lundi 23 octobre 2023

Colloque sur la naissance de la République - Intervention de Florence Ga...

  

Les députés Alexis Corbière (LFI) et Pierre Dharréville (GDR) ont organisé le 21 septembre dernier, un colloque pour fêter la naissance de la République, le 21 septembre 1792. A cette occasion, des personnalités politiques, des historiens ou encore des auteurs de bande dessinées se sont exprimés sur ce qu'était pour eux, la République, et ce qu'elle représentait. Dans cette vidéo, vous retrouverez l'intervention de Florence Gauthier, historienne spécialiste de la Révolution Française sur 1789-1794, le combat entre une République du Peuple souverain contre une aristocratie des riches.

mercredi 23 août 2023

Entretien avec Jean-Christian Petitfils

Un entretien passionnant accordé par l'historien Jean-Christian Petitfils au Monde (août 2023)

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L’historien Jean-Christian Petitfils : « Tous les monarques français d’avant la Révolution ont été à proprement parler des rois absolus »

 


 


A la faveur de la publication de la collection du Monde « La Grande Histoire des rois de France », à partir du mercredi 23 août, l’historien et politologue Jean-Christian Petitfils, spécialiste des Bourbons et auteur, en 2021, d’une biographie d’Henri IV, explore les héritages de l’Ancien Régime et les rouages d’un pouvoir inscrit dans une continuité historique, toujours lisible de nos jours.

 

Comment expliquez-vous l’intérêt, voire la fascination, que portent les Français aux rois de France, malgré l’épisode sanglant et régicide de la Révolution ?

 

Si l’histoire contemporaine attire leur attention, avec bien entendu un tropisme particulier pour les deux guerres mondiales, ils se passionnent également pour l’histoire des rois, moins par nostalgie de l’ancienne royauté que par attrait pour son héritage historique et pour la « longue durée » chère à l’historien Fernand Braudel. Leur ressenti d’un déclin du pays nourrit sans doute aussi leur nostalgie de ses grandeurs passées (on connaît la fameuse phrase de Talleyrand : « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre »).

 

Ils savent que la France ne commence pas à la révolution de 1789 et à la Déclaration des droits de l’homme. Soucieux de retrouver leurs racines et leur fierté nationale, ou, s’ils sont devenus français plus récemment, de s’enraciner dans l’histoire de leur pays, ils ont besoin d’en comprendre sa lente formation pour mieux percevoir les données du monde actuel. L’histoire, en effet, ne se répète jamais à l’identique. Toutefois, comment nier que l’expérience historique fournit la plupart des clés de compréhension du présent ?

 

De Clovis à Charlemagne, de Saint Louis à François Ier ou d’Henri IV à Louis XVI, quels sont les rois qui, selon vous, ont le plus durablement marqué le destin de la France et de l’Etat ?

 

Pour moi, il est clair que les Mérovingiens et les premiers Carolingiens n’appartiennent pas à la lignée des rois de France, même si Clovis et Charlemagne ont joué un rôle capital dans la construction de l’imaginaire monarchique (le premier par son baptême chrétien, le second par son couronnement). La Francia occidentalis, d’où est sortie la France actuelle, naît en 843 au traité de Verdun, sur les ruines de l’empire carolingien, pas avant.

 

Si l’on veut dresser la liste des grands rois qui ont marqué le destin de la France, il faut d’abord écarter tout jugement moral sur leur personne. Certains sont des saints, d’autres des cyniques ou même de fichus coquins. Mais tous ont plus ou moins œuvré, en bons Capétiens, pour accroître le territoire national, juguler la féodalité ou ses résurgences, renforcer l’autorité monarchique, affirmer l’indépendance de leur royaume par rapport à l’autorité temporelle du pape ou aux prétentions dominatrices de l’empereur romain germanique. Je citerai Louis VI le Gros, Philippe Auguste, Louis IX (Saint Louis), Philippe le Bel, Louis XI, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV… Je mets de côté François Ier, grand bâtisseur et mécène remarquable, souvent porté aux nues, mais piètre politique.

 

Si la dynastie capétienne des Bourbons incarne à la fois l’apogée et la fin de la monarchie d’Ancien Régime, quels en sont les achèvements, les prouesses ou les faiblesses ?

 

Tous les monarques français d’avant la Révolution ont été à proprement parler des rois « absolus ». « Le roi est empereur en son royaume », affirmait un adage du XIIIe siècle. Il reçoit de Dieu seul sa pleine souveraineté législative. Il ne tient, dira Louis XIV, « son épée que de Dieu ».

 

A partir du règne d’Henri IV, plus exactement à partir de l’édit de Nantes (1598), on assiste à l’éclosion d’un autre phénomène, celui de « l’absolutisme » proprement dit, qui s’édifie sur les dernières ruines de la féodalité. Ce concept, toutefois, est d’une simplicité trompeuse, qui a conduit la plupart du temps à de graves contresens historiques : on en a fait un synonyme de despotisme, de dictature, voire de tyrannie ou de totalitarisme. En réalité, il correspond à l’effort du pouvoir central, à partir du XVIIe siècle, non plus simplement de coiffer la société plurielle, foisonnante et anarchique issue du Moyen Age, mais de la transformer, de l’unifier, de construire un appareil d’Etat, dans le cadre de la souveraineté moderne.

