jeudi 17 septembre 2015

Convulsions au cimetière Saint-Médard (2)

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Ce célèbre épisode de l'histoire du jansénisme (raconté ici par le psychiatre Adrien Borel) donna bien du grain à moudre à tous ceux qui, comme Voltaire, dénoncaient l'obscurantisme religieux de leur temps.


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Et les miracles commencèrent. Je vous rapporterai le premier. Il eut lieu le jour même des obsèques du diacre. Une vieille femme, Madeleine Beignet, fileuse de laine, qui avait un bras paralysé, vint s’agenouiller devant le lit mortuaire. Plusieurs fois, elle avait rencontré Pâris, soit dans la maison où elle demeurait et où il venait voir des indigents, soit encore à la paroisse. Elle l’avait toujours considéré comme un saint. Apprenant sa mort, apprenant surtout les traits éclatants de vertu que la foule racontait sur lui, apprenant enfin que chacun se disputait comme de saintes reliques les objets qui lui avaient appartenu, elle résolut d’aller, comme tant d’autres, prier autour de son corps, se disant que puisque cet homme avait vécu comme un saint et que jusqu’à ce jour, elle n’avait point obtenu sa guérison malgré qu’elle eût invoqué bien des fois la puissance divine, peut-être Dieu la lui accorderait si le la lui demandait par son intercession, Etant arrivée au moment où l’on apportait la bière, elle s’approcha du corps, se mit à genoux pleine de confiance, et elle embrassa les pieds du défunt : bientôt elle se relevait guérie.

 
François de Pâris, inhumé à Saint-Médard le 3 mai 1727


 
Relation du miracle devant notaires
N’était-ce point là la marque certaine de la sainteté que ce miracle accompli avant même la mise au tombeau ? Et l’on ne pouvait qu’admirer la promptitude du ciel à répandre ses bienfaits en l’honneur de ce fils qu’il accueillait sans doute en grande pompe. Ce fut aussi comme une traînée de poudre. Dès le lendemain, le cimetière ne désemplissait plus et naturellement les Jansénistes étaient les plus ardents à venir prier autour de la dépouille de celui qu’ils appelaient déjà leur saint. Et d’ailleurs, les miracles continuaient. Sans doute, souvent furent-ils plus discrets que ce premier que je vous ai décrit. On vit se tarir des ulcères, des abcès se cicatriser, des tumeurs du sein se dissoudre, des paralysies disparaître, etc., etc. Et tous ces miracles furent certifiés par de nombreux témoins. Il serait certainement intéressant d’en reprendre la description et de faire la critique des procès-verbaux qui les authentifient, mais cela ne serait peut-être pas très généreux. Etaient-ce de vrais miracles ? Les pieux pèlerins de Saint-Médard furent-ils vraiment guéris ou bien, comme on l’a dit, le crurent-ils tout simplement ? Qu’importe; il ne m’appartient pas de trancher cette question qui d’ailleurs souleva, à l’époque même, mille polémiques qui s’envenimaient du conflit toujours aigu des Jésuites et des Jansénistes. Le doux Pâris était-il un faux saint faisant de faux miracles ? C’était au fond la thèse des Jésuites qui admettaient mal la possibilité d’un saint janséniste. Ou bien, tout au contraire le Ciel l’avait-il reçu en béatitude, c’était le sentiment populaire et c’était aussi le sentiment de tous ceux qui combattaient la bulle Unigenitus, c’est-à-dire de tous les appelants.

