mardi 2 avril 2019

Rencontres, salons, dédicaces...



ed Ex aequo (2009)
Ed Télémaque (2011)
en folio
Ed Télémaque (2012)

Ed Sutton (2017)
Berry Républicain
presse

Berry Républicain
Conférence au lycée PEM
conférence à PEM

conférence au lycée PEM
dédicace à Montmorency
 dédicace en Alsace
Cultura Bourges
Ajouter une légende
Cultura Bourges
pub Point/Marianne

salon du livre de Trouy

Cultura Bourges (2012)
Point Virgule à Bourges



salon de Levallois
Avec Eric Marchal, salon du livre de Levallois (2012)

A Chenonceau avec Nathalie Iris et Stéphane Watelet (2012)
A Chenonceau pour le lancement du 2nd tome (2012)

A Chenonceau pour le lancement du 2nd tome (2012)
avec Elisabeth Badinter à Chenonceau (2012)

avec Elisabeth Badinter à Chenonceau (2012)

Baptême de la rose (E Badinter et L Meunier)

Expo Rousseau à Chenonceau (2012)
conférence médiathèque Bourges (2012)
conférence à St Florent
Conférence Bibliothèque Pour Tous

Médiathèque Olivet (2012)

Louise est ébauchée

écriture, réécriture
salon d'Orval (2017)

conférence au lycée M. de Navarre
M. de Navarre (2017)
Cultura (2017) 

Cultura (2024)

Cultura Bourges 2024

jeudi 28 mars 2019

Révolution et redistribution des richesses dans les campagnes : mythe ou réalité ? (2)


Directeur d'études de l'EHESS, spécialiste de l'histoire économique et sociale des campagnes, Gérard Béaur a publié dans la revue Annales historiques de la Révolution française un très intéressant article consacré à la redistribution des richesses au cours de la période révolutionnaire. En voici quelques extraits.
 (lire l'article qui précède ici)
 



Les droits collectifs : un coup d’épée dans l’eau ?

Mais ce n’était pas tout. Les petits paysans avaient encore la faculté de l’emporter lors de la session de rattrapage que constituaient les redistributions de communaux. Ils pouvaient enfin essayer de conquérir des parcelles à la faveur des décisions prises par la Révolution.
En effet, tout au long du XVIIIe siècle, les réformateurs s’en étaient pris avec violence aux biens et aux pratiques collectifs. Agronomes, économistes et hommes politiques ne cessaient de militer pour la suppression de ce qui apparaissait comme une monstruosité, comme un frein à l’agriculture. Tandis que les droits d’usages empêchaient la clôture des terres et les innovations agronomiques, les biens communaux représentaient un scandaleux gaspillage et il convenait d’y mettre fin. En les partageant, on obtiendrait leur mise en culture et donc on accroîtrait l’espace cultivé, on permettrait un essor de la production agricole et on résoudrait les tensions rémanentes qui empoisonnaient l’approvisionnement en céréales (les passages sont soulignés par moi). De leur côté, les seigneurs exploitant le sentiment ambiant, s’employaient à en accaparer une partie quitte à en attribuer le solde à la communauté rurale, par les triages et cantonnements qui suscitaient des conflits inexpiables avec les paysans. Procès, sabotages en tout genre rythmaient un processus difficile, tissé de combats judiciaires, avec des avancées et des reculs de part et d’autre.    
Pourtant le gouvernement monarchique temporisait. Ne risquait-on pas d’acculer les pauvres à la misère en les privant de ces ressources modestes mais décisives et de les pousser à déserter les campagnes pour la ville ? N’allait-on pas accentuer la question sociale et occasionner des troubles extrêmement périlleux ? Une vague d’édits de partages promulgués par la couronne à partir de la fin des années 1760 entendit mettre un terme à l’indécision et prétendit faire disparaître les terres collectives. Il s’agissait d’attribuer un tiers des biens au seigneur et d’allouer le solde aux exploitants sous forme de lots inaliénables, viagers, mais la procédure restait facultative et elle était soumise à l’accord de la communauté. Des partages se produisirent effectivement en Flandre aux dépens des lambeaux de communaux qui n’avaient pas encore été appropriés, et tout aussi bien en Artois et en Lorraine, ponctuellement dans la région parisienne (Soissonnais, Picardie, Île-de-France) et en Alsace. Mais partout ailleurs les oppositions l’emportèrent. Opposition de la communauté hostile à l’idée de perdre un tiers des biens en jouissance commune, opposition de la part des laboureurs et des seigneurs qui entendaient bien conserver leurs droits d’accès sur ces pacages. Indécision des pauvres eux-mêmes, pris dans une terrible contradiction : dans l’ensemble avides d’arrondir leurs lopins, mais soucieux de ne pas perdre les droits d’usages lorsqu’ils en bénéficiaient sur les terres vaines et vagues. Le cas de l’Alsace est exemplaire à cet égard.