 

Pour éviter toute ambiguïté, certains historiens ont eu raison de lui préférer le terme de « monarchie administrative ». Dans ce travail titanesque, le pouvoir royal s’est heurté à la résistance des corps sociaux, Eglise, noblesses d’épée ou de robe, institutions locales, parlements régionaux, assemblées d’états, corporations. Ce système absolutiste n’était pas spécifique à la France (on le retrouve dans l’Angleterre des Stuarts ou dans l’Espagne des Bourbons au XVIIIe siècle). Sa grande faiblesse a été, en tout cas en France, l’absence de toute représentation des peuples. Les états généraux, organe créé au XIVe siècle, mais largement obsolète du fait de l’évolution sociologique de la société, ne furent pas réunis de 1614 à 1789.

 

Pourquoi avoir consacré aux rois Bourbons de l’Ancien Régime l’essentiel de votre œuvre ? Qu’avez-vous découvert par votre étude et votre recherche approfondie ?

 

En raison de ma formation d’historien et de politiste, j’ai voulu faire ce qu’Emmanuel Le Roy Ladurie appelle « la science politique de l’Ancien Régime ». Il s’agissait de comprendre comment ont fonctionné les rapports sociaux et leurs turbulences dans ces sociétés institutionnellement inégalitaires. On découvre, par exemple, que, sous l’Ancien Régime, au cœur de la structure sociopolitique du royaume, les mécanismes de fidélités, de clientèles, les liens d’homme à homme, dérivés de l’ordre féodal, occupent une place prépondérante, en l’absence d’une bureaucratie moderne s’étendant sur l’ensemble du territoire.

 

J’ai montré dans ma biographie de Louis XIV comment le roi, qui ne disposait pour ainsi dire d’aucun relais dans la société, mais qui refusait de dépendre d’un premier ministre omnipotent, s’est d’abord appuyé sur deux clans, les Colbert d’un côté, les Le Tellier-Louvois de l’autre, disposant eux-mêmes de vastes et tentaculaires réseaux de créatures. Elargissant ainsi son espace politique, il gouverna par arbitrage jusqu’à la mort du dernier grand vizir, Louvois, en 1691, date à laquelle, ayant ramené à lui toutes les clientèles et les fidélités, et attiré la haute noblesse à Versailles, il devint enfin son propre premier ministre.

 

Comme tout bon Capétien, il a joué sur des registres contradictoires, rassemblant en père de famille affectionné les groupes sociaux, tout en veillant à maintenir un minimum de tensions et à couper les ailes des puissants. Diviser pour régner était la condition de sa survie. Le désordre pouvait lui nuire, mais l’entente trop parfaite de ses sujets risquait de lui faire perdre la maîtrise de la situation, particulièrement au sein de la noblesse. Il lui revenait donc de maintenir, voire d’entretenir, la rivalité des coteries, de jouer des susceptibilités de rang et de prestige. A lui de régler, par la distribution des « grâces », les anoblissements ou les créations d’offices, l’émulation des familles et des individus.

 

Parallèlement, le pouvoir royal, poussé comme tout pouvoir par une tendance hégémonique, a cherché à rogner les môles de résistance, à écarter les rivaux potentiels, bref, à affaiblir les familles aristocratiques trop puissantes, à empêcher l’ascension de certains grands trop en vue. La monarchie absolue, a dit l’historien François Furet, n’a cessé « de tisser une dialectique de subversion à l’intérieur du corps social ».

 

Cependant, contrairement à Tocqueville, qui, à mon avis, a surestimé la centralisation « louisquatorzienne » et négligé la vigueur des forces centrifuges des dernières décennies de l’Ancien Régime, la monarchie n’a nullement réalisé l’Etat fort auquel elle aspirait.

 

En réalité, au XVIIIe siècle, le pouvoir royal meurt, non d’un excès de puissance, mais de faiblesse extrême, embarrassé par ses contradictions internes, étouffé par la gigantesque réaction aristocratique qui surgit dès la mort de Louis XIV et par la coalition égoïste des corps et des ordres sous le règne suivant, arc-boutés sur la défense de leurs privilèges fiscaux.

 

Que nous enseignent aujourd’hui les aspirations de Richelieu ou de Mazarin, les réformes de Colbert, Louvois ou encore les conseils de Talleyrand ?

 

Assurément, ces hommes n’ont pas été sans défauts. Les cardinaux-ministres ont accumulé des fortunes considérables (le tiers du budget annuel de l’Etat pour Mazarin !). Il est vrai qu’ils devaient se montrer plus riches et plus puissants que les princes et les grands pour mieux contrecarrer leurs actions.

 

On reproche beaucoup aujourd’hui à Colbert, et à bon droit, la rédaction du redoutable code noir (ordonnance sur la condition des esclaves aux Antilles, qui a de fait contribué au développement de la traite occidentale). On a rendu, non sans raison, Louvois, secrétaire d’Etat à la guerre de Louis XIV, responsable du sac du Palatinat, en 1688, durant la guerre contre le Saint Empire germanique, qui a entraîné la coalition des princes allemands contre la France.

 

Quant à Talleyrand, grand metteur en scène du silence en politique, on l’a accusé d’être, comme le dit Emmanuel de Waresquiel, « le traître de toutes les causes ». Mais tous ont été de talentueux et remarquables serviteurs de l’Etat, même le sinueux « diable boiteux », qui a toujours gardé une cohérence intellectuelle sans être véritablement homme à système, comme le pensait Metternich, chancelier de l’empire d’Autriche.