 
Madeleine Durand, guérie d'un cancer

Les choses sans doute en seraient restées là et n’auraient guère dépassé le cadre des disputes théologiques, ou d’un épisode de la lutte entre les Jésuites et les Jansénistes, si brusquement et sans doute, grâce au déchaînement de l’exaltation toujours accrue, si brusquement donc, au milieu de la piété ardente certes, mais sincère des pèlerins de Saint-Médard, n’avait surgi un phénomène nouveau qui n’allait pas tarder à transformer de fond en comble le petit cimetière aux miracles. Le phénomène d’ailleurs se produisit d’abord comme avec une certaine timidité. Plusieurs malades, et principalement des jeunes filles, venues auprès du tombeau et qui naturellement s’étendaient sur la table de pierre qui le couvrait avaient eu de légers soubresauts et même quelques mouvements nerveux. Etait ce là le prodrome des grands accès convulsifs que l’on allait voir par la suite ? Etait-ce comme un premier essai de la grande névrose qui fermentait et n’attendait qu’une occasion pour se manifester ? Peut-être. Chacun sait d’ailleurs qu’autour des foyers miraculeux, les névropathes de tous ordres se pressent toujours au premier rang, Plus que les autres, ils ont besoin de merveilleux. Ils l’appellent à leur secours, ils l’invoquent et plus encore sans doute, à cette époque où les névroses apparaissaient comme relevant d’une origine mystérieuse et restaient le plus souvent tragiquement incurables. Au Moyen-âge, elles conduisaient parfois même au bûcher. Le XVIIIe siècle était déjà trop rationnel, à Paris au moins, pour avoir de ces cruautés, mais mille superstitions flottaient encore dans l’esprit des foules. Et d’ailleurs n’en reste-t-il pas encore même aujourd’hui ?



Et puis, ce saint si discuté, contre lequel tenaient les Jésuites, ce saint qui allait être persécuté après sa mort, ce saint donc représentait, par l’exemple même que proposait sa vie, la plus riche matière à exaltation. Il avait été pauvre parmi les pauvres et il avait souffert. Pour obtenir son intercession, ne fallait-il pas vivre à son image, ne fallait-il pas surtout souffrir comme lui ? Et peu à peu, cette idée mystique de la souffrance salvatrice s’infiltrait dans les esprits. Cette idée d’ailleurs est au fond du jansénisme, dont Pâris devait apparaître comme une des plus hautes individualités. Et les appelants accouraient en foule, assoiffés de pénitence et d’austérité. La mystique morbide qui allait bientôt déborder s’élaborait. Une fureur pieuse s’allumait qu’exacerbaient chaque jour davantage les luttes théologiques. Il fallait que le saint montrât sa puissance. Il fallait qu’il confondît ses ennemis. Certes, il avait déjà fait des miracles ; il fallait maintenant qu’il fit mieux. On y comptait, on l’espérait, on en était sûr. Des oraisons et des cantiques alternaient autour du tombeau. Les foules rassemblées s’exaltaient par la prière en commun, par les appels unanimes au fait éclatant qui convaincrait les incrédules. Un sentiment collectif d’une puissance inouïe unissait tous les fidèles. Le milieu était créé, et la grande névrose n’attendait plus qu’une occasion pour se manifester : elle le fit en juin 1731 et presque du premier coup atteignit sa pleine intensité. La grande aventure commençait.



Un jour donc de ce mois de juin, un infirme obscur et dont on n’a pas conservé le nom, vint implorer le tombeau révéré. Il s’était couché sur la table de marbre comme avaient coutume de le faire les pieux pèlerins de Saint-Médard. Brusquement, ses membres furent violemment secoués par des attaques convulsives. Il s’agitait et se tordait sur la pierre en poussant des cris inarticulés. La foule regardait avec stupeur ce spectacle auquel elle n’était pas habituée. Cela dura quelques minutes, Puis l’infirme se releva et s’étant assis déclara, en reprenant ses esprits, qu’il était soulagé, et que ses jambes tordues ne lui faisaient plus mal.