Dès le début de la Révolution, une forte pression s’exerça sur la Constituante pour qu’elle revienne sur les expropriations subies et engage une politique de partage. Si le triage (càd le 1/3 des communaux accordés en pleine propriété au seugneur) fut rapidement proscrit, il fallut attendre mars 1790 pour que l’Assemblée décide que les communautés pouvaient se pourvoir devant les tribunaux pendant 5 ans pour récupérer les biens arrachés par cette voie pendant les 30 années précédentes ; en août 1792, la loi attribua par principe les terres vaines et vagues aux communautés et leur conféra le droit de réclamer tous les biens extorqués « par l’effet de la puissance féodale », et enfin la loi de juin 1793 mit un terme aux atermoiements du gouvernement. Des sentences arbitrales rendues par des experts permettent aux communautés de récupérer les biens qui leur ont été confisqués. C’était souvent entériner les récupérations sauvages qui avaient succédé aux procédures judiciaires jusque-là souvent infructueuses et qui eurent dorénavant de larges chances d’aboutir. C’est par centaines que les communes entreprennent de reprendre les communaux perdus et ce sont des milliers et des milliers d’ha qui sont ainsi rétrocédés aux communautés. La portée de cette restitution fut cependant réduite par les dispositions prises après Thermidor et surtout pendant le Directoire. Elles autorisèrent, en effet, l’appel contre les décisions qui avaient renvoyé les communautés en possession de leurs biens et qui provoquèrent un nombre important d’annulations de sentences arbitrales.


Dans le même temps, la Convention montagnarde donna enfin satisfaction aux paysans en accordant le partage des communaux. Il s’agissait d’un partage en pleine propriété, par tête, avec interdiction de revente pendant 10 ans, et soumis à l’accord d’un tiers des membres de la communauté. Là encore, il convient de s’interroger sur la portée de l’opération. Pour certains historiens, elle fut considérable, pour d’autres, elle eut peu d’effets. Le bilan est d’autant plus délicat que cette loi ne fut qu’une courte parenthèse et que rapidement les gouvernements revinrent en arrière. Dès prairial an IV, la loi est suspendue. Elle l’est définitivement et les partages sont dorénavant interdits, avant que la loi de ventôse an XII ne confie aux conseils de préfecture le soin d’arbitrer les contestations qui peuvent s’exprimer. C’est dans la plus grande confusion que certains partages sont maintenus et d’autres annulés, en fonction des vices de procédure, ou de l’absence d’application ou encore de l’humeur du préfet.

Encore une fois, les inégalités géographiques sont considérables. Ici, il y avait peu de communaux, là ils étaient très étendus. Ici, la volonté de partage était vive, là elle était inexistante. Pour simplifier, les partages furent peu nombreux dans les montagnes et dans l’Ouest, soit parce que les communaux étaient indispensables à l’économie rurale, soit parce qu’ils étaient rares, soit encore parce que le droit de propriété était mal assuré (en Bretagne). En revanche, ils furent nombreux au nord de Paris, et dans le Nord-Est, là où la tension était déjà vive sur cette question sous l’Ancien Régime, soit parce que la pression des pauvres était forte, soit parce que les laboureurs estimaient en avoir moins besoin. Localement, la redistribution fut donc tantôt assez large, tantôt inexistante. En règle générale, sauf exceptions notables, elle ne fut intense que dans les zones où il ne subsistait déjà que des lambeaux de communaux. Les rétrocessions furent nombreuses dans les zones où les tensions étaient demeurées vives à l’intérieur même de la communauté rurale, dans le Nord-Est notamment, elles furent faibles là où les communautés restèrent coites.