 

La place et le rôle des reines dans l’histoire de France sont-ils une exception française ?

 

Certainement. Cela tient à la fameuse loi salique, tirée du code juridique des Francs saliens, réutilisée de façon biaisée par certains légistes du XIVe siècle à dessein d’écarter les femmes de la succession au trône et de réserver celle-ci aux mâles par ordre de primogéniture. « Les lys ne tissent ni ne filent », disait-on en s’appuyant de façon outrageusement extensive sur une phrase du Christ dans l’Evangile de saint Matthieu. En d’autres termes, la monarchie des lys ne pouvait échoir à celles dont l’activité principale était de tisser et de filer !

 

Cela dit, lors des périodes de régence, correspondant à la minorité de leur fils aîné (jusqu’à l’âge de 13 ans), plusieurs reines ont joué un rôle politique non négligeable : l’énergique Blanche de Castille, mère de Louis IX (Saint Louis), qui exerça également la régence pendant la septième croisade, la très contestable Isabeau de Bavière pendant la folie de Charles VI, l’habile et autoritaire Catherine de Médicis, que les historiens récents ont largement débarrassée de sa sulfureuse réputation, Marie de Médicis, mère de Louis XIII, dont l’action reste frappée par nombre de maladresses, enfin la très remarquable Anne d’Autriche, tout espagnole au début de son mariage avec Louis XIII, qui surprit par ses capacités politiques et qui, au dire même de son fils Louis XIV, « méritait d’être mise au rang de nos plus grands rois ».

 

Quels parallèles peut-on tracer entre monarchie et république ?

 

La rupture introduite par la Révolution est immense. Dans l’histoire de France, il y eut sans aucun doute plusieurs crises de légitimité, mais une seule et unique crise affectant la souveraineté, celle de 1789. Les 17 et 20 juin de cette année-là, en effet, devant la carence du pouvoir royal à proposer un plan de redressement financier, les Etats généraux se proclamèrent Assemblée nationale et accaparèrent la plénitude de la souveraineté jusque-là exercée par le roi seul, y compris le pouvoir constituant. C’était un coup d’Etat au regard du droit et des institutions monarchiques.

 

A partir de cet événement fondateur, qui voit un immense déplacement de pouvoir, c’est l’Ancien Régime tout entier, non seulement la société d’ordres, mais aussi l’édifice séculaire du mystère capétien, auréolé du sacre de Reims, qui est mis à bas. On passe d’une représentation de la nation à l’ancienne à celle d’une nation moderne, fondée sur un corps politique unifié, englobant l’ensemble des citoyens. La rupture fut accentuée, naturellement, sous la « deuxième Révolution » – celle du 10 août 1792 –, par le procès et la décapitation de Louis XVI.

 

Et, pourtant, il y a bien une certaine continuité culturelle entre la France monarchique et la France républicaine. Une large partie de la symbolique monarchique a été préservée ou reconstituée autour de l’Etat républicain, particulièrement sous la Ve République. Quant à la continuité politique, elle est encore plus flagrante dans l’œuvre d’unification et de centralisation de la République au XIXe siècle, conduite avec plus d’énergie encore, et même de brutalité, du fait de la table rase réalisée par la Révolution, qui avait détruit tous les anciens corps intermédiaires hérités du Moyen Age. Charles Péguy avait raison de le dire : « La République une et indivisible, c’est notre royaume de France ! »

 

Aujourd’hui, les monarques qui subsistent en Europe ne gouvernent pas. Est-ce la condition sine qua non à leur survie et au maintien d’une cohésion, voire d’une continuité au sein de leur peuple que les gouvernements ne peuvent incarner ?

 

Vous avez raison, si l’on met à part l’Etat du Vatican, qui du point de vue constitutionnel est une monarchie absolue, élective et de droit divin, les monarchies européennes – Belgique, Danemark, Espagne, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède… – sont des monarchies constitutionnelles et démocratiques dont les souverains exercent un pouvoir de représentation et un rôle politique strictement encadré. Leur roi ou leur reine incarne à la fois leur pays dans sa continuité historique et, en même temps, est issu de familles dépositaires des plus antiques traditions nationales. C’est un avantage certain par rapport à la république.

 

L’engouement extraordinaire des Français pour le récent couronnement de Charles III au Royaume-Uni, qui a mis en valeur la puissance de la symbolique royale, est là pour en témoigner. Ce n’est pas pour autant qu’ils seraient prêts à accepter l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Celle-ci, on le sait, a échoué de peu en octobre 1873, lorsque le comte de Chambord a refusé de reconnaître le drapeau tricolore, au nom de ses convictions contre-révolutionnaires. L’instauration de la Ve République, dotée d’un pouvoir exécutif fort, en a fermé la porte sans doute définitivement. Même s’ils sont aujourd’hui assez critiques à l’égard des actuelles institutions et de leurs dérives, les Français tiennent en grande majorité à cette « monarchie républicaine » voulue par le général de Gaulle, qui leur permet d’élire directement le président de la République.

Pour vous, qui avez publié les biographies des rois Bourbons de l’Ancien Régime, quel semble être le moyen, à l’instar de la collection « La Grande Histoire des rois de France » du « Monde », pour entrer dans l’histoire des rois, saisir les enjeux qui déterminent leur action et en questionner l’héritage ?