 
Nouveau miracle à St-Médard



L’effet fut énorme. C’était là le fait éclatant demandé au ciel. Du moins tous l’interprétèrent ainsi. Et dès le lendemain, pareillement étendu sur le tombeau un autre malade reproduisait la même attaque. Huit jours après, il y en avait dix ! Il n’y avait plus assez de place sur la table de marbre. Tout le sol du charnier était, à certains moments, jonché de convulsionnaires qui, à la fois, se tordaient et se démenaient en hurlant ou en gémissant. Et ce n’étaient plus seulement des infirmes ou des malades qui étaient ainsi pris du grand mal, mais même et surtout des gens en apparence normaux, qui parfois même n’étaient venus là qu’en curieux. Certes ce devait être un spectacle étrange et qui tour à tour devait frapper les spectateurs d’admiration ou de terreur. Les prières n’en étaient que plus ardentes, les chants et les cantiques plus fortement entonnés.

mercredi 16 septembre 2015

Convulsions au cimetière Saint-Médard (1)

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Ce célèbre épisode de l'histoire du jansénisme (raconté ici par le psychiatre Adrien Borel) donna bien du grain à moudre à tous ceux qui, comme Voltaire, dénoncèrent l'obscurantisme religieux de leur temps.

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Le 29 février 1732, lit-on dans une chronique du XVIIIe siècle, les habitants du quartier Saint-Marcel à Paris étaient réveillés dès quatre heures du matin par le pas des chevaux. Un fort parti du guet à cheval, dirigé par le lieutenant de police Hérault lui-même avançait sabre au clair et venait se poster devant le petit cimetière de Saint-Médard afin d’en clore la porte. Nulle résistance ne se manifestait à cette heure matinale. En sorte qu’il pouvait paraître au moins bizarre de déranger une troupe aussi nombreuse pour une si mince besogne. Un homme seul y eût bien suffi. Mais ce n’était pas la simple porte d’un pauvre cimetière que le guet venait ainsi condamner. L’affaire était d’importance : car dans ce cimetière reposait la dépouille mortelle d’un humble diacre, François de Pâris, en qui la rumeur publique voulait voir un saint. Et il ne s’agissait de rien moins que de soustraire sa modeste tombe à l’enthousiasme de la foule.

 
fermeture du cimetière (janvier 1732)

Il y avait à cette époque déjà près de cinq ans que le diacre Pâris était mort après une vie toute d’austérité et de piété ardente. Et certes, rien dans cette existence consacrée à l’humilité et à la pénitence, n’aurait pu faire pressentir l’étonnante aventure qui devait se développer après sa mort. 
François de Pâris, diacre proche des jansénistes
Sans doute ses mérites avaient été si grands qu’on pouvait le regarder comme un saint, et le vénérer comme tel. Sans doute aussi la piété populaire pouvait aimer à venir prier sur son tombeau. Ce n’eût point été là cause suffisante pour inquiéter le pouvoir royal. Or, il fallait bien que celui-ci eût pris quelque inquiétude pour envoyer le guet à cheval fermer, au nom du Roi, le cimetière où reposait le bienheureux. Car l’on n’arrache pas ainsi un saint à la ferveur populaire. Nul n’eût voulu se charger d’une pareille action et moins que tout autre un roi très chrétien comme l’était le roi de France. Or, ce n’était un mystère pour personne que le diacre Pâris avait ses détracteurs, ses ennemis acharnés. N’avait-il pas été un ardent janséniste ? Et n’était-on pas justement à l’époque la plus aiguë de la querelle qui séparait l’Eglise de France ? L’exaltation religieuse était à son comble. Le pape Clément XI avait promulgué la bulle Unigenitus, à laquelle un certain nombre de prélats n’avaient pas craint de résister. Tous les jansénistes étaient derrière eux et en appelaient à un concile universel : d’où le nom d’appelants qui leur fut donné. Les Jésuites, au contraire, se dressaient en défenseurs du pape et de la vraie foi, et c’était une lutte sans merci entre eux et les appelants.

L’extraordinaire piété suscitée par la vie édifiante de Pâris n’était point faite pour servir leur cause. Les Jansénistes, au contraire, triomphaient, ce qui ne pouvait qu’envenimer la querelle, et pousser à son comble l’exaltation religieuse suscitée chez ces derniers par la fameuse bulle papale. Il est probable que ce vaste état passionnel qui prenait un peu toutes les classes de la population, eut une large part dans les évènements qui suivirent. On peut affirmer même qu’il en favorisa l’éclosion, qu’il la provoqua peut-être en préparant les esprits, en les mettant dans un état de surexcitation tel que les phénomènes dont Saint-Médard devait être le théâtre, allaient leur apparaître d’emblée comme une manifestation divine.