Ainsi, la redistribution fut-elle beaucoup plus limitée qu’elle aurait pu l’être. Pour plusieurs raisons. La principale fut que les communautés eurent peu de temps pour se décider et que de nombreuses annulations furent prononcées. La seconde était que les communautés demeuraient extrêmement divisées et que leurs membres eux-mêmes étaient sans doute indécis. Pourtant, il est certain que certains micro-propriétaires purent profiter de l’aubaine et qu’ils furent parfois nombreux à s’emparer de biens mis gratuitement à leur disposition.

lundi 18 mars 2019

Révolution et redistribution des richesses dans les campagnes : mythe ou réalité ? (1)

Directeur d'études de l'EHESS, spécialiste de l'histoire économique et sociale des campagnes, Gérard Béaur a publié dans la revue Annales historiques de la Révolution française un très intéressant article consacré à la redistribution des richesses au cours de la période révolutionnaire. En voici quelques extraits.


LA TERRE


On sait quelle débauche d’énergie a été dépensée par les historiens autour de ce que l’on a fini par considérer comme « l’événement le plus important de la Révolution ». La mise à l’encan des biens du clergé, puis des émigrés, suspects, condamnés… a déclenché un transfert de propriété qui a paru inouï aux contemporains comme aux historiens. Elle a provoqué (…) une avalanche d’études minutieuses qui avaient pour objet les ventes passées en un village, en un canton, en un arrondissement, un département et dont il était très difficile de sortir une synthèse, tant les résultats paraissaient disparates. Quelle avait été l’ampleur de cette expropriation ? Pendant très longtemps, on a hésité. Aujourd’hui on sait.

Dès les années 1930, Lecarpentier avançait une première fourchette oscillant entre 6 et 10 % pour les biens du clergé qui fut reprise par Georges Lefebvre dans un article longtemps décisif et qui garde encore toute sa pertinence. À ce compte, les biens de seconde origine représentant peut-être les 2/3 des biens de première origine, auraient compté pour 4 à 7 %. Donc au total 10 à 17 % des terres auraient changé de mains à la suite des mesures révolutionnaires. Le remarquable travail de synthèse conduit par Bernard Bodinier et Éric Teyssier permet d’affirmer de manière certaine qu’on doit se situer dans le bas de la fourchette, soit un peu moins de 6 % pour les biens ecclésiastiques, un peu moins de 10 % au total.


C’est à la fois beaucoup et peu. Que quelque 5 millions d’ha passent ainsi brutalement de main en main ce n’est certes pas une petite affaire. Mais que moins de 10 % des terres soient concernées, ce n’est pas si exceptionnel qu’on pourrait le penser de prime abord.  (…). En forçant le trait, on pourrait prétendre, comme je l’ai déjà fait ailleurs, que nulle part l’affaire des biens nationaux n’avait eu aussi peu d’importance et que nulle part on n’en avait autant parlé. Oui, mais voilà, la Révolution française inaugura un mouvement radical et l’exporta avec les armées révolutionnaires aussi bien qu’avec la diffusion des nouvelles idées. Elle posa ainsi avec acuité la question de la légitimité des possessions ecclésiastiques et en même temps celle de l’inviolabilité des biens des « ennemis de la Patrie ». Enfin, elle mit brutalement à la disposition des acquéreurs potentiels, jusque-là réfrénés dans leur appétit foncier, des biens-fonds particulièrement convoités.

Reste à se demander qui profita de l’aubaine et s’empara des biens ainsi aliénés. Les historiens ont multiplié les tentatives pour essayer de savoir qui avait bien pu se porter acquéreur. Il semblerait que la paysannerie n’ait recueilli que des miettes (NDLR : les passages sont soulignés par moi) avec les biens de première origine, notamment en 1791 lorsque les biens furent mis en adjudication en bloc. Certes, il ne manque pas d’exemples où les paysans se coalisèrent, bloquèrent les enchères, découragèrent les concurrents de la ville, mais ils ne purent s’adjuger que quelque 20 à 30 % des biens. À partir de l’an II, la vente par lots changea la donne avant les désastreuses mises en vente du Directoire et les paysans purent sauter sur l’occasion. Au total, ils s’adjugèrent peut-être un tiers des propriétés mises en vente, soit peut-être 1,5 million d’ha, ce qui est considérable et leur procura un gain de l’ordre de 3 % du sol. Si l’on admet qu’ils détenaient de 40 à 45 % du sol à la veille de la Révolution, ils auraient vu leur part passer à 43 ou 48 %. C’est appréciable, ce n’est pas un raz-de-marée. Ils auraient accru leur part foncière de l’ordre de 10 %, tandis que les propriétaires profitaient au maximum de la dépossession du clergé. Ce n’était pas une révolution foncière mais un véritable chambardement.