 

La France a une longue histoire, construite patiemment, mais pas toujours méthodiquement, par des générations d’hommes et de femmes, à la sueur de leur travail ou par leur sang versé. Elle est porteuse de traditions anciennes, spirituelles en particulier (« la fille aînée de l’Eglise »), qu’on ne saurait oublier, mais aussi d’un projet ouvert, généreux, universaliste, assimilateur. C’est l’aventure de cette lente construction de l’Etat, d’un Etat de justice au service du bien commun, au-dessus des ambitions individuelles, des factions et des féodalités de tous ordres, qu’il faut s’efforcer de lire à travers les biographies de nos rois, leurs réussites exceptionnelles mais également, il faut le reconnaître, leurs erreurs et leurs échecs tragiques. C’est cette continuité historique de la nation qui me paraît le plus remarquable. « Vieille France, écrivait Charles de Gaulle, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau. »

dimanche 19 février 2023

Vaincre ou mourir : récit d'un "génocide"

 

Vaincre ou Mourir est un film réalisé par Nicolas de Villers, Vincent Mottez et Paul Mignot. Il retrace le combat du général Charette de la Contrie, né le 2 mai 1763 à Couffé dans le Pays Nantais, et mort fusillé, le 29 mars 1796, à Nantes, place Viarme.

 


 

Le général Charette, ex-marin de la marine royale, ancien combattant au côté des insurgents américains, est un héros malgré lui. Obligé par les paysans, en révolte face au gouvernement totalitaire du Comité de salut public, à se mettre à leur tête, il va se révéler un militaire d’exception qui va tenir tête à l’armée la plus puissante du monde.

 

Entre 1793 et 1796, jusqu'à 200 000 Poitevins du Bas-Poitou, Bretons du Pays Nantais, Angevins des Mauges, ont été massacrés par les troupes républicaines au cours d'une guerre civile qui s'étendit partout en France. Le terme de "Guerre de Vendée", inventé par la Convention, induit en erreur car la zone de l'insurrection, ou "Vendée militaire", dépasse les limites du département de la Vendée.

 

Entre le 26 juillet 1793 et le 2 décembre 1794, le Comité de salut public et la Convention ont conçu et mis en œuvre un système d’extermination et d’anéantissement visant à éliminer de la surface de la terre les Vendéens et à faire table rase de leur territoire. Ce système s’appuie sur trois lois jamais abrogées à ce jour, la dernière, en date du 7 novembre 1793, prévoit symboliquement de débaptiser la Vendée pour lui donner un autre nom, "Département vengé", et de repeupler son territoire.

 

Le point de départ du génocide est le décret du 1er août 1793 voté sur proposition de Barrère de Vieuzac après un discours incendiaire : « Ici, le Comité, d’après votre autorisation, a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle [...] Le ministre de la guerre donnera sur le champ les ordres nécessaires pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste dans la Vendée… » Article VI : « Il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce pour incendier les bois, les taillis et les genêts. » Article VII : « Les forêts seront abattues ; les repaires des rebelles seront détruits ; les récoltes seront coupées par les compagnies d’ouvriers, pour être portées sur les derrières de l’armée et les bestiaux seront saisis. » En novembre 1793, le général Louis-Marie Turreau de Lignières, dit Turreau, est nommé commandant en chef de l’armée de l’Ouest avec la charge de faire appliquer le décret du 1er août. Turreau divise l’armée en six divisions de deux colonnes chacune, qui ont pour mission de ratisser le territoire et d’exterminer la population. Ce sont les « colonnes infernales » qui vont se livrer au génocide des Vendéens. L’ordre du jour du général Grignon, commandant la 2e division est très clair : « Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui est susceptible d’être brûlé et de passer au fil de l’épée tout ce que vous rencontrerez d’habitants. » Les rapports des généraux républicains commandant les Colonnes sont aussi particulièrement explicites : « Nous en tuons près de 2000 par jour. […] J’ai fait tuer ce matin 53 femmes, autant d’enfants. […] J’ai brûlé toutes les maisons et égorgé tous les habitants que j’ai trouvés. Je préfère égorger pour économiser mes munitions… » D'autres détails se trouvent dans les livres de Reynald Secher mais aussi dans une proposition de loi du 21 février 2007 qui demandait la reconnaissance du génocide vendéen.

 

   «  Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m'aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes, qui, au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé »-

Général François-Joseph Westermann in Jacques Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, t. II, H. Plon, 1851 p. 4

 

Reynald Secher

Ces crimes ont été redécouverts en 1985 par un jeune universitaire, Reynald Secher, qui a soutenu une thèse d’Etat à Paris IV Sorbonne sous le titre :

Contribution à l’étude du génocide franco-français : la Vendée-Vengé, thèse publiée sous le titre : La Vendée-Vengée : le génocide franco-français.

L'État, du moins certains de ses représentants, a essayé de l'empêcher de soutenir cette thèse car on s'apprêtait à fêter le bicentenaire de la révolution.

 

Pour lui, il s’agit d’un génocide car ce qui s’est passé en Vendée correspond bien à la définition du concept de génocide tel que défini par la Convention de Nuremberg en 1945. « Un génocide est l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe».

