-Reine en fait par ailleurs un lieu fermé à la ville (contrairement aux promenades des boulevards).
Composé de trois allées d'arbres, long de 1813 mètres, large de 38, dans son allée centrale, le Cours reçoit cinq carrosses de front. Au milieu de l'allée, à l'endroit dit de "la demi-lune", les cochers peuvent faire demi-tour et repartir en sens inverse. Comme l'explique La Bruyère dans les Caractères, "l'on y passe en revue l'un devant l'autre : carrosse, chevaux, livrées, armoiries, rien n'échappe aux yeux." Au XVIIème, le Cours-la-Reine est l'un des centres où se pratique la déambulation mondaine, comme l'explique Laurent Turcot dans son ouvrage "Le promeneur à Paris au XVIIIème siècle". Si l'honnête homme ne s'y déplace pas à pied, l'espace est pourtant ouvert aux piétons, autant dans l'allée centrale que dans les contre-allées.
Progressivement, au XVIIIème, le Cours-la-Reine perd pourtant de son intérêt pour la bonne société : peut-être parce qu'il n'est pas assez ouvert sur la ville ; peut-être parce que le public n'y est pas assez mêlé ; peut-être parce que d'autres formes de promenade s'imposent petit à petit...
Dans un prochain article, il nous faudra reparler des jardins parisiens.

vendredi 25 février 2011

Se promener à Paris au XVIIIème siècle (2)

C'est à la fin du XVIIème siècle qu'on décide d'aménager des remparts depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à celle de Saint-Martin, puis jusqu'à celle de Saint-Honoré, pour en faire un lieu de promenade : une allée centrale d'environ 20 mètres de large, entourée de deux contre-allées de 7 mètres. On décide progressivement de paver l'allée et d'y planter des arbres, suivant en cela le modèle des grands jardins parisiens. Le pavage s'étendra bientôt de la rue Louis le Grand à la porte Saint-Martin (soit sur un quart de l'arc des boulevards du nord de Paris).
Des bancs de pierre sont posés "pour l'agrément et la commodité", c'est à dire pour s'asseoir, faire la conversation et regarder les autres se promener. En 1776, le bureau de la ville introduit des chaises, comme dans le jardin des Tuileries et celui du Luxembourg. Cette chaise se loue, et elle permet donc de marquer la condition sociale du promeneur. En effet, leur présence répond aux besoins des classes sociales les plus riches, désireuses d'exposer leur aisance financière aux yeux des Parisiens. L'espace réservé à ces chaises se situe exclusivement le long des contre-allées, alors que la Grande Allée reste le domaine exclusif des carrosses. L'usage des bancs demeure évidemment libre et gratuit.
Contrairement aux Tuileries ou au Cours-la-Reine, on peut arpenter les boulevards en soirée. En effet, les illuminations réalisées par la ville (des réverbères à huile à partir de 1783) permettent aux badauds de déambuler en toute sécurité. En été, pour éviter les nuages de poussière dans les contre-allées, on procède (à l'aide de tonneaux) à un arrosage régulier.
Pour éviter que les promeneurs ne croisent les charrettes et les tombereaux, la police décide que la matinée sera consacrée au ravitaillement et la municipalité ordonne que les "gens de pied" auront la priorité sur "les équipages".
Dans le dernier quart du siècle, on associe à la fonction récréative une fonction urbaine. Désormais, la promenade est ouverte sur la ville et des permissions sont données pour y ouvrir des portes cochères.


Dans son "Tableau de Paris", L. Sébastien Mercier décrit les boulevards de la façon suivante : " c'est une promenade vaste, magnifique, commode, qui ceint pour ainsi dire la ville : elle est de plus ouverte à tous les états..."
Ce dernier détail est essentiel, en cela qu'il différencie les boulevards des jardins publics. 
Nous aurons l'occasion d'y revenir.

jeudi 24 février 2011

Se promener à Paris au XVIIIème siècle (1)

Conçue au XVIIème siècle comme une pratique ritualisée, la promenade de civilité s'attache à des espaces définis (les jardins publics), pensés et destinés à cet usage.
Au siècle suivant, la pratique de la promenade s'enrichit de significations nouvelles, souvent mentionnées dans les traités de civilité qui nous sont parvenus. Désormais, puisque les comportements doivent révéler le caractère de l'homme (voir l'article "civilité" dans l'Encyclopédie), on peut envisager de nouvelles manières de se promener, plus vraies et plus sincères que par le passé.



Si le rituel de la promenade de civilité est critiqué, celle-ci n'en demeure pas moins nécessaire. Mais elle apparaît désormais comme un acte de divertissement ou de loisir, et on insiste souvent sur son caractère récréatif. Ainsi, dans son "
Traité du vrai Mérite", Le Maître de Claville intègre la promenade dans le chapitre intitulé "de l'utilité, du choix et de l'usage des plaisirs". Il la considère notamment comme un remède contre les plaisirs oisifs tels que le jeu. A noter qu'au milieu du siècle, personne ne remet encore en cause le principe de la promenade urbaine. Il faudra attendre Rousseau, une vingtaine d'années plus tard, pour que la campagne devienne le cadre rêvé pour la promenade d'agrément. En somme, si la promenade de civilité continue d'exister, on peut désormais marcher seul (et plus en compagnie) dans les jardins publics sans participer à ces rituels collectifs de sociabilité mondaine.



La pratique de la promenade prend également une autre dimension, héritée de l'antiquité grecque : celle d'un acte hygiénique, bénéfique à la santé, et accessible à tous. Au XVIIIème siècle, tout un courant médical s'approprie cette pratique pour la charger de cette signification nouvelle. Ainsi , le médecin Andry de Boisregard explique (en 1741) que "la promenade ... aide à cracher, elle fortifie l'estomac, elle empêche les aliments de s'y aigrir, elle détourne les eaux qui ont coutume d'accabler la tête, elle détache le sable des reins, elle affermit les membres tremblants, elle dissipe les ventosités, elle éclaircit les yeux et dégage le cerveau." De nombreux médecins prescrivent donc la promenade comme un exercice ordinaire dans un régime de santé. Le célèbre docteur Tronchin donne même le conseil suivant, encore actuel : " Menez une vie plus active, toute sorte d'exercice est bon."


Nous reviendrons dans un autre article sur les principaux lieux de promenade à Paris.