Encore ignorons-nous, cependant, comment cette redistribution foncière agit sur le corps social. Qui étaient ces acheteurs ? Des sans-terre qui devenaient tout à coup micro-propriétaires ? Des micro-propriétaires qui obtinrent une croissance plus ou moins forte de la taille de leur patrimoine ? Ou de gros propriétaires qui soit acquirent des biens supplémentaires à la marge, soit amplifièrent considérablement une assise foncière déjà solide ?


En fait, derrière les moyennes, les inégalités furent flagrantes. Les villages dans lesquels le clergé possédait peu de choses furent de bien faibles vainqueurs et il en fut de même lorsque les seigneurs s’abstinrent d’émigrer. Mais quelles perspectives alléchantes ouvraient l’antique domination foncière d’un couvent ou d’un chapitre, l’émigration d’un ou plusieurs nobles gros propriétaires ! Dans tel village, ce fut la ruée, dans tel autre, on se contenta de grappiller le peu qui était offert. Tout le monde ne pouvait pas habiter dans le district de Cambrai avec un évêque qui d’un seul coup offrait à toutes les convoitises environ 40 % du sol, tout le monde ne pouvait pas se précipiter sur les 8500 ha du chapitre cathédral de Chartres. Il fallait bien plus souvent se contenter de la mise en vente de 1 % du sol, parfois 2 ou 3 au maximum. La mise en vente des biens nationaux introduisit ainsi une profonde césure entre les ruraux dont l’origine était purement aléatoire. Ce n’était pas la seule. Là où une couche de paysans riches pouvaient se porter adjudicataires, les gains furent importants, là où la société rurale était composée de pauvres hères, ils furent bien maigres. Là, où une petite ville proche abritait des bourgeois aux féroces appétits, la concurrence fut trop forte, là où nul bourgeois ne se trouvait à pied d’œuvre, les perspectives étaient beaucoup plus encourageantes.

À ce jeu, il est probable que la région parisienne fut le lieu des meilleures affaires, car le clergé y possédait de vastes fermes et la noblesse détenait de larges parties du sol : il suffisait qu’elle veuille bien émigrer, ce qu’elle fit fréquemment. Les gros fermiers tirèrent le meilleur parti d’une conjoncture aussi avantageuse malgré la pression de la bourgeoisie (et de la noblesse) parisienne. Ils furent nombreux à se porter acquéreurs des terres ainsi mises à leur disposition, à commencer par la ferme qu’ils mettaient jusque-là en valeur contre un fermage. Rétrospectivement, tout paraît d’une simplicité biblique et on sait qu’ils firent une excellente affaire puisque avec la dépréciation de l’assignat, cette terre leur coûta fort peu. En réalité, ils durent certainement longtemps hésiter. Car, contrairement à ce que rapporte une légende tenace, les biens nationaux ne furent nullement bradés au cours des premières années. L’empressement fut grand et il fallut payer le prix. Quand Antoine-François Chartier, le fermier du Plessis-Gassot, se résolut à acheter la ferme qu’il exploitait jusque-là à bail, il dut certainement passer quelques nuits difficiles. Il s’endettait en effet pour de nombreuses années et immobilisait ainsi durablement de l’argent dont il avait sans doute besoin ailleurs. Mais pouvait-il laisser passer cette occasion unique d’être maître chez lui et de s’emparer d’une terre qu’il considérait comme sienne puisque sa famille la cultivait depuis si longtemps et qui représentait le fondement de son statut social ? Pouvait-il prendre le risque de se retrouver fermier d’un autre laboureur, voire d’être mis à la porte par un confrère soucieux de mettre lui-même en valeur la terre ainsi durement acquise ? Pour difficile qu’elle fût, la décision s’imposait d’elle-même. Nul ne pouvait prévoir la formidable dégringolade de l’assignat qui allait lui permettre comme à tant d’autres de se dégager en payant en « monnaie de singe ». (à suivre ici)
-->

mardi 12 mars 2019

Rousseau vu par Jean Starobinski (1)


C'est avec Jean Starobinski que je suis arrivé à Jean-Jacques. Certains chapitres de La Transparence et l'Obstacle (je songe à "la solitude" et "les malentendus") ont constitué un précieux fil rouge dans cette quête.