 

Article publié dans le média « agence Bretagne presse »

dimanche 6 novembre 2022

Merci à Frédéric Marty pour avoir redonné vie à Louise Dupin (Ed. Payot, 8€)


 

Contemporaine d’Olympe de Gouges, invisibilisée par son mari et restée dans l’ombre des trois penseurs auxquels elle eut affaire : Montesquieu, Rousseau et Voltaire, Louise Dupin (1706-1799) tenait pourtant, à Paris, l’un des plus fameux salons littéraires et philosophiques de son époque. Elle dénonçait les violences faites aux femmes, militait pour l’égalité professionnelle et l’accès des femmes à la politique, pour le divorce, pour la transmission du nom de la mère aux enfants, et critiquait le manque de considération envers les femmes dans les écrits des plus grands auteurs depuis l’Antiquité.
Rousseau tomba amoureux d’elle, Louise Dupin l'éconduit puis l'engagea comme secrétaire. Ensemble, à Paris ou au château de Chenonceau, dont elle était propriétaire, ils travaillèrent à un grand livre féministe. Le résultat, ce sont des milliers de pages qui finiront, au XXe siècle, dispersées dans toute l’Europe et en Amérique. En les traquant pour les rassembler, Frédéric Marty a retrouvé un manuscrit formant comme une longue introduction à son grand-œuvre, où sont formulées les idées de Louise Dupin sur l’égalité des sexes ; c’est ce texte totalement inédit que nous publions.

dimanche 20 février 2022

Les promenades parisiennes vues par Gabriel de Saint-Aubin

 Gabriel-Jacques de Saint-Aubin (1724 -1780) est un dessinateur, graveur à l’eau-forte et peintre français. Il a saisi sur le vif de très nombreuses scènes du quotidien parisien au XVIIIè, notamment celles qui animaient les promenades et les boulevards.









 

mardi 23 novembre 2021

Louise d'Epinay mise à l'honneur


 

EXPOSITION : « LA CHEVRETTE ET LES LUMIÈRES»
Jusqu'au 18 décembre 2021

Les Lumières, c'est-à-dire les idées nouvelles concernant le gouvernement, la religion, la société, l’économie, ont bouleversé au XVIIIe siècle l’ordre de l’ancien monde du moins en Europe. Les philosophes français ont été au cœur de ces transformations. Nombre d’entre eux ont été les amis de Louise d’Épinay qui les invitait souvent à La Chevrette. On peut imaginer les conversations animées des hôtes de Louise dans les salons du château et les allées du parc.

L’exposition La Chevrette et les Lumières présente cette période où le château de La Chevrette était un des lieux où toutes ces nouveautés prenaient forme.

Dix panneaux évoquent la diffusion des Lumières, les nouvelles formes de communications, la place des femmes dans cette société, le rôle des savants, des écrivains, des artistes, sans oublier le goût pour l’étude de la nature et l’aménagement des jardins.

L’exposition présentera aussi quelques ouvrages du XVIIIe siècle et une rétrospective philatélique des grands noms de ce siècle si fécond.

Réalisation : Association pour l’Histoire et le Patrimoine de Deuil-La Barre

 

Musée Michel Bourlet
Visite libre ou commentée, le samedi de 14h30 à 17h30 (sauf vacances scolaires)

Possibilité de visite sur RDV.
Info et résa : 01 34 28 66 12

 


 

mercredi 18 août 2021

Marion Sigaut : l'imposture scientifique, depuis les Lumières jusqu'au pass sanitaire


 Dans les premières minutes de son intervention, Marion Sigaut fait une nouvelle fois allusion aux physiocrates (qu'elle nomme "les Lumières" ?), accusant ces économistes d'avoir poussé "le roi à s'endetter jusqu'à ne plus pouvoir tenir ses engagements".

De toute évidence, l'historienne doit être fâchée avec la chronologie des événements. 

En effet, si cette politique de libéralisation économique (en 1763-1764, puis en 1774) a été entreprise par Louis XV puis Louis XVI, c'était au contraire pour résorber une dette publique qui, au moment de la Révolution, représentait 80% de la richesse du royaume.

Voir à ce sujet le très bon article de l'historien américain Hilton Root

dimanche 4 juillet 2021

Antijésuitisme et Lumières

   

Intervention mesurée et très juste du père Thomas, prêtre de la compagnie de Jésus.

 

vendredi 21 mai 2021

Le siècle de la haine , par Marion Sigaut

 


 Achille avait son talon, les Lumières ont Voltaire

Maîtrisant visiblement la synecdoque, Marion Sigaut se sert de lui comme porte d'entrée pour cracher son venin sur l'ensemble des philosophes du XVIIIè.

Dans cette intervention, elle rappelle notamment comment le patriarche de Ferney a discrédité ces braves hommes qu'étaient Maupertuis, Lefranc de Pompignan et Fréron.

Bon, comme ces sujets ont déjà abondamment été traités dans ces colonnes, je me contenterai de vous rapporter les faits. Les faits, rien que les faits...

Mais sans effet de manche pour ma part !

 

Concernant Maupertuis 

Maupertuis

 

Concernant Lefranc de Pompignan 

Lefranc de Pompignan

 

Concernant Fréron et sa haine des Encyclopédistes 

Fréron

 

samedi 1 mai 2021

La police de Paris au XVIIIè siècle (2)

 (lire ce qui précède)

 

Les ouvrages récents de Robert Muchembled (Les ripoux des Lumières) et Hervé Bennezon (Un inspecteur de police parisien sur le terrain) dressent le portrait de deux inspecteurs ayant notamment officié sous la lieutenance de Nicolas-René Berryer.

