jeudi 18 avril 2019

Mgr de Noailles et la Bulle Unigenitus (1)

Mécontent des trop fréquentes ingérences du pape Innocent XI dans les affaires ecclésiastiques du royaume de France, Louis XIV réunit (au printemps 1681) cinquante-deux prélats en assemblée extraordinaire et parvient à les convaincre de rédiger la fameuse Déclaration des Quatre articles.
Par cette déclaration, il est stipulé que le roi n'est en rien soumis à l'autorité du pape dans les choses temporelles, que cette même autorité est non seulement limitée par celle des conciles généraux, mais également par les lois et les coutumes du royaume de France. Enfin, le dernier article remet en cause l'infaillibilité présumée du souverain pontife.

Soumise à l'Assemblée du clergé de France, ladite déclaration sera finalement adoptée à l'unanimité des évêques au mois de mars 1682.


extrait de l'article 1

Allié pour l'occasion aux théologiens de la Faculté de Paris, le Parlement (largement acquis aux thèses jansénistes) va dès lors entrer dans un conflit larvé avec les ultramontains Jésuites, accusés de privilégier les intérêts romains.
Innocent XI meurt en 1689

Cette querelle avec Rome et ses affidés va durer près de 10 ans, jusqu'à l'élection d'Innocent XII et l'ouverture de nouvelles négociations. En 1693, le roi finit par écrire au nouveau pape qu'il renonce "à l’observation de son édit touchant la déclaration faite par le clergé de France … Je suis heureux de faire savoir à Votre Sainteté que j’ai donné les ordres nécessaires pour que les choses contenues dans mon édit de 1682 touchant la déclaration faite par le clergé de France… ne soient pas observées".

Les relations de la Cour et du Saint-Siège peuvent dès lors reprendre leur cours normal.

*** 

La destruction de Port-Royal (entre 1709 et 1711), puis la fulmination de la Bulle Unigenitus obtenue par Louis XIV auprès du Pape Clément XI (en 1713), vont raviver les querelles religieuses au sein du royaume. Convoquée par le roi en octobre de la même année, l'Assemblée du clergé, composée d'une cinquantaine d'évêques et présidée par l'archevêque de Paris Mgr de Noailles, est chargée d'enregistrer la loi romaine. 

Mgr de Noailles

De son côté, Rome précise d'emblée que "la constitution ne s’examine pas, ne s’interprète pas, ne se déclare pas par des évêques, mais qu’elle doit être reçue par eux en toute soumission et obéissance. C’est là uniquement ce que vous devez dire et demander, et pour l’obtenir, vous ne devez pas vous adresser à d’autre qu’au roi. Sa Majesté l’a promis."
Les directives du roi sont tout aussi claires : "
Comme je désire avec ardeur, que les Églises de mon Royaume jouissent promptement de la tranquillité, qui doit être le fruit de cette Constitution, en observant les formes établies par les saints Décrets et par les usages de mon Royaume, j’ai jugé à propos de vous faire assembler pour vous adresser une copie de cette Bulle, afin que vous puissiez la recevoir avec le respect qui est dû à notre saint Père le Pape, et le zèle que vous apportez dans tout ce qui regarde le bien et l’avantage de l’Église, vous exhortant de travailler incessamment aux moyens que vous jugerez les plus convenables, pour la faire accepter d’une manière uniforme dans tous les Diocèses de mon Royaume" 
 
le grain de la discorde

En somme, on demande au clergé de renoncer à la tradition gallicane acquise au siècle précédent, d'accepter l'infaillibilité du Pape et de se soumettre en silence. Si quelques prélats (dont Rohan, proche des Jésuites) demandent d'enregistrer la loi au plus vite, l'archevêque de Noailles, ainsi que 8 autres évêques, vont s'élever contre ce diktat et proposer au clergé qu'il demande au Pape de se justifier :  
"je suis chargé de vous dire, que les huit Prélats qui n’ont pas été de l’avis commun dans votre dernière délibération, et moi, ne pouvons opiner sur cette pièce, parce que nous nous croyons avec déplaisir obligés de prendre un parti différent, auquel cet acte ne peut servir. C’est de recourir au pape, lui proposer nos peines et nos difficultés, et le supplier de nous donner des moyens de clamer sûrement les consciences alarmées, de soutenir la liberté des Écoles catholiques, et de conserver la paix dans nos Églises".
Autre opposant à la bulle, l'archevêque de Tours prétend pour sa part que "voilà la plus grande affaire qu'ait eue l'Eglise depuis les apôtres."
Le 1er février 1714, le cardinal de Rohan propose à l'assemblée le texte de l'instruction pastorale validé par la quarantaine d'évêques acceptants. Noailles et ses alliés répondent sans ambages " que leur conscience leur interdisait d'accueillir cette pièce, qu'ils ne pouvaient se joindre à leurs collègues aussi longtemps que le Saint-Siège n'aurait point fourni des éclaircissements à sa constitution."
La sanction ne se fait pas attendre : six jours plus tard, l'archevêque de Paris et sept de ses confrères (l'évêque de Laon s'était entretemps soumis) sont exilés dans leur diocèse avec interdiction d'en sortir jusqu'à nouvel ordre.
Reste à trouver une issue à la crise...

(à suivre ici)
 

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