Car depuis la mort du diacre, l’humble pierre qui l’abritait dans le petit charnier opérait des miracles. Et de tous côtés les malades étaient venus qui s’en étaient retournés guéris ou qui avaient cru l’être. En fallait-il davantage pour passionner l’opinion ? Et même de nos jours quand un fait miraculeux est signalé, ne voyons-nous pas accourir de toutes parts un peuple avide de merveilleux, tout prêt à croire et à admirer ?
les convulsionnaires jansénistes du cimetière St-Médard


On pourrait penser alors, comme l’ont fait plusieurs des biographes du diacre, hommes pieux certes, mais surtout bons Jansénistes, que ce furent précisément les miracles de Saint-Médard qui, en motivant la colère des Jésuites, finirent par amener le roi à fermer le cimetière. L’exploit d’un Janséniste, même mort, déclarait-on, portait une ombre insupportable à la Congrégation et risquait de lui enlever de nombreux partisans. Encore une fois, il est vraisemblable que Louis XV ne se fût point laissé arracher son ordonnance pour si peu : il y avait autre chose. Depuis quelques mois la tombe du bienheureux ne se bornait plus à des miracles. Elle était devenue la source de phénomènes bizarres, étranges, extraordinaires, tellement extraordinaires que le bruit s’en répandait dans toute la ville et qu’un grand concours de peuple entourait chaque jour Saint Médard. Et chose plus étonnante encore, ces faits étranges d’abord limités à un très petit nombre de fidèles s’étendaient maintenant à la manière d’une épidémie. Des dizaines des centaines de personnes y étaient prises, excitant ainsi l’étonnement et l’admiration. De toutes parts, malades, fidèles, curieux, douteurs ou convaincus se pressaient vers le quartier Saint-Marcel et l’on racontait que des scènes pour le moins hallucinantes s’y passaient. On disait même à demi-mots que ces spectacles n’étaient pas sans quelque inconvenance et qu’ils déshonoraient une terre chrétienne.

On comprend mieux alors le geste de Louis XV. Et quand avec le recul du temps, on étudie dans le détail la surprenante aventure qu’était devenu le pieux pèlerinage du début, on ne peut manquer d’approuver la sagesse du roi.

 
ordonnance royale (janvier 1732)

Le cimetière Saint-Médard fut donc fermé et ses fidèles dispersés. Mais il était déjà trop tard. Sur la porte close par ordre du roi, une main inconnue écrivit ce distique qui fut fameux le soir même à Paris :
« De par le Roi défense à Dieu

« De faire miracle en ce lieu ».

Le roi fut écouté. Il n’y eut plus de miracles à Saint-Médard puisqu’aussi bien on ne pouvait y accéder. Seulement le miracle se déplaça et se transporta dans tout Paris, où pendant dix ans, de 1732 à 1742, ses manifestations défrayèrent la chronique et continuèrent de passionner l’opinion.

(à suivre ici)

vendredi 11 septembre 2015

Faut-il censurer Marion Sigaut ?

Alors que l'historienne Marion Sigaut devait tenir une conférence à Neuchâtel, l'association détentrice de la salle a décidé d'annuler la manifestation.
En cause le "lien" de la polémiste avec l'association Egalité et Réconciliation présidée par Alain Soral...
Les habitués du blog savent ce que je pense des vérités colportées par la pasionaria des Anti-Lumières. Pour autant, je me garderais bien de l'ignorer, et encore moins de censurer ses analyses. Plutôt que de lui offrir sur un plateau le statut de victime du système (ce qui la sert au final), il est toujours préférable d'entendre ses arguties avant de les réfuter méthodiquement, l'une après l'autre.
 

Rousseau, le voile déchiré - Critique

Toujours agréable...