D'origine modeste, Jean Poussot est d'abord exempt de police avant de devenir inspecteur (en 1738) et de se voir confier quelques années plus tard les quatre départements de la Sûreté (donc le maintien de l'ordre), des juifs, des francs-maçons et de la Librairie. 

Entre 1748 et 1750, alors que Berryer a entrepris de rajeunir le corps des inspecteurs, Poussot impose progressivement son emprise sur les nouvelles recrues que sont Meusnier, Roulier et Chassaigne (ce dernier ayant été conseillé par lui au Lieutenant de Police). Fort de son influence, il obtient en 1754 la responsabilité de l'approvisionnement en céréales de la Halle aux grains, fonction qu'il occupera jusqu'en 1767.


Afin d'améliorer la surveillance des marchands mais également la qualité des marchandises, Poussot constitue plusieurs bandes d'informateurs (de 15 à 20 hommes à chaque fois) qui lui rapportent inlassablement tout ce qui se passe dans le quartier névralgique des Halles.

Membre éminent d'un corps gangrené par la corruption, Poussot ne s'est pas montré en reste pour assurer au mieux ses vieux jours. Ainsi, malgré la modestie de ses revenus officiels (environ un millier de livres / an), il se retrouve en fin de carrière à la tête d'une fortune de 130000 livres, sans compter le château qu'il possède dans l'Orléanais.

C'est en 1782 qu'il quitte définitivement Paris pour s'installer à Mardié en compagnie de son épouse. 

Ci-dessous la recension de l'ouvrage par Marie Houllemare (maître de conférences en Histoire Moderne), parue dans Criminocorpus.

 

Marie Houllemare

 

 

Cette monographie, issue d’un mémoire d’habilitation à diriger les recherches, porte sur un personnage méconnu, important agent de la police parisienne au XVIIIe siècle. Elle s’inscrit dans un courant historiographique dynamique, qui explore le fonctionnement concret de la police parisienne, véritable modèle depuis la mise en place de la lieutenance de police en 1667. Cette étude de cas, qui se revendique de la tradition de l’histoire « vue d’en bas » (par contraste avec des travaux dont le caractère surplombant est un peu exagéré), procède en réalité à une histoire du terrain policier, envisagé au prisme de l’expérience pratique d’un inspecteur. Fourmillant de détails concrets sur le métier, l’auteur donne à voir, en six chapitres foisonnants, un agent de l’État participer au quotidien au renforcement des pratiques de surveillance publique de tous les milieux sociaux de la capitale. Le plan adopté reflète d’ailleurs la difficulté à rendre compte de l’ampleur et de la variété des domaines d’intervention de Poussot, qui agit au contact d’une population extrêmement diverse.

Le premier chapitre replace sa carrière d’inspecteur, dans le contexte des différentes institutions policières parisiennes : la fonction, créée en 1708, est placée sous la double autorité du lieutenant de police et des commissaires de quartier. Recruté en 1738, après un passage dans la maréchaussée de Senlis, Poussot bénéficie de la réforme de mars 1740 qui élargit le corps et les attributions des inspecteurs, tout en les enrichissant, entre autres grâce à la perception de droits sur les hôteliers. Le second chapitre présente sa famille, des marchands de vin bourguignon, et ses deux frères policiers, ainsi que sa formation de terrain. L’auteur en vient ensuite au cœur du sujet, avec un développement (chap. 3) consacré aux espaces parcourus par l’inspecteur : il arpente tous les quartiers et même les campagnes (et surtout les cabarets) autour de Paris (environ 10% des déplacements). Il se charge, entre autres, de répartir les 2742 individus qu’il arrête entre 1738 et 1754 dans les différentes prisons parisiennes : la moitié vont au Grand Châtelet, un cinquième à For-L’Évêque, mais il mène les autres dans plus d’une vingtaine de prisons. Les ressorts juridictionnels parisiens sont ainsi éclairés d’un jour très concret.

Ses missions sont analysées plus avant dans le quatrième chapitre, construit autour des « déclarations », par lesquelles il enregistre les demandes qui lui sont faites, environ une par jour (dont la moitié pour des vols). Les patrouilles auxquelles il participe quotidiennement sont fondamentales dans le dispositif policier de surveillance de la capitale. Homme de la nuit, il parcourt Paris pour montrer le pouvoir public en action : circulant en carrosse, vêtu de son uniforme bleu, doté d’une épée et d’un bâton d’ébène dont le pommeau est gravé des armes royales, il incarne pleinement l’ordre public. La moitié de ses déplacements environ vise à des arrestations, parfois difficiles. Le cinquième chapitre dresse la comptabilité de son action, en montrant, entre autres, qu’il surveille les ambassades, poursuit les bandes organisées et rattrape des déserteurs. Enfin, le dernier chapitre aborde le tissu social dans lequel il s’inscrit directement, entre protecteurs et informateurs. Il traite aussi de sa mission de surveillance des marchés à partir de 1754, à la fois des prix et du personnel, surtout aux Halles (900 personnes environ). À partir de 1768, il reçoit une pension en tant qu’inspecteur honoraire, puis se retire dans son « Château », une belle demeure près d’Orléans, à Mardié, où il meurt en 1791.