 Et notamment la question suivante :
 
" ...l'on se demandera si toute la théorie historique de Rousseau n'est pas une construction destinée à justifier un choix personnel. S'agit-il pour lui de vivre selon ses principes ? Tout au contraire, n'a-t-il pas forgé des principes et des explications historiques à seule fin d'excuser et de légitimer son étrange vie, sa timidité, sa maladresse, son humeur inégale, cette Thérèse si fruste avec qui il s'est mis en ménage ? (...) Au moment où il s'en prend aux vices de la société, il n'a personne à ses côtés et ne veut avoir aucun allié. Il se rend d'autant plus solitaire qu'il élève une protestation plus générale. (D'aucuns diront : il se veut solitaire, ce qui l'oblige à élever la protestation la plus générale."

samedi 23 février 2019

Les contorsions de Marion Sigaut devant les Gilets jaunes (2)

Il faut se dépêcher d'en rire pour éviter d'en pleurer... 
Voir ces sinistres individus endosser un gilet jaune, clamer leur solidarité à l'égard du mouvement, puis tenir de tels discours...
Tenez, si le coeur vous en dit, j'ai sélectionné deux extraits qui méritent qu'on s'y attarde.





Oui, vous avez bien entendu : ils rêvent du retour d'une « monarchie catholique »  et plaident en faveur d'une « constitution qui a pour source la loi divine pour les croyants et la loi naturelle pour les non-croyants ». Vraiment ? Sans rire ? Imaginons donc un cas de figure : sous ce nouveau régime, qu'adviendrait-il si je blasphémais, si je pratiquais l'adultère, si je me livrais à des pratiques sexuelles condamnables etc..., laquelle de ces lois prévaudrait au moment de me juger ? Et faudrait-il vraiment que je me déclare non-croyant pour bénéficier de la clémence du tribunal? L'intervenant de gauche me fournit un indice précieux lorsqu'il affirme que « beaucoup de gilets jaunes rejettent le mariage pour tous ». 
Aïe... J'ai compris. 
Dans ce futur Ancien Régime qu'ils appellent de leurs voeux, mieux vaut que je me tienne à carreau si je ne veux pas être roué vif place de Grève. 
D'autant que ces tristes sires seraient du côté du manche et moi de la cognée.
Grisée par cet entre-soi, Marion Sigaut revient alors au récit de cet âge d'or que fut l'Ancien Régime :
« la démocratie c’est ce qui se passait avant » car « les gens n’attendaient pas que le roi leur fasse leurs lois … chaque village avait son propre fonctionnement ». Là, je dois me pincer pour être certain d'avoir bien entendu (je souffre d'acouphènes depuis quelque temps). Et personne dans le public pour la reprendre ? Non, j'oubliais : il faut montrer patte blanche pour assister à ces conférences. D'ailleurs ce même public frémit d'aise lorsque l'historienne du net se met soudain à éructer contre "Bruxelles" puis "Tel Aviv". Vous trouvez ça nauséabond? Bah, chez ces gens-là, ce parfum serait plutôt vivifiant... Car la République est sataniste, la République, c'est   "les vaccins … la sexualisation des enfants …. l’invasion pornographique". Et dans ce « génocide républicain », « le programme a été écrit ». Oui, tout est écrit là-bas, dans l'ombre, par une main invisible, par de vilaines personnes (au choix, les illuminati, juifs, francs-maçons, reptiliens et consorts) qui se livrent depuis des siècles à d'affreux complots contre notre civilisation.  Pour se soustraire à ces influences délétères, Marion Sigaut nous donne enfin un précieux conseil :  
" Retournez vivre dans les campagnes ". Le retour à la terre ! Mais bien sûr ! Car comme le disait fort bien ce brave Maréchal, "la terre, elle, ne ment pas" !



 NB : Un détail, toutefois. Pour parler de Rousseau, encore faut-il connaître sa vie (notamment son rapport au monde paysan) mais également ses écrits. Ci-dessous quelques extraits de son discours sur l'économie politique, écrit en 1755.


Quand on voit un gouvernement payer des droits, loin d'en recevoir, pour la sortie des blés dans les années d'abondance, et pour leur introduction dans les années de disette, on a besoin d'avoir de tels faits sous les yeux pour les croire véritables, et on les mettrait au rang des romans, s'ils se fussent passés anciennement. Sup­po­sons que pour prévenir la disette dans les mauvaises années, on propo­sât d'établir des magasins publics, dans combien de pays l'entretien d'un établissement si utile ne servirait-il pas de prétexte à de nouveaux impôts ? A Genève ces greniers établis et entretenus par une sage administration, font la ressource publique dans les mauvaises années, et le principal revenu de l'État dans tous les temps (…)