 

jeudi 10 septembre 2015

Voltaire, par Pierre Milza

Parue en 2007 chez Perrin, cette nouvelle biographie de Voltaire s'est révélée assez décevante. Bien que volumineux (tout de même 900 pages), l'ouvrage devient étrangement allusif et timide, quand ce n'est pas mutique, au moment d'aborder les épisodes les moins glorieux de l'existence du poète. 

Ainsi, pour revenir à une affaire complexe dont on a souvent parlé sur ce blog, la querelle Voltaire/Rousseau est expédiée en une dizaine de pages... Pierre Milza en envisage brièvement les causes ("deux figures opposées et complémentaires des Lumières") avant d'évoquer la tournure que prend ce conflit lors du séjour de Rousseau à Môtiers. Il referme aussitôt le dossier, se hasardant du bout des lèvres à suggérer une possible "jalousie (de Voltaire) à l'égard d'un confrère qui a commencé à mordre sur sa propre notoriété, avec l'immense succès éditorial de sa Nouvelle Héloïse".
Des années qui ont suivi, marquées par l'acharnement de Voltaire à discréditer Rousseau, Pierre Milza ne dit quasiment rien. On découvre bien (p. 684) une allusion à "la paranoïa de Jean-Jacques, toujours à l'affût d'une explication de ses infortunes par l'existence d'un complot contre sa personne", et plus loin l'aveu que "tout cela ne grandit pas le philosophe de Ferney", mais rien de plus...
Rien de ces innombrables injonctions faites aux philosophes parisiens de "s'assembler pour le dégrader" (lettre à d'Alembert de sept. 1766) car "il faut couper un membre gangrené"(lettre à Marmontel de nov. 1766). Rien non plus de ce cri de triomphe une fois l'ennemi à terre : "On peut, sur le fumier où il est couché et où il grince des dents contre le genre humain, lui jeter du pain s'il en a besoin ; mais il a fallu le faire connaître, et mettre ceux qui peuvent le nourrir à l'abri de ses morsures" (Notes sur la Lettre à Hume de déc.1766).
Bien au contraire, Pierre Milza va jusqu'à prétendre : "Sans vouloir disculper à tout prix Voltaire de certaines bassesses, on se doit de rappeler que, dans la guerre qu'il mène contre Rousseau, tous les coups bas ne viennent pas du même côté..." (p.686)
Un combat à armes égales, en somme, puisque les deux assaillants auraient usé des mêmes "coups bas" pour éreinter l'adversaire... 
On connaît déjà ceux de Voltaire : son immense réseau de correspondants à travers l'Europe, une influence demeurée intacte sur l'intelligentsia parisienne, et surtout un art consommé du pamphlet (de la diffamation ?) pour mettre les rieurs de son côté. 
Mais Rousseau ? On compterait sur les doigts d'une main ses derniers soutiens et protecteurs après son séjour en Angleterre. Nul relais, ni dans les gazettes, ni dans l'opinion parisienne. Quant aux brochures et autres libelles anonymes, on n'en trouvera nulle trace dans son oeuvre, et pour cause...
Ce que Pierre Milza qualifie de "guerre" s'apparente en fait à une mise à mort en bonne et due forme...
Etrange mansuétude de la part d'un historien qui en fait par ailleurs des tonnes lorsqu'il s'agit de vanter le combat du patriarche de Ferney contre "l'obscurantisme judiciaire" ou le "fanatisme religieux" (p. 617). Pour séduisants qu'ils soient, ces mots fourre-tout sont trop souvent mis au service d'un prêt-à-penser dont le grand public se satisfera sans doute, mais qui laissera les autres sur leur faim...
Voltaire et Rousseau
  

mardi 8 septembre 2015

Jean-Jacques Rousseau contre Voltaire | Au cœur de l’histoire | Europe 1

  

Franck Ferrand en compagnie de Bernard Cottret et de Catherine Golliau pour parler de Rousseau.
A prendre les Confessions au pied de la lettre, on ne percevra jamais que le masque du Genevois...
 