La richesse descriptive de l’ouvrage, appuyée sur les archives professionnelles de Poussot, ne peut résoudre tous les secrets de ce personnage ambigu aux multiples facettes. Le premier mystère est celui de son enrichissement, dont l’auteur montre bien qu’il est démesuré en regard de la mince fortune de ses ascendants et des revenus modestes de sa charge (moins de 1000 livres par an net). Il possède en 1783 un patrimoine de 130000 livres, en plus du « Château » de Mardié, mais des dettes d’un montant de 36 000 livres environ. Cet enrichissement semble lié à la frontière floue entre service du public et intérêts privés : Poussot exerce-t-il, de par sa fonction et sa connaissance de nombreux secrets, une forme de chantage sur ses 63 débiteurs ? De l’accumulation d’objets sous scellés, qu’il conserve à son domicile et doit restituer en 1760 (p. 214) aux indélicatesses de son collègue, Dadvenel, Hervé Bennezon suggère à demi-mots que les fonctions d’un inspecteur de police lui offrent des opportunités d’enrichissement rapide.

Une seconde question irrésolue concerne les modalités de travail de Poussot, tout particulièrement les arrestations auxquelles il procède, car il est difficile de saisir la part d’arrestations préparées et spontanées dans son activité. Il est évident que des informateurs réguliers lui permettent d’arrêter 10 colporteurs de nouvelles à la main ou 63 auteurs de libelles interdits (p. 200-201), comme de démanteler plusieurs bandes criminelles. Mais quelle est la part des dénonciations occasionnelles ? Sur quelles indications, arrête-t-il lors d’une patrouille nocturne, le fossoyeur du cimetière des Innocents, transportant dans sa hotte un cadavre d’enfant à vendre pour dissection (p. 186) ? Repère-t-il lui-même les 146 déserteurs qu’il fait enfermer ? Ses réseaux d’information, à peine suggérés, car probablement peu apparents dans ses rapports, lui permettent néanmoins en tout cas de participer à la rédaction des gazetins de la police et de se faire l’interprète de l’opinion parisienne dans des écrits à destination du lieutenant général de police, Berryer, avec le Journal de l’inspecteur Poussot (1747-1748). Sa pratique de l’écrit reste le dernier mystère Poussot : l’inspecteur écrit, beaucoup, consignant dans ses registres (dans les Archives de la Bastille, à la bibliothèque de l’Arsenal), les procès-verbaux de patrouilles et de captures, mais aussi des plaintes, des rapports sur les rumeurs. Pour autant, une partie de ses rapports est « lacérée », nous dit l’auteur ; des feuillets manquent ; aucun relevé de son activité n’est conservé entre février 1750 et septembre 1751. Pendant cette période, l’affaire des enlèvements d’enfants agite Paris et Poussot est lui-même accusé d’être impliqué1. A-t-il fait volontairement disparaître ses notes de travail sur cette période ? ou été mis à pied ? Ces destructions volontaires d’archives (alors même que le lieutenant de police Berryer croule sous la documentation qu’il réunit à la même période), tout autant que les écrits justificatifs du lieutenant de police Lenoir, sont autant de révélateurs de l’enjeu majeur que constitue la mémoire professionnelle des policiers au XVIIIe siècle.

 

(à suivre)

 


dimanche 18 avril 2021

La police de Paris au XVIIIè siècle (1)

 Responsable de la sûreté de Paris, mais également de son approvisionnement, le lieutenant général (office créé en 1667 sous Louis XIV) administre les vingt quartiers de la capitale et dispose en tant que magistrat d'un tribunal au Châtelet.
Dépendant du secrétaire d'Etat à la Maison du Roi, il est amené à se rendre chaque semaine à Versailles pour y rendre compte de ses activités.
Les 48 commissaires du Châtelet placés sous ses ordres gèrent le plus souvent leurs quartiers en binômes.


  

Parmi eux, quelques noms connus, notamment en raison des événements survenus au cours du printemps 1750, lorsque la population parisienne s'est révoltée contre les enleveurs d'enfants.

(voir ici)



On se souvient notamment du commissaire Desnoyers (quartier St Eustache), dont la maison a été prise d'assaut par les émeutiers, et de Delavergée quartier Palais-Royal), pris à partie car il avait donné refuge à l'un des enleveurs.

Conseillers du Roi, les commissaires portent la robe noire, la perruque et un bâton d'ivoire censé représenter leur autorité. Ils habitent dans leur quartier, y reçoivent les plaignants, dressent les procès verbaux et apposent les scellés après un décès.

Pour compléter le tableau, on mentionnera la compagnie des inspecteurs de police, environ une vingtaine placés sous l'autorité d'un commissaire ainsi que du lieutenant de Police, mais également en charge des départements les plus sensibles : prostitution, spectacles, juifs, francs-maçons, Librairie, sûreté, ports... 

Hommes de terrain, les inspecteurs portent l'épée, un uniforme bleu, ainsi qu'un bâton d'ébène. Ils peuvent faire appel aux archers de l'hôpital, à la compagnie du guet (cavalerie et infanterie), voire aux gardes-françaises (plus de 3000 soldats massés aux portes de la ville).

(à suivre ici)

jeudi 11 février 2021

LES AVENTURES DU JEUNE VOLTAIRE

   

"Vous allez encore parler de religion et de politique ? 11 mois à la Bastille ne vous ont pas suffi ?

Cette première contre-vérité, extraite du teaser, ne laisse rien augurer de bon.

Et que dire de l'article ci-dessous, extrait du journal 20 minutes ?