  De toutes les autres impositions, le cens sur les terres ou la taille réelle a toujours passé pour la plus avantageuse dans les pays où l'on a plus d'égard à la quantité du produit et à la sûreté du recouvrement, qu'à la moindre incom­mo­dité du peuple. On a même osé dire qu'il fallait charger le paysan pour éveil­ler sa paresse, et qu'il ne ferait rien s'il n'avait rien à payer. Mais l'expé­rience dément chez tous les peuples du monde cette maxime ridicule : c'est en Hollande, en Angleterre, où le cultivateur paye très peu de chose, et surtout à la Chine ou il ne paye rien, que la terre est le mieux cultivée. Au contraire, partout où le laboureur se voit chargé à proportion du produit de son champ, il le laisse en friche, ou n'en retire exactement que ce qu'il lui faut pour vivre. Car pour qui perd le fruit de sa peine, c'est gagner que ne rien faire; et mettre le travail à l'amende, est un moyen fort singulier de bannir la paresse.



De la taxe sur les terres ou sur le blé surtout quand elle est excessive, ré­sul­tent deux inconvénients si terribles, qu'ils doivent dépeupler et ruiner à la longue tous les pays où elle est établie.



Le premier vient du défaut de circulation des espèces, car le commerce et l'industrie attirent dans les capitales tout l'argent de la campagne : et l'impôt dé­truisant la proportion qui pouvait se trouver encore entre les besoins du laboureur et le prix de son blé, l'argent vient sans cesse et ne retourne jamais; plus la ville est riche, plus le pays est misérable. Le produit des tailles passe des mains du prince ou du financier dans celles des artistes et des marchands; et le cultivateur qui n'en reçoit jamais que la moindre partie, s'épuise enfin en payant toujours également et recevant toujours moins. Comment voudrait-on que pût vivre un homme qui n'aurait que des veines et point d'artères, ou dont les artères ne porteraient le sang qu'à quatre doigts du cœur ? (…)



Le second inconvénient vient d'un avantage apparent, qui laisse aggraver les maux avant qu'on les aperçoive. C'est que le blé est une denrée que les im­pôts ne renchérissent point dans le pays qui la produit, et dont malgré son absolue nécessité, la quantité diminue, sans que le prix en augmente; ce qui fait que beaucoup de gens meurent de faim, quoique le blé continue d'être à bon marché, et que le laboureur reste seul chargé de l'impôt qu'il n'a pu défal­quer sur le prix de la vente. Il faut bien faire attention qu'on ne doit pas raison­ner de la taille réelle (ndlr : cet impôt pesait sur la terre, non sur l'individu) comme des droits sur toutes les marchandises qui en font hausser le prix, et sont ainsi payés moins par les marchands, que par les ache­teurs. Car ces droits, quelque forts qu'ils puissent être sont pourtant volontai­res, et ne sont payés par le marchand qu'à proportion des marchan­dises qu'il achète; et comme il n'achète qu'à proportion de son débit, il fait la loi au parti­culier. Mais le laboureur qui, soit qu'il vende ou non, est contraint de payer à des termes fixes pour le terrain qu'il cultive, n'est pas le maître d'attendre qu'on mette à sa denrée le prix qu'il lui plaît; et quand il ne la vendrait pas pour s'entretenir, il serait forcé de la vendre pour payer la taille, de sorte que c'est quelquefois l'énormité de l'imposition qui maintient la denrée à vil prix.

***

pour rappel, ces quelques mots prononcés par M.S
NB du 3/03 : quantité de messages gentils sur mes commentaires concernant cette brave dame. Merci beaucoup. Hélas, je ne peux pas tout suivre. Son propos est dans l'air du temps, à charge pour les historiens de s'emparer du net et de ne pas laisser cette avenue aux histrions. Pour les autres : demandez-vous d'où parle cette femme, et surtout : reportez-vous aux textes !!!

mardi 19 février 2019

L'image du roi au XVIIIè siècle (3)


En 1758, l'affaire Moriceau de la Motte va mettre en évidence cet affaiblissement de l'autorité royale. Arrêté au cours de l'été pour avoir (soi-disant) écrit des placards séditieux contre la personne du roi, cet huissier des requêtes de l'Hôtel va payer au prix fort les décisions enregistrées par le Parlement à la suite de l'affaire Damiens (voir ci-dessous).