dimanche 6 septembre 2015

Banquet Camelot du Groupe d'Action Royaliste (janvier 2015)





L'entre-soi royaliste a cela d'intéressant que la parole s'y libère. 
Claire Colombi, la première intervenante, est enseignante en histoire. A l'entendre parler de l'"assassinat" de Louis XVI, puis d'une obligation faite aux enseignants de lire le Traité sur la Tolérance aux élèves, de leur montrer des "caricatures obscènes", on en oublierait presque ses gloussements antisémites au moment d'évoquer la principale de son établissement. Précisons (mais personne ne s'en étonnera) que cette péronnelle s'est depuis peu associée à la petite entreprise de Marion Sigaut, une habituée de ce blog. 
Le second, Adrien Abauzit, est éditorialiste sur le site Boulevard Voltaire. Nouveau venu sur le marché de l'autoproclamée dissidence, son ambition et son indéniable talent devraient lui permettre d'intégrer prochainement la sphère politique. Ce à quoi le jeune homme aspire, de toute évidence...

Yves Vargas : la critique du capitalisme par Rousseau




Une approche originale de la pensée du philosophe genevois, mise en parallèle avec celle de Bernard Mandeville (1670-1733), l'un des premiers penseurs du capitalisme.

Mandeville
 


jeudi 3 septembre 2015

L'intrigue au bordel, anonyme (5)


Scène 11
JAMBE DE COQ, seul

Que c’est vexant. (il tire son vit) Je ne bande déjà plus… c’était bien la peine de monter ce coquin-là. (il le retourne) Pendard ! as-tu figure humaine. (reboutonnant sa culotte) Ah ! ma foi, n’y pensons plus. (il tire sur sa pipe) Mon brûle-gueule, voilà ma consolation

Air : des fraises
Pour me ranimer, morbleu,
Sans fruit je me consume.
Aux enfants laissons ce jeu.
Quand on a perdu son feu,
L’on fume, l’on fume, l’on fume.
(on entend des soupirs dans la coulisse)

Mais j’entends gémir, ce me semble.

Godichon, dans la coulisse

Air : ça fait toujours plaisir

Ah ! quel tourment j’endure,
Faut-il y renoncer.

Victoire
Mon cher, je t’en conjure,
Ne vas pas me blesser ;
Tu me perces le ventre,
Finis, c’est trop souffrir.

Godichon
Attends, je crois qu’il entre.

Victoire
Dieux ! tu me fais mourir.
(ensemble)
Ca fait, ça fait toujours plaisir (bis)

Jambe de coq, répète
Ca fait, ça fait toujours plaisir ! Eh ! cela me fait revenir un peu, si je pouvais voir les acteurs… Dieu me pardonne, je rebande.
(il cherche à regarder par le trou de la serrure)


Scène 12
JAMBE DE COQ, GODICHON

Godichon, se jetant dans un fauteuil
Grands dieux ! quelle écorchure ! je me meurs ; je suis mort !

Jambe de coq
Peste soit du gueulard
(ils s’aperçoivent tous deux ayant le vit en l’air)
Est-ce un songe ? quoi ! mon fils Godichon !

Godichon
C’est mon père (à part) Oh scie.

Jambe de coq
Monsieur, je trouve bien étonnant…

Godichon
Mon père, je suis bien surpris…

Jambe de coq
De vous trouver…

Godichon
De vous revoir…

Jambe de coq
Dans cet état…

Godichon
Moi, de même…

Jambe de coq
C’est donc comme cela que tu passes tes vacances ! que viens-tu faire ici ?

Godichon, d’un ton piteux
L’amour !

Jambe de coq
L’amour !... Imbécile.


Air : Si Pauline est dans l’indigence

Défiez-vous de la tendresse,
Des femmes, qu’on voit au bordel ;
Souvent leurs plus douces caresses,
Cachent un poison des plus cruels.
Misérable ! ici tu t’exposes :
Ressouviens-toi de mes leçons,
Au lieu d’y rencontrer des roses,
On n’y trouve que des boutons. (bis)

Godichon
Que ne m’avez-vous dit cela plutôt ?