 

 

Comment devient-on Voltaire ? C’est le sujet de la mini-série en quatre épisodes Les Aventures du jeune Voltaire (…) un biopic qui s’intéresse, comme l’indique son titre, à la jeunesse de François-Marie Arouet, dit Voltaire. De quoi rebuter certains qui pourraient craindre une énième fiction historique un peu scolaire dans le cadre de la mission éducative de la chaîne publique. C’est tout le contraire. Comment Les Aventures du jeune Voltaire dépoussièrent le biopic historique sans trahir le philosophe des Lumières ?

« L’angle proposé est un angle complètement nouveau, c’est le jeune Voltaire, un homme parmi les hommes », se réjouit Anne Holmes, directrice de la fiction de France Télévisions, avec qui 20 Minutes s’est entretenue lors d’une table ronde virtuelle organisée par France 2.

Si l’on connaît le vénérable philosophe des Lumières, l’auteur de Zadig et Candide réfugié à Ferney, le défenseur de l’affaire Calas, on connaît moins la vie, les aspirations, l’énergie et la vivacité d’esprit de François-Marie Arouet. « On a tout de suite été séduit par la vie de ce Voltaire qu’on ne connaissait pas. Le format en 4 épisodes s’est imposé parce qu’il y avait des rebondissements dans sa vie, écrite comme une sorte de polar romanesque », poursuit Anne Holmes.

 

Voltaire, « un rocker, un insurgé »

 

Georges-Marc Benamou, Henri Helman et Alain Tasma, à l’écriture, n’ont pas abordé Voltaire comme un monument, mais comme un jeune homme rebelle en pleine construction. « On a assez vite sympathisé avec ce Voltaire. On a assez vite aimé le bonhomme. On n’était pas dans une position de surplomb », raconte Georges-Marc Benamou, le créateur de la série.

Résultat à l’écran ? On suit les tribulations rocambolesques d’un fils de notaire parisien dans les dernières années du règne de Louis XIV. François-Marie Arouet est tout à la fois, impertinent, doué, libertin, et arrogant. Ce jeune roturier veut tout : la gloire, les femmes et l’argent. « C’est un aventurier, un rocker, un insurgé, d’abord très ambitieux, mais qui, par ses maladresses, ses combats, son engagement, va avoir une vie absolument palpitante », raconte Georges-Marc Benamou. « Ce jeune homme ambitieux, égoïste, va s’ouvrir progressivement au monde avec générosité », renchérit le réalisateur Alain Tasma, à qui l’on doit la mise en scène d’Aux animaux la guerre.

 

Voltaire, un héros moderne

 

L’idée est de « redécouvrir Voltaire, dans sa jeunesse, dans ses passions, et dans ses échecs », poursuit-il. Placé chez les Jésuites du lycée Louis-le-Grand, il sympathise avec les rejetons de la noblesse. « C’est un jeune homme d’aujourd’hui, mais dans un monde d’hier, un monde où les classes sociales sont incroyablement cloisonnées, où la pesanteur religieuse est incroyablement lourde », analyse Georges-Marc Benamou.

François-Marie Arouet va se rebeller contre ce système : en plaquant avec fracas l’école de droit où son père veut le contraindre, en écrivant des pièces de théâtre et des pamphlets… Ces derniers lui vaudront un séjour de onze mois à la Bastille, alors qu’il n’a que 23 ans. « C’est un aventurier de la liberté, c’est le Coluche des Lumières », souligne Georges-Marc Benamou. Et d’insister : « L’idée de sortir de sa classe sociale, de lutter contre les fanatismes religieux, il a inventé la liberté contemporaine, et ce n’est pas sans résonance avec l’époque dans laquelle on vit. »

 

Voltaire, un « féministe incroyable »

 

« Il était un féministe incroyable », lance Alain Tasma. C’est l’un des combats les moins connus de Voltaire, il a pris la défense des femmes dans ses essais. « Voltaire a été un très grand amoureux. Il l’a écrit, il l’a dit et il s’est appuyé sur ses rencontres féminines » pour se construire, rappelle Alain Tasma. Voltaire a « une certaine modernité relationnelle, dans son rapport aux femmes, à la liberté sexuelle, il est assez étonnant pour son époque », confirme Georges-Marc Benamou.

Si la série ne couvre pas sa relation avec Emilie du Châtelet, celle qui le marque le plus, elle dépeint ses premières amours et son rapport aux femmes, dans une époque qui fait peu cas d’elles. « Elle était sa conseillère, son amie, et en même temps son amante. Ils étaient assez libres », résume Christa Theret, au sujet d’Adrienne Le Couvreur, l’une des maîtresses du jeune Voltaire.

Si les idées du jeune Voltaire nous apparaissent résolument modernes, si sa vie semble sulfureuse et rocambolesque, c’est parce que la mise en scène d’Alain Tasma et l’interprétation énergique de Thomas Solivérès lui redonnent toute sa vitalité et son audace. L’idée « était d’essayer de sortir au maximum de l’époque, de réussir à en faire un personnage d’aujourd’hui », considère Thomas Solivérès.

Alain Tasma ne raconte pas la figure historique Voltaire, il nous immerge au cœur de la vie tumultueuse d’un jeune héros fascinant. Sa caméra place le spectateur au cœur de l’action. A l’instar de ce plan audacieux et surprenant qui ouvre la série qui nous propulse dans l’intimité de l’accouchement du héros. Une réalisation résolument moderne, qui bouscule les codes tout autant que son héros.

 

In 20 minutes