 Voyons ce que nous disent les archives de la Bastille à propos de cette arrestation et des premiers interrogatoires.
extrait des archives de la Bastille

extrait des archives de la Bastille
Expéditif (l'arrêt est daté du 6 septembre !), le Parlement condamna à mort cet "auteur de propos séditieux et attentatoires à l'autorité royale". 
Arrêt du Parlement

Alors qu'elle se voulait exemplaire, cette exécution publique fut loin de produire les effets escomptés. Lisons ce que nous en rapporte Barbier dans son Journal.  

Du mercredi 6 septembre, arrêt de la Tournelle.

Le sieur Moriceau de La Motte, huissier des Requêtes de l'hôtel, cerveau brûlé, fanatique et frondeur du gouvernement, homme de cinquante-cinq ans au moins (il s'est marié depuis huit mois et a épousé une maîtresse qu'il avoit), s'est avisé il y a un mois ou deux d'aller dîner dans une auberge rue Saint-Germain de l'Auxerrois, à une table d'hôte de douze personnes, et là, ayant fait tomber la conversation sur la terrible affaire de Damiens, il a parlé avec emportement sur la manière dont ce procès a été instruit, contre le gouvernement, même contre le Roi et les ministres. On dit qu'un abbé qui était à côté de lui lui fit sentir doucement l'imprudence de pareils discours, et que cela ne l'empêcha pas de continuer. Soit par les gens de l'auberge, soit par quelqu'un de la table inquiet des suites d'une pareille déclamation, M. le lieutenant général de police a été averti, et le lendemain cet huissier a été arrêté et conduit à la Bastille, et le scellé mis sur ses papiers. Sur son interrogatoire, il a été renvoyé au Châtelet. Par sentence du 30 août dernier; il a été ordonné qu'ayant fait droit sur les plaintes et accusations du procureur du Roi, il serait appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, les preuves demeurant en leur entier. Mais à la prononciation de la sentence, le procureur du Roi, M. Moreau, a déclaré se rendre appelant a minima. On dit que dans ses papiers on a trouvé des placards qui ont été affichés devant et depuis l'assassinat du Roi aux portes des jardins publics et autres. On lui a demandé d'où il tenait ces placards; à quoi il a répondu qu'il les avait arrachés. Mais ces placards n'étaient ni collés ni percés de clous pour avoir été attachés. (…) Cet huissier n'a été appliqué à la question au Châtelet, où il a été renvoyé, que lundi 11 septembre, pour éviter la veille d'une fête ou dimanche. Son arrêt a été crié dans les rues, à midi. Il est convenu, dit-on, à la question, qu'il avait composé les placards; il a fait l'amende honorable avec tranquillité et bien de la résignation, regardant tout le monde d'un air assez gai, priant le peuple de prier Dieu pour lui. Il a conservé le même air en allant à la Grève; il a monté à l'Hôtel de Ville, où il a été environ une heure. On ne sait pas ce qu'il y a dit, mais il n'a fait venir personne. ll s'est mis à genoux un quart d'heure au pied de la potence pour faire sa prière, et il a été pendu sur les cinq heures. Il y avait dans son passage et à la Grève grande affluence de peuple. Quelques-uns disaient qu'on ne fait point mourir pour des paroles et de simples écrits; d'autres espéraient qu'il aurait sa grâce; mais on a voulu faire un exemple sur un bourgeois de Paris, homme ayant une charge, pour réprimer la licence d'un nombre de fanatiques, qui parlent trop hardiment du gouvernement par un esprit de parti, qui est une suite du jansénisme porté loin depuis trois ou quatre ans. On dit qu'en sortant du Châtelet il a demandé des prières, en disant qu'il était la victime des circonstances du temps.


 Cette protestation populaire rapportée par Barbier révèle en fait l'évolution des mentalités. Désormais, dans l'esprit du public, on ne devrait plus avoir le droit de faire "mourir pour des paroles et simples écrits". Le crime de "lèse-majesté humaine" (à l'encontre du roi) ne saurait donc plus être puni de mort.
En perdant sa grandeur et une part de dignité, le roi s'est malheureusement humanisé. 
Or, on ne pend point qui lèse une telle majesté.


 
-->

jeudi 14 février 2019

L'image du roi au XVIIIè siècle (2)

(pour lire le début de l'article, c'est ici)
Le crime de lèse-majesté humaine commis par Damiens contre la personne du roi (en janvier 1757 : concernant les faits, voir ici) révèle à quel point l'image du monarque s'est dégradée dans l'opinion publique.
Si la déclaration royale d'avril 1757 illustre la volonté du pouvoir de réaffirmer son autorité, elle apparaît surtout comme une décision inique, notamment dans les milieux proches des Encyclopédistes.