Jambe de coq
Comment !

Godichon
Ecoutez.

Air : de la parole

Nouveau débarqué dans ces lieux,
Ici, je rencontre une belle.
Le plaisir brillait dans ses yeux,
Je devins heureux auprès d’elle ;
Mais elle a trompé mon ardeur,
Et quand je lui donnais mon cœur,
Elle m’a donne (bis) la vérole.

Jambe de coq
La vérole !

Godichon
Oui, papa, la vérole.

Jambe de coq
Mille de bombés !

Air : de la fricassée

Cela
N’en restera pas là.
Je te vengerai sur mon âme ;
Crois-en le courroux qui m’enflamme.
Va,
La putain me le payera

Godichon
Qu’allez-vous faire ?

Jambe de coq
Je vais
De ce pas à la caserne
J’y prends mon sac, ma giberne.
Mes pistolets,
Je reviens ;
L’on saura bien,
Si c’est du pied que je me mouche,
Et la putain
Verra beau train. (…)

(à suivre)

dimanche 30 août 2015

L'intrigue au bordel, anonyme (4)

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Scène 8
ST-ELME, GODICHON

Godichon
On n’est pas plus aimable

St-Elme
Et la demoiselle

Godichon
Ravissante ! ô mon ami quelle connaissance.

St-Elme
Tu ne te figure pas tout ce que tu y gagneras. Mais, à propos, tu ne m’as pas encore parlé des belles de ton canton, comment les gouvernes-tu ?

Godichon
Dis donc, comment elles me gouvernent.

Air : Mon père était pot
A l’une, si je fais la cour,
Finissez, malhonnête.
A l’autre, parlais-je d’amour,
Vous êtes une bête.
Puis ce sont des cris,
Des airs de mépris,
Sitôt que je les touche.

St-Elme
Nigaud

Brave leur dépit
C’est avec un vit,
Qu’on leur ferme la bouche.
Ainsi donc, tu gardes ton pucelage.

Godichon
Hélas !

St-Elme
A vingt-cinq ans, un grand garçon comme toi, n’as-tu pas de honte… Mais, à quoi t’occupais-tu donc dans ton village ?

Godichon

Air : au point du jour
Au point du jour,
Je me branlais pour célébrer l’aurore.
Avec mes cinq doigts tour à tour,
Du soir, j’attendais le retour.
Souvent je me branlais encore
Au point du jour ! (bis)

St-Elme
Grand couillon ! laisse-moi faire je te stilerai… Cours les filles, le pince-cul, la roulette. Lance-toi dans un société honnête, perds ton argent, gagne la vérole, baise-moi toutes les garces à couillons rabattus, imite-moi. Je secoue le préjugé, je me fous du censeur. Vive le con, vive le cul !  (…)


Scène 9
LA MERE L’EVEQUE, JAMBE-DE-COQ

Jambe-de-coq
Ma petite mère, comment tu me refuseras !

La mère l’évêque
Allez, vous n’entrerez pas

Jambe-de-coq
Un coup de poignet seulement, qu’est-ce que cela te coûte.

La mère l’évêque
Allez vous faire foutre, vous dis-je

Jambe-de-coq

Air : de la soirée orageuse
J’ai fait preuves au champ d’honneur ;
Chez toi, je peux entrer en lice.

La mère l’évêque
Je ne crois pas en ta valeur,
Tu n’es plus bon pour le service.
Que l’état s’acquitte envers toi,
C’est à lui de payer ses dettes ;
Mais aux invalides, chez moi
Je n’accorde pas de retraites.

Allez, circule, vieux bougre.

Jambe-de-coq
De grâce.

La mère l’évêque
Allons, roule, te dis-je.

Scène 10
LES PRECEDENTS, LEONORE, accourant

La mère l’évêque
Encore un oignon, je parie.

Léonore
Ah ! mon Dieu ! je ne sais où j’en suis ; l’officier qui vient d’entrer fait un bouzin horrible ; il a arraché la moitié des poils du cul de cette pauvre Justine.

La mère l’évêque
Comment ? Justine !

Léonore
Je ne sais pas qui lui a dit qu’elle a la vérole.

La mère l’évêque
Mais ce n’est pas Justine que je lui avais donnée ; quand je disais qu’il y avait de l’oignon… ma présence est nécessaire. Quant à toi, l’ancien, rest là si tu veux, tu pourras nous être utile en cas de malheur.

Jambe-de-coq, amoureusement
Tu ne veux donc pas absolument.

La mère l’évêque
Allons donc tu me scies. (elles sortent)

(à suivre ici)

jeudi 27 août 2015

L'intrigue au bordel, anonyme (3)



Scène VI

LES PRECEDENTS, GODICHON



Godichon

Le maraud ! quelle impudence ! oser me jouer de la sorte !



(il aperçoit la mère l’évêque et salue profondément)



St-Elme

Permettez-moi, madame, de vous présenter le jeune homme qui…



Godichon, salue derechef

Oui, madame, c’est moi qui suis le jeune homme qui…



St-Elme

Qui vient d’éprouver l’aventure la plus désolante.



Godichon

Un tour pendable, et dont je me vengerais bien si j’osais.



La mère l’évêque

Quelle est donc cette aventure ? Je mérite d’en être instruite, de grâce…



Godichon

Madame, en vérité…



La mère l’évêque

Je vous en supplie



Godichon

Certainement que…



St-Elme

Eh ! que de simagrées, vien donc au fait.



Godichon

Il est bon de vous dire, que j’étais descendu dans ce café que l’on trouve…



St-Elme

Nous le connaissons, continue.



Godichon

Air : Monseigneur d’Orléans, de Vadé

Or, voici le cas ;

Ne m’interrompez pas.

Vous allez voir

Quel fut mon désespoir ;

Je m’entends appeler, fort bien,

Je me lève et n’entends plus rien.

Je me rassieds aussitôt,

L’on m’appelle, et je reste sot.

Ai-je perdu la cervelle,

Me prend-on pour un nigaud ?

- Monsieur Godichon !

Parbleu, c’est bien mon nom.

Je réponds soudain, qui m’appelle ?

- Monsieur Godichon !

- Eh bien ! que me veut-on ?

- Vite, au perron,

Votre oncle de Dijon,

Vous apporte un dindon.

C’est bon.

J’y monte et cours, j’attends,

Je demande à tous les passants .

Par trois fois, je monte et descends,

Tout près d’en perdre le bon sens.

Enfin le maître du café,

Me voyant le sang échauffé,

Me dit, c’est assez mon garçon.

Moi, je le reconnais au son ;

Lui seul était l’oncle de Dijon,

Et moi j’étais le dindon.




Scène VII

LES PRECEDENTS, FLORE



Flore, courant

A quoi vous amusez-vous donc là ?



La mère l’évêque

Va donc te faire f…



Godichon, à voix basse à St-Elme

Quelle est cette charmante personne ?



St-Elme, en confidence

L’une des filles de la maison.



Flore

Mais venez donc, on ne peut pas jouir de Victoire, elle ne veut pas marcher.



St-Elme

Quelle est donc cette victoire ?



La mère l’évêque, bas à son oreille

Une petite connasse (haut) Une parente (bas) pucelage à vendre.



St-Elme

En vérité !... Je serais enchanté de faire connaissance avec elle.

(il met deux louis dans la main de la mère l’évêque)



La mère l’évêque

Adjugé. Monsieur, je lui procurerai cet honneur. Les soins de ma maison m’appellent, mais je ne vous dis pas adieu.



St-Elme, bas

N’oublie pas la vérole.



La mère l’évêque, bas

Je vais la mettre de côté dans ce cabinet. (haut) Messieurs, au revoir.



St-Elme

A l’avantage. (la mère l’évêque et St-Elme sortent)