  Car en l'espace d'un demi-siècle, les esprits ont évolué, séduits non seulement par la théologie janséniste (très présente dans les milieux populaires) mais également par les enseignements des nouveaux philosophes. Quant les premiers professent que seul Dieu est sacré, les Encylopédistes rappellent que l'autorité est conférée au roi par le biais d'un "contrat fait ou supposé" avec son peuple.
(voir notamment l'article "autorité politique" de Diderot ici ). Le débat des années 1750 autour de la nécessaire soumission du monarque aux "lois essentielles du royaume" a insensiblement introduit le ver dans le fruit du "nostrum placitum" royal ("notre plaisir"), désormais perçu comme arbitraire et injuste.
Comme l'explique l'historien David Garrioch, l'imagerie va s'adapter à cette évolution, représentant de plus en plus souvent le roi comme un père nourricier, le protecteur bienveillant du peuple, et non plus comme l'incarnation terrestre de la puissance de Dieu.
Or, si l'autorité de Dieu ne saurait être contestée, "la puissance paternelle a ses bornes", comme le rappelle Diderot dans son article. D'autant que Louis le XVè donne une bien piètre image du père à ses sujets. Ce n'est pas tant son libertinage que les satiristes raillent que l'influence grandissante de ses maîtresses à la Cour. Ainsi lit-on dans cette "poissonnade" (du nom de la Pompadour) :
  
Cette catin subalterne
Insolemment le gouverne,
Et c'est elle qui décerne
Les honneurs à prix d'argent ;
Devant l'idole tout plie,
Le courtisan s'humilie ;
Il subit cette infamie,
Et n'est que plus indigent, gent, gent, gent.

Plus tard, en plus d'être soupçonné d'impuissance, Louis XVI devra supporter d'innombrables insinuations concernant les infidélités de la reine.

Louis, si tu veux voir
Bâtard, cocu, putain,
Regarde ton miroir,
La Reine et le Dauphin... 

Balmer incarne un bien terne Louis XVI

Quand un père se montre aussi faible, dominé par les femmes et dénué de toute qualité virile, le fils est tôt ou tard amené à remettre en cause son autorité. Avant de le tuer...

(à suivre ici)

mardi 12 février 2019

L'image du roi au XVIIIè siècle (1)

En croisant les travaux d'Arlette Farge et ceux de David Garrioch, on comprend mieux comment l'image du roi s'est peu à peu transformée au cours du siècle, perdant progressivement tous les attributs de sa puissance jusqu'à n'être plus qu'un "bon père du peuple" dont on pouvait contester l'autorité. 

Reconnu "roi par la grâce de Dieu" (et non plus par "la volonté du peuple"...), Louis le XIVè avait autrefois imposé une représentation jupitérienne du monarque, la foudre à la main et l'aigle à ses pieds.
Louis XIV, par Ch. Poerson en 1652
 Le tableau de J. Jouvenet nous rappelle que ce roi thaumaturge détenait de fait le pouvoir ("le Roi te touche, que Dieu te guérisse") de guérir les tuberculeux.
 On le voit représenté ci-dessous en chef de guerre victorieux, couronné par la Victoire, divinité ailée qui le coiffe des rameaux de laurier.
tableau de P. Mignard (1673)
 A titre de comparaison, rappelons que son arrière-petit-fils Louis XV perpétua un temps la tradition des écrouelles (dès 1723) mais qu'il y renonça définitivement en 1739, lorsque son confesseur lui refusa l'absolution de ses péchés adultérins. Vainqueur à Fontenoy en 1745, on le retrouve (ci-dessous habillé de gris, accompagné du Dauphin) sur le champ de bataille, en maître de guerre  certes dominateur mais déjà privé de tout attribut divin.

la bataille de Fontenoy, par P. Lenfant
 Les portraits équestres de Louis XVI seront quant à eux fort rares. Celui présenté ci-dessous date de 1791 et est l'oeuvre de Carteaux. Si le roi est encore représenté l'épée à la main, on remarque que l'arrière-plan est désert et que le monarque apparaît bien emprunté, presque falot.
 Deux autres tableaux, le premier de Debucourt (1784), le 2nd de Hersent (1817), représentent le roi modestement vêtu, en figure paternelle faisant l'aumône aux pauvres.


En moins d'un siècle, l'incarnation de Dieu sur terre s'est transformée en un simple père de famille bienveillant.

(à suivre ici)